Au jeu de  » Facebook a dit « 

Note complétée le 19 août 2011

Le jeu de    » Facebook a dit  »   deviendrait-il le dernier jeu à la mode ? Il semble bien, en ce printemps 2009,  mobiliser (sic)  des joueurs. La règle du jeu est fort simple : il suffit d’obéir aux ordres du « chef » de groupe. La question est alors : qu’attend le « chef » comme réponse  de la part de ses affidés ?    

 Il  est évident qu’il attend, pour (se)  prouver qu’il est  un vrai « chef » le plus grand nombre possible  de joueurs obéissants. Mais à n’en point douter, il  doit  également subodorer  l’effet déstabilisateur que cela aura sur le public,  voire  escompter quelques effets pervers et autres dérapages troublant la tranquillité ambiante. Le grand orgueil  du« chef » étant  de créer  l’événement à repasser en boucle  sur  Facebook, pour son prestige , pour attirer encore plus de joueurs lors de son  prochain jeu.  

Bref,  le « chef »  joue avec le feu. C’ est ce qui s’est passé la semaine dernière. Le « chef » avait dit réunion festive (sic) et feux de joie place Plumereau. Que cette place  soit  un haut-lieu du patrimoine de la ville de Tours *avec ces  belles maisons à pans de bois aux décors sculptés, n’avait aucun intérêt dans l’esprit du « chef ».
Les jeux étant faits,  quelques centaines de participants surexcités se sont  retrouvés sur la place, et l’on avait dans la nuit tourangelle, un nouveau concours ressemblant au concours général du jour de l’an**, le concours de l’agrégation des faiseurs ès feux de joie et des faiseurs ès  feux de poubelles.

le  jeu de    » Facebook a dit  »  ne ressemblerait-il pas à un nouvel attrape-nigaud  dangereux,  à une manipulation collective ?
 L’idée n’est guère réjouissante que l’on puisse  faire faire n’importe quoi et souvent le pire, à n’importe qui, en excitant toujours les plus violents et les plus bêtes.

            Piètre publicité pour  Facebook et ses amis .                

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* Tours  Ville d’art et d’histoire

** cf  mes notes  du 3 janvier 2009 Voici venu le temps…air connu 
et du 8 janvier 2011  Friandises, chocolats, ou caoutchouc brûlé au pétrole ?


   …  Deux  ans  plus  tard  en  Grande-Bretagne        Août  2011     

 «La Grande-Bretagne a été secouée la semaine dernière par les pires violences urbaines depuis au moins trente ans.
Des centaines de magasins ont été attaqués et saccagés, de nombreux bâtiments incendiés, et cinq personnes tuées.
Les fauteurs de troubles ont eu largement recours aux réseaux sociaux Facebook et
Twitter, ainsi qu’à la messagerie BlackBerry, pour s’organiser.
Deux jeunes hommes ont été condamnés, mardi 16 août, en Grande-Bretagne, à quatre ans de prison pour incitation aux troubles via les réseaux sociaux.
♦ Lors des émeutes qui ont sévi dans le pays la semaine dernière, Jordan Blackshaw, 20 ans, avait créé un événement (sic)  sur Facebook intitulé « Détruire la ville de Northwich »  (nord-ouest de l’Angleterre).
♦ Le deuxième accusé, Perry Sutcliffe-Keenan, 22 ans, avait  incité à une émeute dans son quartier à Warrington (nord-ouest de l’Angleterre), en ouvrant une page Facebook appelée « Organisons une émeute ».  » / Lemonde.fr avec AFP 16.08.2011 /

                      

La jeunesse du XIXème arrondissement de Paris

7 décembre 2008

      Ce dimanche matin-là, France Culture* était rue Petit à Paris. En suivant Raphaël Haddad** dans le quartier de son enfance, nous sommes passés devant la bibliothèque où il venait enfant ; c’est aussi là que Rudy, le 21 juin 2008 a été si grièvement blessé. Plus loin, le gymnase lui rappelle les moments réunissant tous les jeunes sportifs du quartier. C’était il y a quinze ans. Cela ne se passe plus ainsi pour son jeune frère. Il le regrette.

A la question qui était aussi le titre de l’émission :  » Paris 19 ème, de quelle violence s’agit-il ?  » la réponse pourrait être d’abord : A qui cette violence profite-t-elle ?

Certainement pas aux victimes, à ceux qui sont tués, blessés,  humiliés, molestés … ni à leurs familles ; quant aux auteurs –forcément manipulés, de ces actes, de ces crimes, lorsqu’ils sont arrêtés, jugés, emprisonnés, ils y perdent leur jeunesse.

Ceux qui profitent de la violence, ce sont  » les chefs « , ceux qui ont tout intérêt à ce qu’elle s’installe dans ce qu’ils considèrent  » leur » territoire. Ils instaurent ainsi un climat d’insécurité, de peur, pour mieux « soumettre » leur voisinage à l’omerta, pour mieux imposer leur loi de trafiquants de drogues et d’armes, leur loi de voleurs et de receleurs.***

Ceux qui profitent de la violence sont ceux qui se réjouissent fort de souffler ainsi, en même temps sur les braises communautaristes, car ils savent qu’elles sont le terreau du fondamentalisme religieux ; ce même fondamentalisme religieux qui a déclaré la guerre à la laïcité républicaine.

Ceux qui profitent de la violence sont ceux qui embrigadent  » de très jeunes adolescents, parfois âgés d’une dizaine d’années…chargés de surveiller les mouvements des forces de l’ordre et d’assurer le contact avec les acheteurs. » **** Cette emprise mentale sur les plus jeunes aboutit à leur échec scolaire, les condamne à l’illettrisme et à la délinquance. Ce n’est qu’en éradiquant les foyers de criminalité organisée autour de la haine de l’autre, des trafics de drogues et de l’argent sale, que  l’on fera cesser la violence. La vigilance s’impose pour les familles, les éducateurs, pour la police et la justice, pour la municipalité.

Comme si la discrimination black blanc beur     ne suffisait pas, faudrait-il ajouter désormais l’appartenance religieuse et les nationalités [dites « ethnies »  ?   – dont la nationalité-ethnie  « gauloise »] ? Avec cet étiquetage insensé, puéril,  comment les jeunes pourraient-ils se trouver encore des points communs, des valeurs communes ?  Confucius, le grand sage disait  » la nature rapproche, la coutume sépare.  » Les communautés séparent. Elles désagrègent le sentiment d’appartenance au même lieu, à la même société, à la même nation, à la même histoire que les autres.

Les responsables de ces communautés et la municipalité doivent pouvoir s’entendre sur un code du  savoir-vivre ensemble avec des droits mais aussi des devoirs ; c’est pour cela que l’espace public doit être un espace citoyen, sans signes religieux (vestimentaires ou autres, réservés aux seuls lieux de culte). Quant à l’école publique, laïque et républicaine      , elle est  malgré les difficultés, une vraie valeur sûre.     

Et puis enfin, pourquoi ne pas imaginer une grande Amicale de toutes les associations de parents d’élèves (public-privé) de l’arrondissement, pour (re)trouver ensemble la force de faire vivre ensemble sa jeunesse ?

       

 Vivre sa ville de Sylvie Andreu (France Culture) 30.11.08 

** de l’ association Ensemble le 19 ème 

*** Le 11 février 2009 , les policiers parisiens ont interpellé dans le XIXe arrondissement cinq personnes et saisi 1,3 tonne de résine de cannabis ainsi que 200 000 euros. Les cinq personnes, âgées de 16 à 55 ans, sont soupçonnées d’être impliquées dans un vaste réseau de trafic de drogue…. lire la suite …
Il faut savoir aussi que la production annuelle du marché marocain est actuellement de 2000 à 3000 tonnes de cannabis.

 **** Le 19 ème : radiographie d’un arrondissement en proie à des tensions multiples Le Monde 20.09.08 Yves Bordenave et Luc Bronner

     cf ma note Black Blanc Beur, une erreur 2.11.08 /  ?   Ainsi on évoque dans l’émission  » son extrême mixité ethnique, 40 nationalités « …  

       » L’école a pour mission de transmettre les valeurs de la République parmi lesquelles l’égale dignité de tous les êtres humains, l’égalité entre les hommes et les femmes et la liberté de chacun y compris dans le choix de son mode de vie. Il appartient à l’école de faire vivre ces valeurs, de développer et de conforter le libre arbitre de chacun, de garantir l’égalité entre les élèves et de promouvoir une fraternité ouverte à tous. En protégeant l’école des revendications communautaires, la loi conforte son rôle en faveur d’un vouloir-vivre-ensemble.  » Loi du 15 mars 2004

Gomorra

  FILM  IMPRESSIONNANT de Matteo Garrone d’après le livre éponyme de Roberto Saviano. Il nous donne à voir le «  monde apocalyptique « *  de la camorra, la mafia napolitaine. Loin, très loin des clichés d’Hollywood, faisant d’Al Capone et autres parrains,  des  » icônes « .

 Film sans complaisance donc, sans romance ni état d’âme.  Matteo Garrone filme la férocité humaine, l’abominable apprentissage de très jeunes garçons à l’école du crime. 

Film réaliste, film courageux : la dictature de la Camorra a déjà condamné la belle ville de Naples et la fertile Campanie au pourrissement des ordures et aux déchets toxiques. Elle perpétue au XXI ème siècle l’asservissement des plus pauvres dans les ateliers clandestins, pour développer aux Etats-Unis, en Afrique, en Amérique latine, en Italie et dans toute l’Europe, de gigantesques profits ; avec le commerce de toutes les drogues, de toutes les armes, des articles de luxe et de Haute couture, avec la construction de complexes hôteliers et résidentiels de luxe dans les régions les plus touristiques etc. etc.

A la question : « un film peut-il changer les choses ? » Maria Nazionale**, après avoir dit combien le film reflétait l’actualité de chaque jour à Naples, répond que  » ça peut aider à réfléchir – ça peut être un espoir surtout  » ; et son visage s’éclaire d’un merveilleux sourire pour exprimer sa fierté d’être napolitaine. Roberto Saviano, napolitain lui aussi, n’est ni  » vraiment très optimiste [ni] désespéré «  ; le film*** peut faire  » bouger les consciences « … son livre aussi.

… la démocratie, que la camorra a condamnée à mort, bouge encore.

                                                                          

  * Entretien pendant le Festival de Cannes 2008 avec Matteo Garrone, Roberto Saviano et les acteurs du film.  

  ** Maria dans le film

  *** Gomorra

  cf ma note   Rêve à Milan et cauchemar à Naples 21.10.08

     Roberto Saviano sur France 5 – il est accueilli par François Busnel dans La grande Librairie le jeudi 27 novembre 2008 / à voir ou à revoir dimanche 30 novembre à 9h 50.    » …Toute la cocaïne française est traitée à travers les cartels italiens qui traitent avec les cartels d’Amérique du Sud … » R.S.     

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Arte THEMA  sur les deux autres mafias : n’drangheta et cosa nostra

                         Mafia et antimafia  16.12 2008 / 18.12.2008

1- Main basse sur l’Europe – n’drangheta (mafia calabraise) réalisatrice Agnès Gattegno

 2- Halte à la mafia – cosa nostra (mafia sicilienne) réalisateur Jorge Amat / « Comment en Sicile, la société civile a commencé à se dresser contre la mafia et contre le pizzo (racket) ».

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Le ” premier sexe ” et la délinquance

  Il se pourrait que Simone de Beauvoir ait été injuste envers la femme en la nommant «  le deuxième sexe «  *. D’ailleurs,  les statistiques judiciaires de la délinquance** ne lui donnent pas raison non plus, car si la femme arrive  deuxième, très loin derrière l’homme pour les délits et les crimes, c’est justement elle qui montre l’exemple !

En ces temps de réflexion sur l’éducation morale et citoyenne,  » le deuxième sexe  » ne serait-il pas décidément une chance et un modèle pour  » le premier  » ?

C’est pourquoi, plutôt que le titre de l’ouvrage, je préfère sa conclusion puisée dans Marx*** : « … le rapport de l’homme à la femme est le rapport le plus naturel de l’être humain à l’être humain. Il s’y montre donc jusqu’à quel point le comportement naturel de l’homme est devenu humain … »  j’ajoute même, et deviendra encore plus humain. Le poète Aragon en a eu l’intuition :  » la femme est l’avenir de l’homme « .

        La tâche urgente de notre humanité est de veiller à l’éducation des  garçons, pour qu’ils puissent faire aussi bien        que les filles ; cela ferait  90% de criminalité en moins.

Devenons plus humains ensemble. La parité homme / femme nous y aiderait.

                                                              ***

* Le deuxième sexe Simone de Beauvoir, Gallimard, Folio essais. NB Selon Josyane Savigneau – Le Monde 18.07.08- c’est   » Jacques Bost, auquel il est dédié, [qui] en avait trouvé le titre. «  !

**   » Mais les données sont encore plus clivées si l’on s’arrête sur les individus condamnés. Pour les actes les plus graves, les crimes, les hommes représentent  95% des condamnations en 2005…Pour les délits, les mâles représentent 90,4% des personnes condamnéesLa situation est similaire en matière de délinquance routière : les hommes représentent 92,3% des délits sanctionnés en 2006 ( conduite en état d’ivresse, délit de fuite, usage de stupéfiants, etc.). [petit rappel] :  » les femmes (51,4% de la population française)  » citation extraite de l’article de Luc Bronner, Délinquance : le problème, c’est l’homme Le Monde 03.05.2008 

***  Oeuvres philosophiques, tome VI. C’est Marx qui souligne.

                    certes,  je bouscule les dogmes des trois monothéismes qui, depuis des millénaires, méprisent, malmènent, ou rejettent les femmes …  loin, très loin de leurs instances de pouvoir. Et je pose la question : à qui profitent les crimes ?  sûrement pas à notre humaine condition.

Par la lunette du sociologue

 Pour Marwan Mohammed*, c’est un fait scientifique avéré : l’idée que   » les bandes de banlieue incarnent le danger social… matérialisent l’insécurité… » est au plus une  » attitude collective « ,  » un objet social [qui] n’a jamais été défini précisément « , voire  » une représentation « .  D’ailleurs, selon lui  » L’observateur extérieur « (non sociologue) confondra facilement « un groupe d’adolescents qui ont le malheur de porter des capuches [avec] un regroupement de jeunes ayant un objectif criminel. »

 Ce fait est bien documenté depuis le Moyen-Age,  » il y a toujours eu des regroupements de jeunes avec un caractère conflictuel ou transgressif « … »et ces bandes étaient déjà montrées du doigt pour des viols collectifs, des violences en groupe, des bagarres, des troubles, etc. »

Mais le sociologue observe que  » mis à part l’aspect ludique ou quelques opportunités délinquantes, derrière les émeutes, il y a des colères et des demandes de changement. »  

Bref, ses études lui permettent désormais d’y voir plus clair dans la psychosociologie de ces groupes de jeunes et d’affirmer qu’ils veulent ainsi changer les  » situations économiques et sociales « , changer  » le regard porté par la société  » et changer « certaines pratiques policières« .

Donc, sociologiquement parlant : point n’est besoin pour les garçons de faire comme les filles et de travailler à l’école, au collège, ou au lycée, point n’est besoin pour eux de lire, de réfléchir etc. Ils ont  » la bande … [qui] offre une forte visibilité (sic) et de la reconnaissance à des jeunes qui se sentent invisibles parce qu’en échec scolaire ou professionnel. Elle [leur] offre une histoire. »

Et quelle histoire ! Un garçon, non seulement cela peut jouer à mettre le feu au quartier, mais c’est bon pour lui, c’est bon pour la survie du groupe.

Où voir « un danger social » puisque le but de la bande est de changer la société ? Et en effet, cela change tout pour celui ou celle qui n’a plus sa voiture, son école, son magasin, son autobus, son gymnase ; pour celui ou celle qui est blessé(e), brûlé(e), lapidé(e)… pour la collectivité qui financera les millions d’euros de la reconstruction

Pour celles et ceux qui sont spectateurs, pour les voisins, les gardiens de HLM, les animateurs de MJC, les enseignants, les maires, les pompiers et les policiers, la réalité est visiblement différente car  » l’aspect ludique ” disparaît vite dans la fumée. 

 La bande instaure ses propres lois, son code moral, son code pénal.  Gare aux contrevenants, à  » la police – qui rentre malheureusement dans le jeu en utilisant aussi le registre de l’intimidation, du viril et de l’informel« .

Serait-ce qu’en laissant la bande gouverner, le quartier pourrait devenir comme  elle,    » un espace de solidarité et de convivialité  » ? Quel dommage que ses habitants n’y voient que du feu !  

* sociologue au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales. Ses propos sont extraits de son entretien avec Luc Bronner Le Monde 9.10/12/ 2007