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L’Année terrible 1871

Page publiée le 12 juillet 2011 pour le cent quarantième anniversaire de la Commune de Paris (mars-mai 1871)

        

 Sur une barricade, au milieu des pavés
 Souillés d’un sang coupable et d’un sang pur lavés
Un enfant de douze ans est pris avec des hommes
Es-tu de ceux-là, toi ? – L’ enfant dit : nous en sommes.
C’est bon, dit l’officier, on va te fusiller.
Attends ton tour – L’enfant voit des éclairs briller,
Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.
Il dit à l’officier : permettez-vous que j’aille
Rapporter cette montre à ma mère chez nous ?
Tu veux t’enfuir ? – Je vais revenir – Ces voyous
ont peur ! Où loges-tu ? – là près de la fontaine,

Et je vais revenir, monsieur le capitaine –
Va t’en, drôle ! L’enfant s’en va – piège grossier
Et les soldats riaient avec leur officier,
Et les mourants mêlaient à ce rire leurs râles ;
Mais le rire cessa, car soudain l’enfant pâle
Brusquement reparu, fier comme Viala
Vint s’adosser au mur et leur dit : me voilà. 

La mort stupide eut honte, et l’officier fit grâce. 

Enfant, je ne sais point, dans l’ouragan qui passe
Et confond tout, le bien , le mal, héros , bandits,
Ce qui dans ce combat te poussait, mais je dis
Que ton âme ignorante est une âme sublime.
Bon et brave, tu fais, dans le fond de l’abîme,
Deux pas, l’un vers ta mère et l’autre vers la mort ;
L’enfant a la candeur et l’homme a le remord,
Et tu ne réponds point de ce qu’on te fit faire ;
Mais l’enfant est superbe et vaillant qui préfère
À la fuite, à la vie, à l’aube, aux jeux permis,
Au printemps, le mur sombre où sont morts ses amis.
(…) 

Victor HUGO