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Cueille le jour … Cueille le fruit de ce jour…

Note mise en avant le dimanche 6 août 2017 pour nous souhaiter aussi ou malgré tout de bonnes vacances !
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4 – 7 janvier  2017 ♦

               Que nous souhaiter d’autre, à l’aube de la nouvelle année 2017, que de vivre avec sagesse et lucidité chaque jour  ?  C’est ce qu’écrivait Horace (1) dans le Livre premier  de ses Odes, dans l’Ode XI  (2).

  À  Leuconoé 

Ne recherche point, toi, – il est sacrilège de la savoir,
– quelle fin, Leuconoé, les dieux ont marquée pour moi, marquée pour toi,
et n’interroge pas les calculs babyloniens.
Comme il vaut mieux subir tout ce qui pourra être !
Que Jupiter t’accorde plus d’un hiver, ou que celui-ci soit le dernier,
qui, maintenant brise la mer tyrrhénienne  contre l’obstacle des falaises rongées,
sois sage, filtre tes vins, et,  puisque nous durons peu, retranche les longs espoirs.
Pendant que nous parlons, voilà que le temps jaloux a fui :
cueille le jour (carpe diem)* sans te fier le moins du monde au lendemain.

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Alors,
pour ce nouvel an 2017 tout neuf, souhaitons-nous de pouvoir

 Cueillir  le jour !

 Cueillir le fruit de chaque jour… et  mûrir !

…………………………..

♦ (note complétée par « Marquis, je m’en souviens, vous veniez chez ma mère » de V. Hugo)

Mûrir   … chaque jour s’écrit notre histoire … et notre Histoire…

C’est ce que répond Victor Hugo -quadragénaire- en 1846, à la lettre que lui a adressée Charles-Louis de Coriolis, marquis d’Espinouse :   » Depuis ces beaux jours de votre adolescence monarchique, qu’avez-vous fait ? où allez-vous ? »
(I-II-III…) IV

 » Écoutez-moi. J’ai vécu ; j’ai songé.
La vie en larmes m’a doucement corrigé. (…)
La pensée est le droit sévère de la vie. (…)
J’ai pensé. J’ai rêvé près des flots, dans les herbes,
Et les premiers courroux de mes odes imberbes
Sont d’eux-mêmes en marchant tombés derrière moi.
La nature devint ma joie et mon effroi ;
Oui, dans le même temps où vous faussiez ma lyre,
Marquis, je m’échappais et j’apprenais à lire
Dans cet hiéroglyphe énorme : l’univers.
Oui, j’allais feuilleter les champs tout grands ouverts.

La nature est un drame avec des personnages ;
J’y vivais ; j’écoutais, comme des témoignages,
L’oiseau, le lis, l’eau vive et la nuit qui tombait.
Puis je me suis penché sur l’homme, autre alphabet.

Le mal m’est apparu, puissant, joyeux, robuste,
Triomphant ; je n’avais qu’une soif : être juste ; (…)
On avait eu bien soin de me cacher l’histoire ;
J’ai lu ; j’ai comparé l’aube avec la nuit noire,
Et les quatrevingt-treize aux Saint-Barthélémy ;
Car ce quatrevingt-treize où vous avez frémi,
Qui dut être, et que rien ne peut plus faire éclore,
C’est la lueur de sang qui se mêle à l’aurore.
Les Révolutions, qui viennent tout venger,
Font un bien éternel dans leur mal passager.
Les Révolutions ne sont que la formule
De l’horreur qui pendant vingt règnes s’accumule.

V
Ce sont les rois qui font les gouffres; mais la main
Qui sema ne veut pas accepter la récolte ;
Le fer dit que le sang qui jaillit se révolte.

Voilà ce m’apprit l’histoire. Oui, c’est cruel,
Ma raison a tué mon royalisme en duel.
Me voici jacobin. Que veut-on que j’y fasse ?
Le revers du louis dont vous aimez la face,
M’a fait peur. En allant librement devant moi,
En marchant, je le sais, j’afflige votre foi,
Votre religion, votre cause éternelle,
Vos dogmes, vos aïeux, vos dieux, votre flanelle,
Et dans vos bons vieux os, faits d’immobilité,
Le rhumatisme antique appelé royauté.
Je n’y peux rien. Malgré menins et majordomes
Je ne crois plus aux rois propriétaires d’hommes ;
N’y croyant plus, je fais mon devoir, je le dis.
Marc-Aurèle écrivait : « Je me trompai jadis ;
 » Mais je ne laisse pas, allant au juste, au sage,
 » Mes erreurs d’autrefois me barrer le passage. »
Je ne suis qu’un atome, et je fais comme lui ;
Marquis, depuis vingt ans, je n’ai, comme aujourd’hui,
Qu’une idée en l’esprit : servir la cause humaine ».
(…)
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Clin d’œil  /  À apprendre par cœur ...  si l’on veut répondre au chœur des adorateurs de Marie-Antoinette, de Louis XVI et de ses petits frères et premiers émigrés, le comte de Provence,  Louis XVIII et le comte d’Artois, Charles X,  qui appelèrent ensemble l’armée autrichienne contre le peuple français !

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Et Victor Hugo -sexagénaire- en 1864, nous invite encore dans Utilité du Beau  à cueillir le Beau car « le Beau entre dans nos yeux rayon et sort larme… c’est une victoire pour l’intelligence que de comprendre cela ».

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Œuvres complètes de V. Hugo – sous la direction de J. Massin-  Club français du livre : Tome IX et Tome XII.
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1 Source : HORACE Satires, Odes et Épodes, Épîtres
Texte établi et traduit par François Villeneuve, Professeur à l’Université de Montpellier. Le club français du livre 1969. Coll. Les Portiques.
*« carpe diem  : carpe  élément formateur emprunté au grec karpos  « fruit » dit des fruits de la terre, céréales, récoltes, mais également de raisins, olives, et employé au sens figuré de « profit, avantage ». Ce mot est à rapprocher du latin carpere  « cueillir« .  » Source Le Robert Dictionnaire historique de la langue française  p.392

♥ Introduction / la vie et l’œuvre d’Horace /p.155-156
« Horace (Horatius Flaccus), né en décembre de l’année 65 avant J.-C. (689 de la fondation de Rome), était le fils d’un ancien esclave public de Venouse, colonie romaine, ville de l’Italie méridionale, sur les confins de l’Apulie et de la Lucanie (d’où le nom d’Horatius qu’il prit quand l’affranchissement fit de lui un citoyen : les habitants de Venouse appartenaient à la tribu Horatia). (…)  Le poète, loin d’avoir jamais rougi de cette origine, se fût même jugé ingrat en se proclamant fils de ses œuvres : n’atteste-t-il point qu’il dut à son père une solide formation morale et les moyens de recevoir la même instruction que les enfants des plus nobles familles ?« 

2 Voir aussi le poème en latin dans Œuvres d’Horace traduites par MM. Campenon de l’Académie française et Desprès, conseiller honoraire de l’Université.   Chez L. de Bure Librairie Rue Guénégaud 27 Paris 1821.

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♦ En mémoire des victimes  de CHARLIE HEBDO  que les frères Kouachi ont massacrées à Paris,  le 7 janvier 2015,  « pour venger le prophète », sur ordre du groupe État islamique.
Cf. par L’ingénue  la note des 7- 9- 12- 13 et  17  janvier  2015 / ajout du 9 janvier 2017 :
    Contre la terreur islamique, le peuple français est entré en Résistance ♦

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4 janvier 2017   Commentaires fermés sur Cueille le jour … Cueille le fruit de ce jour…

L’incivilité est de l’anti-citoyenneté

mardi 4 octobre 2016  note revue le 23  octobre 2016

L’incivilité vue par l’œil perçant de Jean de La Bruyère (1) sous Louis XIV, et cela vaut aussi pour la France de 2016.

 » L’incivilité n’est pas un vice de l’âme ; elle est l’effet de plusieurs vices, de la sotte vanité, de l’ignorance de ses devoirs, de la stupidité, de la distraction, du mépris des autres, de la jalousie. Pour ne se répandre que sur les dehors, elle n’en est que plus haïssable, parce que c’est toujours un défaut visible et manifeste ; (…)

Le commun des hommes va de la colère à l’injure ; quelques-uns en usent autrement : ils offensent, et puis ils se fâchent. (…)

Si la pauvreté est la mère des crimes, le défaut d’esprit en est le père
.

Il est difficile qu’un fort malhonnête homme ait assez d’esprit ; un génie qui est droit et perçant conduit enfin à la règle, à la probité, à la vertu. Il manque du sens et de la pénétration à celui qui s’opiniâtre dans le mauvais comme dans le faux : l’on cherche en vain à le corriger par des traits de satire qui le désignent aux autres, et où il ne se reconnaît pas lui-même ; ce sont des injures dites à un sourd. (…)

À quelques-uns l’arrogance tient lieu de grandeur ; l’inhumanité, de fermeté : et la fourberie, d’esprit.
Les fourbes croient aisément que les autres le sont : ils ne peuvent guère être trompés, et ils ne trompent pas longtemps.
(…)    On ne trompe point en bien ; la fourberie ajoute la malice au mensonge.  »
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Retour sur
l’expression  « vivre-ensemble » qui, dans la phraséologie du  PS, occulte le mot  » citoyenneté ».

Qu’est-ce-que ce « vivre ensemble«  magique de MM. Hollande, Valls, Cazeneuve, de Mme Vallaud-Belkacem …    ?

Comment « vivre ensemble«  quand  les chefs religieux du soi-disant « islam de France », MM. Boubakeur, Ramadan et Lasfar restent spectateurs inertes, sourds, figés, passifs, alors que de toute part,  leurs coreligionnaires assassins appellent au djihad en France, et nous massacrent au nom de leur dieu ?

À moins que  ce « vivre ensemble«  ne soit, après chacun des massacres, que cette  pitoyable mise en scène de cérémonie  religieuse, rassemblant trois catégories d’ hommes, dans leur grand apparat de robes et de bonnets  et  « priant ensemble »  leurs trois dieux ?

…  En attendant bien sûr, le prochain « mourir ensemble »…  des futures victimes innocentes …

  ♦  L‘incivilité est de l’anti -citoyenneté, de l’anti-respect des  autres et des lois, et depuis la montée de l’islamisme salafiste, de la subversion terroriste contre notre  laïcité fraternelle et citoyenne …

1  Les Caractères  – Chapitre X –  De l’homme -1688
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               Apostille  sur l’école et l’incivilité

  Avec la radicalisation islamique, l’ignoble incivilité sanglante est présente partout ; elle vise – depuis 2012  et les massacres de Mohamed Merah- les élèves, les professeurs, les directeurs, les principaux de collège, les proviseurs,  tout comme ceux qui les protègent, les policiers et les gendarmes.
À la rentrée 2016, l’Éducation nationale évoquait aussi « 600 élèves considérés comme dangereux* » sachant que pour la ministre Najat Vallaud-Belkacem, cela ne voulait pas dire « que chacun de ces élèves est dangereux ». … Jusqu’où ira son déni d’une réalité tragique ?  

 ♦  Et  c’est peu dire que le plus difficile reste à faire pour combattre l’incivilité faite d’ignorance de ses devoirs, de stupidité et de mépris des autres !  
 Le projet présidentiel de M. Hollande en 2012,  modestement nommé  « Refondation de l’école de la République« ,-  et dont « le socle »,  bricolé pendant deux ans par MM. Peillon et Hamon,  a fini bâclé par Mme Vallaud-Belkacem-, n’aura aucun effet bénéfique, ni sur la qualité des apprentissages du CP à la Troisième, ni sur l’éducation à la citoyenneté.

Quand redonnera-t-on  du temps au temps scolaire ?  Ni les familles ni le secteur du  tourisme ne devraient être donneurs  d’ordre.
Quand les professeurs, porteurs de nos valeurs humanistes, auront-ils à nouveau le temps et la formation nécessaires pour  mener à bien les apprentissages, pour l’éveil des intelligences, pour dire et faire découvrir le vrai, le bon, le juste et aussi le beau ?      
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4 octobre 2016   Commentaires fermés sur L’incivilité est de l’anti-citoyenneté

« Apprendre difficilement les choses faciles »

Rien de tel qu’un 20 septembre 2016 pour rouvrir  les « Propos sur l’Éducation » d’Alain (1) avant de se plonger dans « le [énième]  socle commun de connaissances, de compétences et de culture concernant les élèves de 6 à 16 ans et entrant en vigueur à la rentrée 2016″ (2) concocté par la ministre de l’Éducation, Najat Vallaud-Belkacem et son administration PS.
En effet,  Alain, professeur et rationaliste, les avait déjà repérés au vingtième siècle :  «  les illettrés de l’instruction publique« , ceux qui pratiquent  « toujours le même art de gouverner sans savoir » (3).

Dès le premier Propos, on comprend que la pensée sera claire, vive, impétueuse,  sans faiblesse !

«     Des gens jouaient aux Lettres, jeu connu ; il s’agit de former des mots avec des lettres éparpillées (…) ; l’extrême facilité des petits problèmes à trois ou quatre lettres engage l’esprit dans un travail assez fatigant ; (…) Ainsi me disais-je, l’attention de l’enfant est bien facile à prendre ; faites-lui un pont depuis ses jeux jusqu’à vos sciences ; et qu’il se trouve en plein travail sans savoir qu’il travaille ; ensuite, toute sa vie, l’étude sera un repos et une joie, par cette habitude d’enfance ; au lieu que le souvenir des études est comme un supplice pour la plupart.
Je suivais donc cette idée charmante en compagnie de Montaigne. Mais l’ombre de Hegel parla plus fort.

L’enfant, dit cette Ombre, n’aime pas ses joies d’enfance autant que vous croyez. Dans sa vie immédiate, oui, il est pleinement enfant, et content d’être enfant, mais pour vous, non pour lui. Par réflexion, il repousse aussitôt son état d’enfant ; il veut faire l’homme ; et en cela il est plus sérieux que vous, qui faites l’enfant. Car l’état d’homme est beau pour celui qui y va, avec toutes les forces de l’enfance. Le sommeil est un plaisir d’animal, (…) on y glisse ; on s’y plonge, sans aucun retour sur soi. C’est le mieux. C’est tout le plaisir de la plante et de l’animal, sans doute ; c’est tout le plaisir de l’être qui ne surmonte rien, qui ne se hausse pas au-dessus de lui-même. Mais bercer n’est pas instruire.

Au contraire, dit cette grande Ombre, je veux qu’il y ait comme un fossé entre le jeu et l’étude. Quoi ? Apprendre à lire et à écrire par jeu de lettres ? À compter par noisettes, par activité de singe ? J’aurais plutôt à craindre que ces grands secrets ne paraissent pas assez difficiles, ni assez majestueux. L’idiot s’amuse de tout ; il broute vos belles idées ; il mâchonne ; il ricane. Je crains ce sauvage déguisé en homme. Un peu de peinture, en jouant ; quelques notes de musique, soudainement interrompues, sans mesure, sans le sérieux de la chose. Une conférence…  ; l’ombre d’un squelette ; une anecdote. Un peu de danse ; un peu de politique ; un peu de religion. L’Inconnaissable en six mots. « Je sais, j’ai compris », dit l’idiot. L’ennui lui conviendrait mieux  ; il en sortirait, peut-être ; mais dans ce jeu de lettres il reste assis et fort occupé ; sérieux à sa manière, et content de lui-même.

J’aime mieux, dit l’Ombre, j’aime mieux dans l’enfant cette honte d’homme, quand il voit que c’est l’heure de l’étude et qu’on veut encore le faire rire. Je veux qu’il se sente bien ignorant, bien loin, bien au-dessous, bien petit garçon pour lui-même ; qu’il s’aide de l’ordre humain ; qu’il se forme au respect, car on est grand par le respect et non pas petit. Qu’il conçoive une grande ambition, une grande résolution, par une grande humilité. Qu’il se discipline et qu’il se fasse ; toujours en effort, toujours en ascension. Apprendre difficilement les choses faciles. Après cela bondir et crier, selon la nature animale. Progrès, dit l’Ombre par oppositions et négations. »

En ce début de XXI ème siècle violenté par tant de guerres de domination,  de conflits sanglants, d’attentats ignobles,  perpétrés par des chefs d’une religion islamique fascisante, il serait urgent de réfléchir sur le rôle primordial de  l’Éducation nationale et sur le formidable espoir pour nous tous, que serait l’ambition de son ancrage dans l’excellence des apprentissages des savoirs, dans la citoyenneté laïque et dans la fraternité*.

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1  Alain /  Émile Chartier (1868-1951) Philosophe
2 le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture   – septembre 2016
3  pp. 95-96   Propos sur l’Éducation  Alain  – PUF Presses Universitaires de France 108, Boulevard Saint-Germain, Paris – 10 ème édition  1961  – 1ère publication 1932,  Les Éditions Rieder


* La fraternité qui nous relie ensemble dans la paix  –  bien au-dessus des communautarismes.

20 septembre 2016   Commentaires fermés sur « Apprendre difficilement les choses faciles »

De l’horrible danger de la lecture (1765)

À Ferney, entre 1761 et 1778,  dans la dernière et lumineuse période de sa vie, Voltaire écrivit L’Ingénu (1767) qui nous  est cher, mais aussi, en se consacrant toujours à la défense de la Justice et à la philosophie,  le Traité sur la Tolérance (1763)  et le Dictionnaire philosophique (1764).

On verra dans cet extrait,  comment il sut communiquer ses idées sous la forme spirituelle du pamphlet ou du libelle,  pour mieux défendre la liberté de penser et de lire :

« Nous, Joussouf-Chéribi, par la grâce de Dieu mouphti du Saint-Empire ottoman, lumière des lumières, élu entre les élus, à tous les fidèles qui les présentes verront, sottise et bénédiction.

Comme ainsi soit que Saïd-Efffendi, ci-devant ambassadeur de la sublime Porte (1), vers un petit État nommé Frankrom, situé entre l’Espagne et l’Italie, a rapporté parmi nous le pernicieux usage de l’imprimerie, ayant consulté sur cette nouveauté nos vénérables frères les cadis et imans (2) de la ville impériale de Stamboul, et surtout les fakirs connus par leur zèle contre l’esprit, il a semblé bon à Mahomet et à nous de condamner, proscrire, anathématiser ladite infernale invention de l’imprimerie, pour les causes ci-dessous énoncées :

1° Cette facilité de communiquer ses pensées tend évidemment à dissiper l’ignorance, qui est la gardienne et la sauvegarde des états bien policés.
(…)
4° Il se pourrait, dans la suite des temps, que de misérables philosophes, sous le prétexte spécieux, mais punissable, d’éclairer les hommes, et de les rendre meilleurs, viendraient nous enseigner des vertus dangereuses dont le peuple ne doit jamais avoir connaissance.
(…)
6° Il arriverait, sans doute,  qu’à force de lire les auteurs occidentaux qui ont traité des maladies contagieuses, et de la manière de les prévenir, nous serions assez malheureux pour nous garantir de la peste, ce qui serait un attentat énorme contre les ordres de la Providence.

À ces causes et aux autres, pour l’édification des fidèles, et pour le bien de leurs âmes, nous leur défendons de ne jamais lire aucun livre (en français♦), sous peine de damnation éternelle. Et, de peur que la tentation diabolique ne leur prenne de s’instruire, nous défendons aux pères et aux mères d’enseigner à lire (en français), à leurs enfants.
Et, pour prévenir toute contravention à notre ordonnance, nous leur défendons expressément de penser (en français), sous les mêmes peines ; enjoignons à tous les vrais croyants de dénoncer à notre officialité quiconque aurait prononcé (en français)  quatre phrases liées ensemble, desquelles on pourrait inférer un sens clair et net.
Ordonnons que dans toutes les conversations on ait à se servir de termes qui ne signifient rien (en français), selon l’usage de la sublime Porte.

Et pour empêcher qu’il n’entre quelque pensée en contrebande dans la sacrée ville impériale, commettons spécialement le premier médecin de sa hautesse (…) lui donnons pouvoir, par ces présentes, de faire saisir toute idée (en français)  qui se présenterait par écrit ou de bouche aux portes de la ville, et nous amener ladite idée pieds et poings liés, pour lui être infligé par nous tel châtiment qu’il nous plaira. »

Donné dans notre palais de la stupidité, le 7 de la lune de Muharem, l’an 1143 de l’hégire.

1 En 1741
2 Les cadis sont des juges, les iman(m)s, des prêtres
♦ Ajout du 7 mai 2016

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   De l’horrible danger de l’islamisme pour la jeunesse…  à la nuit tombée, en bas des immeubles, dans les mosquées, sous les ponts, dans les prisons*…………………..

Voilà un libelle criant de vérité où le Nous, Joussouf-Chéribi  est devenu une menace réelle pour notre société française et ses idéaux humanistes et culturels.
Souvenons-nous, 75 ans après l’entrée dans Paris de la Wehrmacht nazie et de la Gestapo  d’Hitler,  le 14 juin 1940, et 250 ans après ce libelle de Voltaire,  
le 7 janvier 2015, c ‘était encore l’INFÂME**
, le retour des tortionnaires avec les djihadistes  Kouachi  qui s’acharnèrent sur les rédacteurs et les dessinateurs de CHARLIE HEBDO pour venger Mahomet, …  et  pour condamner, proscrire, anathématiser  notre liberté de penser, de lire, d’écrire et de dessiner***. 
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* Voir la vidéo (LCP) de la question de M. Falorni au ministre de la Justice, sur les « casinos » de salafistes dans la cour de la prison de Saint-Martin-de-Ré.
** C’est le mot de Voltaire pour désigner le fanatisme religieux.
*** On remarquera que les gribouillis sur nos murs, les « nique les profs » et autres « fuck  » et  barbouillages obscènes, marquent depuis  plus de vingt ans, une régression à l’état de sauvagerie, sans que les municipalités et/ou l’Éducation nationale réagissent…
En toute impunité, les salafistes et les frères musulmans poursuivent leur infâme  décervelage de la jeunesse  avec eux les gribouilleurs illettrés sont  devenus des brutes haineuses, soumises, entraînées au djihad à  Saint-Denis-la Mecque et,  à chaque incendie, chaque agression, chaque viol, chaque lapidation, chaque destruction de bien public, chaque émeute… ils hurlent  « allah akbar » !    »
C’est la guerre !
leur avait rabâché le « grand frère rappeur » Larsen.
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7 mai 2016

7 mai 2016   Commentaires fermés sur De l’horrible danger de la lecture (1765)

J’écris ton nom : République

27 avril – 1er mai 2016

Sur le lien du document officiel, à savoir l’Arrêté daté du 6 janvier 2016, émanant du Cabinet du Préfet de police de Paris, on voit écrit  :

  Arrêté   n° 2016-00023   interdisant l’occupation de la place de la  République

Doit-on à l’absence d’un Français lors de la discussion internationale sur les lettres avec accents, le A avec un tilde à et un copyright © pour faire le é de République ?

OU le doit-on au si grand désintérêt des pouvoirs exécutif et législatif, qu’ils négligent la mise en conformité de l’informatique et acceptent le déni de la langue française ?

Ainsi,  il y a le mot mais qu’en est-il de l’esprit de la République ?
L’heure est grave, et si nous a
vons perdu l’accent aigu, nous pouvons garder l’esprit vif,  le président, le premier ministre et le ministre de l’intérieur aussi.

Et de même que le gouvernement avait demandé au Préfet de police d’interdire l’occupation de la place de la République par les migrants, pour des raisons de sécurité liées à l’état d’urgence, du 7 au 21 janvier 2016 ; mais aussi  pour que le peuple citoyen vienne rendre hommage aux  500 victimes des attentats djihadistes de 2015  et réaffirmer ses valeurs laïques, fraternelles et républicaines ;

On attend  que l’esprit de la République l’ éclairant,

Le gouvernement

vu la prorogation de l’état d’urgence jusqu’au 26 mai 2016,
vu l’urgence
Considérant les troubles à l’ordre public
Arrête :
L’occupation illégale de la place de la République par le groupe « Nuit debout »  est interdite durant  la durée de l’état d’urgence.
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Mais pour cela, il faudrait un courage politique que F. Hollande n’a pas, car non seulement, depuis le 31 mars, il ignore les riverains et les policiers qui sont les premières victimes, mais pire encore, il joue sa dernière carte en laissant  le groupe « nuit debout » allumer la mèche toutes les nuits,  convaincu (?) que mettre en danger la  paix sociale lui apportera des voix  !

Et dans la nuit … La République écoute
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27 avril 2016   Commentaires fermés sur J’écris ton nom : République

Quand Chateaubriand allait en Palestine

René de Chateaubriand a 38 ans quand en 1806, il entreprend « le voyage d’outre-mer » de Paris à Jérusalem. Le livre Itinéraire de Paris à Jérusalem  qu’il publia en 1811 est aussi riche d’admirables descriptions que de récits historiques et d’observations aiguisées sur l’état du monde en ce début du XIX ème siècle. Chaque page déborde d’une érudition  latine et grecque qui enrichit naturellement son analyse perçante des effets de la domination ottomane dans toute la région (1).

Il partit de Paris le 13 juillet 1806 et la Première Partie de l’Itinéraire est consacrée au Voyage de la Grèce (2) Pour la nouvelle édition de 1827, il compléta sa préface par une Note sur la Grèce qui luttait alors pour son Indépendance /1821-1829/(3).

De ce livre dense qui est aussi sa propre documentation pour son ouvrage les Martyrs , j’ai extrait un passage (4) sur les croisades en Palestine précédé d’une chronologie du passé proche  :

« En 636, le calife Omar, troisième successeur de Mahomet, s’empara de Jérusalem, après l’avoir assiégée pendant quatre mois ; la Palestine ainsi que l’Égypte, passa sous le joug des vainqueurs. Omar fut assassiné à Jérusalem en 643.
L’établissement de plusieurs califats en Arabie et en Syrie, la chute de la dynastie des Omniades et l’élévation de celle des Abassides, remplirent la Judée de troubles et de malheurs pendant plus de deux cents ans. (…) Les Fatimites en 968 conquirent plusieurs villes de Palestine (…)  Hakem, successeur d’Aziz, second calife fatimite, persécuta les chrétiens à Jérusalem en 996. (…) Meleschah, Turc Seljoucide, prit la sainte Cité en 1076 et fit ravager tout le pays. (…) Les Fatimites régnaient encore en 1076 (…) lorsque les croisés parurent sur les frontières de la Palestine.

Les écrivains du XVIII ème siècle se sont plu à représenter les croisades sous un jour odieux.
J’ai réclamé un des premiers contre cette ignorance ou cette injustice. (…) Les chrétiens n’étaient point les agresseurs. Si les sujets d’Omar, partis de Jérusalem, après avoir fait le tour de l’Afrique, fondirent sur la Sicile, sur l’Espagne, sur la France même où Charles Martel les extermina, pourquoi des sujets de Philippe Ier, sortis de la France n’auraient-ils pas fait le tour de l’Asie pour se venger des descendants d’Omar jusque dans Jérusalem ? (…)  N’apercevoir dans les croisades que des pèlerins armés qui courent délivrer un tombeau en Palestine, c’est montrer une vue très bornée en histoire.

Il s’agissait non seulement de la délivrance de ce tombeau sacré, mais encore de savoir qui devait l’emporter sur la terre, ou d’un culte ennemi de la civilisation, favorable par système à l’ignorance, au despotisme, à l’esclavage, ou d’un culte qui a fait revivre chez les modernes le génie de la docte antiquité, et abolit la servitude. (…)
L’esprit du mahométisme est la persécution et la conquête ; l’évangile, au contraire, ne prêche que la tolérance et la paix.
Aussi les chrétiens supportèrent-ils, pendant sept cent soixante-quatre ans, tous les maux que le fanatisme des Sarrasins leur voulut faire souffrir ; ils tâchèrent seulement d’intéresser en leur faveur Charlemagne : mais ni les Espagnes soumises, ni la France envahie, ni la Grèce et les Deux-Siciles ravagées, ni l’Afrique entière tombée dans les fers, ne purent déterminer pendant plus de huit siècles, les chrétiens à prendre les armes.

Si enfin les cris des victimes égorgées en Orient, si les progrès des Barbares, déjà aux portes de Constantinople, réveillèrent la chrétienté, et la firent courir à sa propre défense, qui oserait dire que la cause des guerres sacrées fut injuste ?

Où en serions-nous, si nos pères n’eussent répoussé la force par la force ?
Que l’on contemple la Grèce, et l’on apprendra ce que devient un peuple sous les joug des musulmans.
Ceux qui s’applaudissent tant aujourd’hui du progrès des lumières auraient-ils donc voulu voir régner parmi nous une religion qui a brûlé la bibliothèque d’Alexandrie, qui se fait un mérite de fouler aux pieds les hommes, et de mépriser souverainement les lettres et les arts ?

Les croisades, en affaiblissant les hordes mahométanes au centre même de l’Asie, nous ont empêchés de devenir la proie des Turcs et des Arabes. »
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1 Itinéraire de Paris à Jérusalem suivi du Voyage en Amérique par le vicomte de Chateaubriand  Tome premier

Paris Siège de l’administration des frères-réunis  27, rue du Faubourg-Poissonnière  1851
Paris.- Imprimerie de E. de Soye et Cie, 36,rue de Seine.

2 Cf. L’arrivée dans le port de Chio fin août 1806   dans le volume de la BNF numérisé dans  Gallica : Itinéraire de Paris à Jérusalem  Tours Alfred Mame et Fils,  Éditeurs  1871

3  La seconde édition de 1827 résonne de la fureur de la guerre d’Indépendance grecque, du massacre de Chio perpétré par les Ottomans en avril 1822 ♦, de la résistance héroïque de Missolonghi jusqu’en 1826 ♦ ♦,  aux milliers de têtes tranchées et aux trafics d’esclaves qui s’ensuivirent.

Chateaubriand, dans sa préface de la troisième édition de la Note sur la Grèce joint le texte de son discours à la Chambre des  Pairs, le 13 mars 1826, avec sa proposition d’un amendement « sur le projet de loi relatif à la répression des délits commis dans les Échelles du Levant ».
P.31-33 « (…) Mais l’habitant du Péloponèse et de l’Archipel, arraché aux flammes et aux ruines de sa patrie ; la femme enlevée à son mari égorgé, l’enfant ravi à la mère dans les bras de laquelle il a été baptisé, toute cette race est civilisée et chrétienne. À qui a-t-elle été vendue ? à la barbarie et au mahométisme ! Ici le crime religieux vient se joindre au crime civil et politique (…). »
Dans son amendement, Chateaubriand déclare qu’il est justice de condamner cette « traite des blancs » comme la « traite des noirs » par  le terme générique de trafic d’esclaves.

♦ Résonance aussi dans  les peintures de Delacroix /26-28 ans  Scène des massacres de Scio ; familles grecques attendant la mort ou l’esclavage        (1824)   et ♦ ♦  La Grèce sur les ruines de Missolonghi (1826)
et dans les poèmes de V. Hugo/ 24 – 26 ans/ (Les Orientales) : Les Têtes du sérail 1826 Enthousiasme 1827 – Navarin  1827 –  Canaris (héros de l’indépendance grecque) 1828 

4  pp. 361, 362,363.

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5 avril 2016   Commentaires fermés sur Quand Chateaubriand allait en Palestine

LÆTITIA RERUM

 LÆTITIA  RERUM  ou  « La joie qu’il y a dans les choses »

Mais aussi la joie dans la beauté d’une Polonaise de Chopin ou d’un tableau de Véronèse … dans l’amour vrai … dans notre idéal humaniste et fraternel … dans la certitude qu’il sera le plus fort … Souhaitons-nous une bonne année 2016, lucide, forte, courageuse, qui éclairera le futur proche !

Tout est pris d’un frisson subit.
L’hiver s’enfuit et se dérobe.
L’année ôte son vieil habit ;
La terre met sa belle robe.

Tout est nouveau, tout est debout ;
L’adolescence est dans les plaines ;
La beauté du diable, partout,
Rayonne et se mire aux fontaines.

L’arbre est coquet ; parmi les fleurs
C’est à qui sera la plus belle ;
Toutes étalent leurs couleurs,
Et les plus laides ont du zèle.

Le bouquet jaillit du rocher ;
L’air baise les feuilles légères ;
Juin rit de voir s’endimancher
Le petit peuple des fougères.

C’est une fête en vérité ;
Fête où vient le chardon, ce rustre ;
Dans le grand palais de l’été
Les astres allument le lustre.

On fait les foins. Bientôt les blés,
Le faucheur dort sous la cépée* ;
Et tous les souffles sont mêlés
D’une senteur d’herbe coupée.

(…)

On voit rôder l’abeille à jeun,
La guêpe court, le frelon guette ;
À tous ces buveurs de parfum
Le printemps ouvre sa guinguette.

Le bourdon, aux excès enclin,
Entre en chiffonnant sa chemise ;
Un œillet est un verre plein,
Un lys est une nappe mise.

La mouche boit le vermillon
Et l’or dans les fleurs demi-closes,
Et l’ivrogne est le papillon,
Et les cabarets sont les roses.

De joie et d’extase on s’emplit,
L’ivresse, c’est la délivrance ;
Sur aucune fleur on ne lit :
Société de tempérance.

Le faste providentiel
Partout brille, éclate et s’épanche,
Et l’unique livre, le ciel,
Est par l’aube doré sur tranche.

Enfants, dans vos yeux éclatants
Je crois voir l’empyrée** éclore ;
Vous riez comme le printemps
Et vous pleurez comme l’aurore.

 Victor Hugo      L’Art d’être grand-père   VIII     18 juillet  1859
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*  cépée : Terme de chasse. Bois d’un an ou deux. Touffe de bois sortant d’une même souche. (Littré)

** empyrée : de l’adj. lat. ecclés. empyrius, grec empur(i)os « en feu, de feu ». (mythologie grecque) la plus élevée des quatre sphères célestes, qui contenait les feux éternels, c’est-à-dire les astres, et qui était le séjour des dieux.  (Robert)

♥    Écoutons  alors ce poème mis en musique pour  le roi soleil  en sa cour de Versailles :

Ombre de mon amant  1689   Michel Lambert (1610-1696)

Ombre de mon amant, ombre toujours plaintive,
Hélas! Que voulez-vous ? Je meurs.
Soyez un moment attentive
Au funeste récit de mes vives douleurs.
C’est sur cette fatale rive
Que j’ai vu votre sang couler avec mes pleurs.
Rien ne peut arrêter mon âme fugitive,
Je cède à mes cruels malheurs.
Ombre de mon amant, ombre toujours plaintive,
Hélas! Que voulez-vous ? Je meurs.

Hasnaa Bennani (soprano),
Ensemble Stravaganza – Domitille Gilon & Thomas Soltani, dir. 
New album ‘muso’ – Ariane & Orphée, French Baroque Cantatas – October 2015

1er janvier 2016
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28 mars / 8 avril 2016   

L
a  musique, lien fraternel … universel …

Laissons-nous inviter aussi  par  le Festival d’Ambronay le 25 septembre 2015 *  et le Concert Étranger (direction Itay Jedlin)  pour la Passion selon St Marc de Bach, où l’on retrouve Hasnaa Bennani parmi d’autres merveilleux talents !

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*  Festival d’Ambronay  25 septembre 2015

La rediffusion du concert assurée par France Télévisions jusqu’au 2 octobre 2016 est  précédée … souvent… de trois publicités criardes.

        AMBRONAY ________________________

1 janvier 2016   Commentaires fermés sur LÆTITIA RERUM

Le droit au calme, à la beauté et au savoir à l’école

22-29 novembre 2015

  On a vu comment la fameuse Refondation de  l’école, claironnée depuis 2012 par MM. Hollande, Peillon, Hamon et Mmes Pau-Langevin et Vallaud-Belkacem, n’avait consisté qu’à faire financer, de façon ruineuse pour les municipalités, le remplacement du temps scolaire par des activités périscolaires – autrement dit un appauvrissement des apprentissages fondamentaux.

On a vu comment l’apprentissage des valeurs morales et laïques avait été reporté à la rentrée 2015, afin de privilégier en 2013 et 2014 leur idée fixe :  la « notion de genre  »  justifiant  le mariage homosexuel (seule promesse tenue du candidat) – diversion programmée pour laisser prêcher le djihad dans les mosquées en France et fermer les yeux sur la radicalisation des organisations islamiques.

On a vu comment Mme Vallaud-Belkacem achève bien le collège avec sa réforme qui supprime encore de précieuses heures d’apprentissage pour des activités dites transversales (pure chimère, quand on sait la faiblesse des acquisitions en langue française / vocabulaire-orthographe- conjugaison- syntaxe et compréhension en lecture/ des élèves de 6ème) et les fleurons que sont les langues fondatrices de notre français : le latin et le grec.

On a vu comment l’ École de la République – (di)version Hollande Peillon Hamon Vallaud-Belkacem- a laissé filer la laïcité en n’appliquant pas la loi ; et si les collégiens français sont à 15 ans moins instruits et moins vifs que ceux de 24 autres pays [Pisa 2013] , les niveaux de violence dans les collèges et les lycées atteignent par contre des records … Je ne refais pas ici la liste interminable des actes criminels commis en milieux scolaires – sur les élèves, sur les professeurs – principaux et proviseurs …

… ♥ Or, la première condition de réussite scolaire et intellectuelle est le calme qui permet l’attention et la concentration, donc le travail intelligent dans une classe, où chacun(e) aurait pris conscience de la nécessité de ce calme pour la réussite de tous, c’est-à-dire lorsque chacun(e) commence à se penser citoyen(ne).

…   Et, dans la refondation du calme intelligent, le port de la  blouse serait une bonne approche qui gommerait  l’apparence vestimentaire et son marquage socio-culturel  et  diminuerait  les réactions  et les excitations   sur les  différences entre les élèves, qui sont à l’origine des troubles continuels (cris, insultes, menaces, harcèlements, coups etc.) qui dévastent les journées de classe.

…♥ Et quoi de mieux pour apaiser, que la beauté et l’harmonie de la musique classique aux horaires d’entrée, de sortie, de pauses et d’interclasses  ?
Cette découverte quotidienne d’un univers musical exceptionnel ne serait-elle pas  une vraie chance de culture, pour la plupart des collégiens et des lycéens ?
   ♥ Entendre ensemble, pour la première fois, un concerto pour luth  et mandoline de Vivaldi  ? Une symphonie de Haydn ? Une sonate pour violon et piano de Fauré ? Un  quatuor de Beethoven ? Des airs d’opéras de Mozart ?  Ce serait simplement  du bonheur !

♥ Ainsi  à l’école, au collège et au lycée, ce serait déjà l’ébauche d’une chance d’avoir le droit au calme et à la beauté pour mieux apprendre – et même apprendre « à la perfection »   disait Édouard Glissant * !

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* Source :  Un siècle d’écrivains France 3 /1996
Édouard Glissant Écrivain poète (1928 Sainte-Marie en Martinique -2011 Paris)

…………………………à suivre … 
Redonner  aux collégiens et aux lycéens le calme  et la paix  dans leurs établissements scolaires est la responsabilité politique du gouvernement.
Face à la tragédie islamique qui ensanglante  la France  et le monde, l’éveil à la compréhension de la gravité de la situation actuelle rend encore plus impérative la nécessité d’apprendre  …. 

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NB      Survol d’une Refondation PS type- Hollande-Peillon- Hamon- Pau-Langevin- Vallaud-Belkacem :

En copie à M.Peillon et au comité de pilotage 8 juillet 2012

Les apostilles de la « refondation de l’Ecole de la République »  14 septembre 2012

M. Peillon et son double langage sur la morale et le haschisch  15 octobre 2012

Des hussards noirs de la Troisième République … 19 février 2013

La notion de genre ? Vous avez dit bizarre ? 3 février 2014

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22 novembre 2015   Commentaires fermés sur Le droit au calme, à la beauté et au savoir à l’école

Erasme et l’aimable Philautie

On sait le  succès fou du suffixe « phobie« * à notre époque de montée en puissance de communautarismes revendicatifs, voire menaçants jusqu’à massacrer de paisibles citoyens depuis 2012.
Le sens premier, selon le radical grec,  phobos est crainte/ angoisse.
L‘extension  créée – par- la-nouvelle- mode -islamiste- et -homosexuelle, vers un sens d’aversion / d’hostilité, leur donnerait-elle le droit de nous accuser et de  faire du prosélytisme indigne avec des menaces  de procès ou de mort, déniant toute liberté d’expression, pour cause de non-appartenance à leur « diversité » ?

Certes, le suffixe « phil » quand il désigne un pédophile, exprime aussi un tragique contresens entre sa signification première, aimer et le crime du violeur d’enfants.

Enfin, on peut encore librement dire de nos compatriotes qu’ils sont philanthropes, francophiles, bibliophiles ou philosophes sans crainte d’être fustigé. Quoique, il se pourrait qu’un francophilophobe portât plainte pour usage de langue française dans la « diversité de sa non-identité nationale » !

Aussi, quel plaisir de lire sans crainte, sous la plume d’Érasme dans son Éloge de la Folie (1508), l’éloge de la Philautie ♥ !

[XLII].- « (…) Mais pourquoi citer tel ou tel exemple, alors qu’en tous lieux Philautie (l’Amour-Propre) répand merveilleusement le bonheur ?
Celui-ci, plus laid qu’un singe, se voit beau comme Nirée ♥ ; celui-là se juge un Euclide ♥ pour trois lignes qu’il trace au compas ; cet autre croit chanter comme Hermogène ♥, alors qu’il est l’âne devant la lyre et que sa voix sonne aussi faux que celle du coq mordant sa poule. (…)

Pour les artistes de profession, qu’est-il besoin d’en parler ? Chacun d’eux a sa Philautie particulière et cèderait plutôt son champ paternel que son talent.
C’est surtout le cas du Comédien, du Chanteur, de l’Orateur et du Poète. Moins il a de valeur et plus il a de prétention et d’impertinence, plus il se rengorge et plastronne.
Et tous trouvent à placer leur marchandise, car c’est toujours ce qu’il y a de plus inepte qui rencontre le plus d’admirateurs. Le pire plaît nécessairement au plus grand nombre, la majorité des hommes étant asservie à la Folie.
Puisqu’aussi bien le plus inhabile est aussi le plus satisfait de lui-même et le plus admiré, à quoi bon s’attacher au vrai savoir, qui est pénible à acquérir, rend ennuyeux et timide et n’est apprécié, en somme, que de si peu de gens ?

[XLIII].- Si la nature fait naître chaque homme avec cette Philautie, qui est amour de soi, elle en a muni également chaque nation et chaque cité.
D’où suit que les Anglais revendiquent, entre autres dons, la beauté physique, le talent musical et celui des bons repas (…) ; les Français prennent pour eux l’urbanité ; les Parisiens s’arrogent presque le monopole de la science théologique ; les Italiens, celui des bonnes lettres et de l’éloquence (…).
Dans ce genre de félicité, les Romains l’emportent et s’enchantent encore du rêve de l’antique Rome. (…) Les Turcs, ce ramassis de barbares, prétendent à la meilleure religion et raillent les Chrétiens, qu’ils traitent de superstitieux. (…) Les Allemands sont fiers de leur haute taille et de leurs connaissances en magie.

[XLIV].- N’allons pas plus loin ; vous voyez, je pense combien Philautie procure de satisfaction à tous et à chacun. (…) »

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* Phobie : si ce mot est inconnu du Littré, le Grand Robert le signale vers 1880 : didact. Cour. Peur, crainte angoissante spécialement liée à certains objets, certains actes, certaines situations, certaines idées (…)

« Sur la question des peurs morbides, actuellement désignées sous le nom de phobies, il existe un très grand nombre d’observations, notes, mémoires, qui ne font que s’accroître chaque jour (…) J. Falret et Westphal (dans un traité sur l’agoraphobie, 1872) paraissent les premiers qui soient entrés dans cette voie. À la peur des espaces de Westphal et à la crainte du contact de Falret, s’en ajoutent bientôt d’autres et l’on traverse une première période, où se produit une véritable inondation de phobies, ayant chacune son nom spécial (…) Toute manifestation morbide de la crainte est aussitôt dénommée par un vocable grec ou réputé tel et nous avons (…) jusqu’à (…) la triakaidekaphobie (peur du nombre 13 !). Th. Ribot, Psychologie des sentiments, 1896, p.220.

 

♥ Philautie : Mot connu du seul Littré : Terme didactique,  Amour de soi-même, complaisance vicieuse de soi-même.
Nous ne nous faisons point justice,
Et la philautie est un vice
Dont le plus sage est entaché,
Fût-il sans tout autre péché. Scarron

♥ Nirée :« Le plus beau des Grecs devant Troie » Homère
♥  Euclide d’Alexandrie (323-283 av. notre ère), fondateur de l’école mathématique d’Alexandrie.
♥ Hermogène : M. Tigellius Hermogenes, chanteur célèbre protégé par Auguste, et qu’Horace appelle optimus cantator et modulator.

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11 août 2015

11 août 2015   Commentaires fermés sur Erasme et l’aimable Philautie

Nouvelles de l’été 1435 à Saint-Denis

Dans le Journal d’un bourgeois de Paris *… Pendant la guerre de Cent ans …

… temps de toutes les misères, temps de guerre, de peste, de famine et de mort… à Paris, comme à Saint-Denis, comme partout en France.

Bref résumé de l’histoire jusqu’en 1435 :
La France et l’Angleterre sont en guerre depuis 1337.
Les Armagnacs
, princes et seigneurs de France :  Berry – Armagnac – Anjou – Orléans – Bourbon – Alençon – Foix – Comminges  se battent pour le roi Charles VII  contre les Anglo-bourguignons.
Les Anglais veulent instaurer la double monarchie avec le jeune roi Henri VI (neveu de Charles VII)  sacré roi d’Angleterre à Westminster et roi de France à Paris.
Ils se sont 
alliés au duc de Bourgogne, Philippe III  (cousin  et beau-frère de Charles VII). Mais cette alliance est rompue par le traité d’Arras, par lequel Philippe III reconnaît la légitimité de Charles VII,  le 21 septembre 1435.

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« [669]… de nuit, entre le darrain♦ jour de mai et le premier jour de juin après minuit, fut prise la ville de Saint-Denis◊ par les Armagnacs, dont tant de mal s’ensuivit que la ville de Paris fut si assiégée que de nulle part n’y pouvait venir nuls biens par rivière ni par autre part. (…)

[670] Après, vers la fin d’août, vint grande foison d’Anglais, c’est à savoir, le sire de Huillebit◊, le sire d’Escalle◊, le sire de ◊Stafford et son neveu le bâtard de Saint-Pol◊, et plusieurs seigneurs d’Angleterre.

Et la darraine♦ semaine d’août assiégèrent ceux qui dedans Saint-Denis étaient et leur ôtèrent la rivière qu’on nomme Croult◊, et à faire leur logis dépecèrent les maisons de Saint-Ouen, d’Aubervilliers, de la Chapelle, bref de tous les villages d’entour, qu’il n’y demeura ni huis ni fenêtre, ni treillis de fer, ni quelque chose qu’on pût emporter ; ni n’y demeura aux champs, depuis qu’ils y furent logés, fèves ni pois, ni quelque autre chose, et s’il avait encore des biens sur terre, mais nulle chose n’y demeura, et coupaient les vignes atout le grain◊ et en couvraient leurs logis, et quand ils étaient un peu à séjour, ils allaient piller tous les villages d’entour Saint-Denis.

Quand ceux qui dedans Saint-Denis étaient se virent ainsi enclos, si issaient♦ souvent sur eux et en tuaient très grande foison, et quand dedans étaient, ils les tuaient par canons grands et petits, et espécialment par petits canons longs qu’ils appelaient couleuvres◊, et qui en était frappé à peine pouvait-il échapper sans mort.

Item♦, lendemain de la Nativité Notre-Dame, levèrent un assaut à ceux de Saint-Denis, mais tant bien se défendirent qu’ils tuèrent grande foison d’Anglais et de bien gros chevaliers et autres ; et fut tué le neveu du sire de Facetost◊ (…)

Item, cette année, fît le plus bel août, et bon blé en foison.

Item, cette année, les mûriers ne portèrent nulles mûres, mais il fut tant de pêches qu’on n’en vit oncques mais tant, car on avait le cent de très belles pour deux deniers parisis ou deux tournois, ou pour moins.

Item, il ne fut nulles amandes.

Item, encore était le conseil◊ à Arras, et on n’en oyait♦ nulle nouvelle à Paris en celui temps.

Item, le duc de Bedford qui avait été régent de France depuis la mort du roi d’Angleterre Henry, était trépassé à Rouen le 14ème jour de septembre, jour Sainte-Croix.

Item, les Armagnacs de Saint-Denis prirent le dimanche 24 septembre l’an 1435 trêves◊, et cette propre nuit, ceux de leur parti prirent le pont de Meulan◊, dont ceux qui étaient dedans Saint-Denis, quand on cuida♦ traiter avec eux, furent pires que devant ; et convint à eux de traiter, par ainsi qu’ils s’en iraient à tout ce qu’ils voudraient ou pourraient emporter sans nul contredit de nullui, et ainsi leur fut accordé par les seigneurs qui tenaient le siège.
Et se partirent le jour Sainte-Aure◊, 4ème jour d’octobre, tout moquant des Anglais, en disant : « Recommandez-nous aux rois◊ qui sont enterrés en l’abbaye de Saint-Denis et à tous nos compagnons, capitaines, et autres qui là-dedans sont enterrés. »(…)

Item, (…) et les Anglais étaient dans Saint-Denis qui pillaient la ville sans rien y laisser à leur pouvoir ; ainsi fut la ville de Saint-Denis détruite, et quand ils eurent tout pillé, si firent abattre les portes et les murs, et en firent une ville champêtre◊, et tant comme le siège dura, il n’était semaine que l’évêque de Thérouanne, qui était chancelier, ne coucha en l’ost♦ une fois ou deux, et fit faire en l’île de Saint-Denis une petite forteresse tout environnée de grands fossés très profonds.

Item, la reine de France, Isabeau, femme de feu Charles le VIème, trépassa en l’hôtel de Saint-Pol le samedi 24 ème jour de septembre l’an 1435, (…)

[681] Item, aussitôt que le pont de Meulan fut pris, tout enchérit à Paris, sinon le vin, mais le blé qu’on avait pour vingt sols parisis monta tantôt après à deux francs ; fromage, beurre, huile, pain, tout enchérit ainsi de près de la moitié ou du tiers ; et la chair et saindoux quatre blancs la chopine. »
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* D’après le Journal d’un bourgeois de Paris de 1405 à 1449 .
Texte original et intégral présenté et commenté par Colette Beaune.
Le Livre de Poche ( collection Lettres gothiques) 1990

« Si l’orthographe a été modernisée, la grammaire et la syntaxe n’ont pas été touchées » ; et c’est ainsi que l’on découvre combien cette langue française, six siècles après,  nous reste familière et agréable à lire.
L’auteur est anonyme mais c’est un personnage important ; un clerc de l’Université de Paris, un docteur en théologie qui appartient au chapitre de Notre-Dame. Il est hostile à Charles VII et favorable,  comme ses pairs, au duc de Bourgogne et aux Anglais.
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♦ Précieux glossaire  et ◊ commentaires   de Colette Beaune :

darrain : dernier
darraine : dernière
issaient : sortaient
Item : de même.
couleuvres :  couleuvrine. Ce sont des pièces d’artillerie légères et mobiles.   L’artillerie fut utilisée massivement dans les dernières batailles de la guerre de Cent ans.
oyait : verbe ouïr.
cuida : verbe croire.
ost : armée

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Prise de la ville de Saint-Denis par Dunois, Bâtard d’Orléans et Jean Foucaut, capitaine de Lagny. Cette opération permit aux Armagnacs d’intercepter tous les convois de vivres à destination de la capitale.
Huillebit :  Robert de Willoughby, illustre capitaine anglais, que Bedford avait fait comte de Vendôme(1424) et comte de Beaumont-sur-Oise (1431). Il était gouverneur de Pontoise avant d’être chargé de la défense de Paris.
Escalle : Thomas Lord Scales.
Stafford : Humphrey, comte de Stafford.
Jean de Luxembourg, Bâtard de Saint-Pol et seigneur de Haubourdin, participa à la reprise de Saint-Denis par les Anglais.
Le Croult, petit affluent de la Seine, est utilisé pour amener de l’eau dans les fossés de l’enceinte urbaine.
atout le grain : avec les raisins.
Facetost : neveu de Sir John Falstaff ; Sir John Harling, fils de Cecily, demi-sœur de Falstaff.
Conseil : le Traité d’Arras fut signé le 21 septembre entre Charles VII et Philippe III.
trêves : en général on promet de se rendre à une date fixée d’avance si l’on n’est pas secouru entre- temps. Sainte-Aure : c’était la fin du délai convenu, ils n’avaient pas été secourus.
Le pont de Meulan fut pris le 24 septembre pare le Sire de Rambouillet contre la garnison anglaise commandée par Richard Merbury qui dut évacuer la place.
Recommandez-nous aux rois : la fonction de Saint-Denis comme lieu de mémoire et comme lieu sacré est ici  revendiquée par les Armagnacs qui disent que les Anglais n’y ont aucun droit.
Ville champêtre :  ville ouverte.
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11 juillet 2015   Commentaires fermés sur Nouvelles de l’été 1435 à Saint-Denis

Il y a 130 ans, le 19 mai 1885, Victor Hugo écrivait la dernière ligne

Le mardi 19 mai 1885, Victor Hugo quoique très affaibli depuis quelques jours, par une congestion pulmonaire, eut encore la force  d’écrire  une dernière ligne : « Aimer, c’est agir. »*
Et nous avons à la toute fin de sa vie, comme témoignage de l’affection qu’il portait à ses petits-enfants, alors adolescents, Georges (17 ans) et Jeanne (16 ans), le récit émouvant de Georges. **  :
« – Mes enfants, mes bien-aimés ! Il sortit de sous le drap sa main déjà toute maigre ; son vieil anneau d’or brillait à son doigt sur sa peau mate. Il nous fit un signe imperceptible, et quand nous fûmes agenouillés : – Tout près de moi… plus près encore… Il nous baisa d’un lent baiser avec des larmes aux lèvres.
Ses yeux nous riaient sous son beau front tranquille.
Le grand soleil de mai entrait par la fenêtre ouverte : il se blottit dans ses couvertures comme s’il eût eu très froid. Sa voix devint plus câline que jamais, et plus tendre.

– Soyez heureux… pensez à moi… aimez-moi… Ses yeux souriaient toujours. Encore une faible étreinte de ses mains lisses qui tremblent, un baiser de sa bouche brûlante.
– Mes chers petits ! Et le dernier regard de Papapa fut sa dernière bonté.  »
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Victor Hugo mourut le vendredi 22 mai 1885.  Ses funérailles nationales eurent lieu pendant deux jours :
Le 31 mai, tout un peuple défila et veilla devant le catafalque dressé sous l’Arc de triomphe et le cercueil, « surélevé de douze marches (…). À la base un grand médaillon de la République »…
et le 1er juin 1885, le cortège  suivant « le corbillard des pauvres, le corbillard demandé par le poète dans son testament … avec  pour tout ornement, deux petites couronnes de roses blanches apportées par Georges et Jeanne« , rejoignit le Panthéon en passant par les Champs-Élysées, les boulevards St-Germain et St-Michel et la rue Soufflot.  ***

  Autin, Capelle. Victor Hugo et son petit-fils Georges Hugo, dernière photographie prise en 1885. Paris, Maison de Victor Hugo.  Victor Hugo et son petit-fils Georges Hugo, dernière photographie prise en 1885. Autin,Capelle. Paris, Maison de Victor Hugo.

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*  p. 1079 Tome XV-XVI/2  1870-1885 /Victor Hugo Œuvres complètes Édition chronologique publiée sous la direction de Jean Massin
**  p. 939 id. Georges Hugo Mon grand-père / « Nous l’appelions Papapa… La légende veut, – il nous entourait de légendes !-  qu’un matin d’autrefois à Hauteville-House (…) petit Georges entrât et dit : – Bonjour, Papapa !… » 
Florence janvier 1902
*** pp. 953-960 ib.
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Ouvrons L’Art d’être grand-père  (première édition 1877)
Dans la tourmente de l’exil à Guernesey  Jeanne fait son entrée Hauteville-House,
5 juillet 1870  
(Bibliothèque nationale de France /édition numérique)
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Quinze ans plus tôt, le 5 septembre 1870 -(la République avait été proclamée le 4 septembre et les Prussiens victorieux marchaient sur Paris)- Victor Hugo -(exilé depuis dix-neuf ans)- arrivait à Paris par le train de Bruxelles à dix heures du soir. Il s’adressa ainsi à la foule qui l’attendait à la gare du Nord :

“ Les paroles me manquent pour dire à quel point m’émeut l’inexprimable accueil que me fait le généreux peuple de Paris.
Citoyens, j’avais dit : le jour où la République rentrera, je rentrerai. Me voici.
Deux grandes choses m’appellent. La  première, la République. La seconde, le danger.
Je viens ici faire mon devoir.
Quel est mon devoir ?
C’est le vôtre, c’est celui de tous.
Défendre Paris, garder Paris.
Sauver Paris, c’est plus que sauver la France, c’est sauver le monde.
Paris est le centre même de l’humanité. Paris est la ville sacrée.
Qui attaque Paris attaque en masse tout le genre humain.
Paris est la capitale de la civilisation qui n’est ni un royaume, ni un empire, et qui est le genre humain tout entier dans son passé et dans son avenir. Et savez-vous pourquoi Paris est la ville de la civilisation ?
C’est parce que Paris est la ville de la révolution.
Qu’une telle ville, qu’un tel foyer de lumière, qu’un tel centre des esprits, des cœurs et des âmes, qu’un tel cerveau de la pensée universelle puisse être violé, brisé, pris d’assaut, par qui ? par une invasion sauvage ? cela ne se peut. Cela ne sera pas. Jamais, jamais, jamais !
Citoyens, Paris triomphera parce qu’il représente l’idée humaine et parce qu’il représente l’instinct populaire.
L’instinct du peuple est toujours d’accord avec l’idéal de la civilisation.
Paris triomphera, mais à une seule condition, c’est que vous, moi, nous tous qui sommes ici, nous ne serons qu’une seule âme ; c’est que nous ne serons qu’un seul soldat et un seul citoyen, un seul citoyen pour aimer Paris, un seul soldat pour le défendre.
À cette condition, d’une part la République une, d’autre part le peuple unanime, Paris triomphera.
Quant à moi, je vous remercie de vos acclamations, mais je les rapporte toutes à cette grande angoisse qui remue toutes les entrailles, la patrie en danger.
Je ne vous demande qu’une chose, l’union !
Par l’union, vous vaincrez.
Étouffez toutes les haines, éloignez tous les ressentiments, soyez unis, vous serez invincibles.
Serrons-nous tous autour de la République en face de l’invasion, et soyons frères. Nous vaincrons.
C’est par la fraternité qu’on sauve la liberté.

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19 mai 2015   Commentaires fermés sur Il y a 130 ans, le 19 mai 1885, Victor Hugo écrivait la dernière ligne

Qui réduit la Langue française au « slam » et au « crash » ?

note (re)mise en avant le 30 septembre 2016

après avoir lu sur le site Le Figaro.fr :
« En direct / tiens d’habitude c’est live !/
–  Rosetta doit se crasher à 12h38 sur la surface de la comète 67P  »
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♠ Ou comment ne plus avoir le mot en français sur le bout de la langue
Tout d’abord, il  y avait eu la première semaine, dite  «La Semaine de la Langue française et de la Francophonie » du 14 mars au 22 mars 2015.

Annoncée par la note de service du ministère de l’Éducation nationale n°2014-117 du 9 septembre 2014 qui  informait le monde enseignant des buts de cette semaine,  organisée autour du 20 mars 2015,  journée internationale de la francophonie.

Pour Mme Vallaud-Belkacem, nul doute que ladite semaine  devait « stimuler l’appropriation de la langue française » et qu’avec les dix mots de l’opération nationale (sic) « dis-moi dix mots », à savoir  « amalgame, bravo, cibler, grigri, inuit, kermesse, kitsch, sérendipité, wiki, et zénitude » les enseignants auraient  «  les outils de sensibilisation à la langue française « !

Il faut commencer par le mot sensibilisation  de la ministre. Avant son utilisation massive  par l’administration pour  en faire – par contresens – un mot gentil  donc magique, le mot en médecine signifie « déclencher une manifestation pathologique dans l’organisme ». L’administration kitsch de la ministre présuppose que l’apprentissage de la langue française serait synonyme de déplaisir ou de malaise !  Depuis des décennies, on pense (sic) rue de Grenelle que ni les enseignants ni les enfants ne savent plus faire l’effort d’enseigner ou d’apprendre,  alors on dit qu’il faut juste les sensibiliser  avec des mots  dont le choix saugrenu constitue un amalgame peu évocateur de la beauté de la langue française – les mauvaises langues diront que le français est le dernier souci de la ministre et de son cabinet.

En effet, dites-moi comment – aller chercher  wiki ( vite en Hawaïen) un grigri chez les Inuits ou cibler la sérendipité dans la zénitude pour qu’à la kermesse, devant l’amalgame un peu kitsch, on crie bravo , pourrait donner le goût et l’envie de s’exprimer en français ?
Mais la ministre persiste  dans sa sensibilisation avec  « des projets artistiques et littéraires développés dans le cadre de l’opération  »dix mots » en donnant comme exemple  le «slam»  (mot inconnu à la Délégation générale à la langue française) permettant à chacun de s’exprimer librement autour des dix mots susdits, à l’occasion de tournois ou de scènes ouvertes. »

On aura compris que la belle expression  improvisation poétique* n’était pas dans le vocabulaire de la ministre ! Elle lui préfère pour ladite semaine  le mot anglais slam qui signifie tout en délicatesse claquement ; c’est aussi la seconde syllabe de i-slam,  ce qui n’est pas non plus une explication pour nommer un projet poétique. Ainsi, rue de Grenelle, la paresse francophone le dispute à la négligence, voire à l’absurdité.

Enfin, si nous approchions la loupe

du mot sérendipité, c’est la copie francisée de serendipity qui signifie  un hasard heureux , une découverte fortuite, si bien que nos cousins québécois l’ont traduit fort intelligemment par fortuité  (joli mot utilisé entre autres par Beaumarchais) ; reste à savoir si Mme la ministre et son cabinet connaissent le sens du mot fortuit ?

et du mot zénitudeEn voilà un mot bien franchouillard issu de la beaufitude ou de la bobofitude ; on croirait entendre Mme Ségolème Royal, candidate à la Présidence de la République en 2007, dire sa « bravitude » sur la Grande Muraille de Chine ! Ce mot composé de zen défiguré par le suffixe tude est  aussi laid qu’ inutile puisque l’on a depuis longtemps comme outil de langage et de pensée dans la langue française,  le merveilleux mot   sérénité !

♠♠ Et puis il y eut la seconde semaine à partir de la catastrophe aérienne du 24 mars 2015.

Là, on a bien compris que l’unique «Journée de la langue française dans les médias audiovisuels du 16 mars 2015 »  était définitivement oubliée par les journalistes et autres chroniqueurs qui allaient crachouiller, crachoter, postillonner,  bref, nous cracher dans les oreilles, à chaque bulletin d’information, le mot crash  dont l’équivalent français bien connu est écrasement .
Des centaines de fois, on aura entendu et lu ce mot crash qui finissait par donner envie de vomir tellement ceux qui le prononcent montraient leur arrogance, leur indifférence et leur muflerie devant l’événement tragique. Je n’insiste pas sur l’expression vulgaire que tous claironnaient fièrement : l’avion s’est crashé (alors que cette expression est formellement proscrite par la Délégation générale à la langue française). Là encore, il fallait retrouver nos cousins québécois pour lire et entendre écrasement ou l’avion s’est écrasé **- les mots simples  en français.

Ce mois de mars 2015 aura vu l’écrasement de l’A320 et ses 150 morts dans les Alpes françaises mais aussi l’écrasement délibéré de l’usage de la langue française nivelée par le bas par la volonté des ministères de l’Éducation nationale et de la Culture et du CSA et des médias publics et privés.

Après le claquement du «slam», l’écrasement du «crash» !
Deux femmes à l’Éducation et à la Culture ne font pas forcément le Printemps de la Langue française.
Leur « sensibilisation » nous fait  mal  !  À l’aide !

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* mais qui pourrait encore dire qu’avec « le slam » , il serait question de poésie ? Re(lire) la note sur le gagnant d’un concours de « Arte WebSlam »  !

** Ainsi on pouvait lire sur francetvinfo.fr/faits-divers/crash-d-un-a320 / Retrouvez ici l’intégralité de notre live #CRASH  /   à prononcer en français « anglaisé ridicule » sans état d’âme : notre live hashtag crash en crachant une dent !
Comme c’est original ! Succès garanti !

Alors que sur  tvanouvelles.ca/  on lisait :
Écrasement A320 Une boîte noire retrouvée / Écrasement en France L’appareil avait subi une grande révision à l’été 2013 /Écrasement d’un Airbus A320. En état de choc, Haltern pleure ses 16 étudiants /Écrasement A320. Les proches de victimes en larmes à Barcelone /Écrasement d’un Airbus. Germanwings est bien notée pour la sécurité/Écrasement d’avion en France. Les recherches s’annoncent difficiles/ Alpes françaises 150 morts dans l’écrasement d’un Airbus A320 / etc.
idem sur  ici.radio-canada.ca/nouvelles
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Apostille

J’écrivais déjà le 31.12.2012 « En guise de conclusion navrée, l’ambition culturelle du quinquennat de M. Hollande sera-t-elle de gaver la jeunesse de la culture vulgaire des ignorants de la langue française et autres haineux violents ?  … juste pour faire plaisir aux bourgeois [ précieux ridicules anglaisés] de Paris ? »

♠ Fin 2014,  M. Hollande marqua encore son attachement à la culture (avec un tout petit c) en offrant  un souper de gala, – à nos frais et chez nous, à l’Élysée-  à l’équipe du tournage d’une série télévisée dont faisaient partie Julie Gayet, sa favorite et Didier Morville alias Joey Starr, le violent qui nous donne dans ses «raps» ( en français scie – rabâchage – répétition – gargouillis refrain banal – vocifération – rengaine – couplet ressassé) des leçons de morale politique apprises (?) à la centrale de Fleury-Mérogis.
Rien de tel pour le PS qu’un passage en prison pour se refaire une virginité !  M. Morville , bientôt conseiller ou chef de cabinet de Mme Taubira ?
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2 avril 2015   Commentaires fermés sur Qui réduit la Langue française au « slam » et au « crash » ?

Le « pichet » est-il un concept malin ?

 Sourions un peu avec le concept du « pitch », sorti des limbes anglaises par les médias français, pour dire « résumé ».

Et pour cela, ouvrons Le petit Bobu à la  traduction du mot pitch.

Aucune traduction des mots anglais pitcher/ to pitch/ a pitch  tirés du dictionnaire Harrap  ne devrait permettre un tel usage par les «intellectuels » des médias :

pitcher : cruche     emprunté sûrement au moyen âge au pichet français !

pitch : poix –  It is pitch-dark, il fait nuit noire – place habituelle d’un camelot – cr : terrain entre les guichets – hauteur d’un son. – degré de pente d’un toit.

To pitch : dresser (une tente). Lancer, jeter (au golf :  frapper la balle qui reste sur le green à l’endroit où elle est tombée.)  Hausser le ton de sa voix : to pitch one’s voice higher . Tomber sur la tête : to pitch on one’s head . (of ship) Tanguer. Se mettre à la besogne : pitch in. S’attaquer à : pitch into. Pitch-and-toss : Jeu de pile ou face.

Le plus proche phonétiquement en français serait le mignon pitchoun (enfant) hérité de notre langue d’oc et qui est un rayon de soleil dans tout ce pitch-dark.
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Mais  il fallait que la télévision française et non francophone récupère  le mot   !
France 3 qui prétend avoir gagné ses galons de télévision culturelle avec « Plus belle la vie » plombe les soirées familiales dans la délinquance banalisée, et, depuis un an, nous inflige Le Pitch (avec un i à l’envers, c’est plus chic).

Vous pouvez voir Le Pitch, et même le revoir, sur CULTURE BOX ,  le site de la culture de France Télévisions  !    Ce  CULTURE BOX ressemblerait plutôt à une boîte à bêtises, farces et attrape -nigauds en tous genres.

♦ Il faut savoir que Le Pitch est produit par la Direction Artistique de France 3 et l’agence Hub Id & Napoli.

♦ Voilà comment Hub nous présente son Pitch :

« Les films cinémas (sic) vus par ceux qui ne les ont pas vus. [On rit déjà !]
Le Pitch est le nouveau programme hebdomadaire de France 3 dédié au 7ème Art.
Vous aimez le cinéma (…) Alors Le Pitch est fait pour vous.
Le concept du programme : 3 téléspectateurs, 3 histoires, 3 films.
Le Pitch d’une durée de 4 minutes met en situation 3 téléspectateurs d’âges et de régions différentes filmés chez eux.
À partir du titre d’un film et d’un  Pitch d’une phrase, ils sont amenés à imaginer l’histoire du long métrage (…) »

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Après avoir vu une séquence, il m’a semblé que le mot le plus proche en anglais était pitcher : cruche qui donne au figuré, sot en français
On voudrait ridiculiser les téléspectateurs, leur faire dire autant de sottises et dégoûter à l’avance de voir les films, on ne ferait pas mieux.   C’était pitoyable.
On ne demandera pas combien, avec nos impôts et redevances, Hub et son agence sont rétribués pour un  concept aussi cruche !
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2 janvier 2015   Commentaires fermés sur Le « pichet » est-il un concept malin ?

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo        4 octobre 1847
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Les Contemplations  par VICTOR  HUGO    Tome II    Livre quatrième    XIV      Aujourd’hui
1843-1856    Deuxième édition Paris, 1856.  Leipzig, chez Wolfgang Gerhard. –  Impr. Schnauss

Manuscrit  et livre numérisés  par la BNF.  gallica.bnf.fr  (Bibliothèque nationale de France )
— Référence maunscrit : BNF, Manuscrits, NAF 13363, fol. 265. (Domaine public)
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23 octobre 2014   Commentaires fermés sur Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Montboissier, juillet 1817

Livre troisième – chapitre 1 –  des  Mémoires d’Outre-Tombe * de  Chateaubriand

  « Depuis la dernière date de ces Mémoires, Vallée-aux-Loups, janvier 1814, jusqu’à la date d’aujourd’hui, Montboissier, juillet 1817, trois ans et six mois sont passés. Avez-vous entendu tomber l’Empire ? Non : rien n’a troublé le repos de ces lieux. L’Empire s’est abîmé pourtant ; l’immense ruine s’est écroulée dans ma vie, comme ces débris romains renversés dans le cours d’un ruisseau ignoré. Mais à qui ne les compte pas, peu importent les événements : quelques années échappées des mains de l’Éternel feront justice de tous ces bruits par un silence sans fin.
(…) J’ai vu de près les rois, et mes illusions politiques se sont évanouies, comme ces chimères plus douces dont je continue le récit (1). Disons d’abord ce qui me fait reprendre la plume : le cœur humain est le jouet de tout, et l’on ne saurait prévoir quelle circonstance frivole cause ses joies et ses douleurs. Montaigne l’a remarqué : « Il ne faut point de cause, dit-il, pour agiter notre âme : une resverie sans cause et sans subject la régente et l’agite. (2) »
Je suis maintenant à Montboissier, sur les confins de la Beauce et du Perche. Le château (3) de cette terre, appartenant à madame la comtesse de Colbert-Montboissier, a été vendu et démoli pendant la Révolution ; il ne reste que deux pavillons, séparés par une grille et formant autrefois le logement du concierge. Le parc, maintenant à l’anglaise, conserve des traces de son ancienne régularité française : des allées droites, des taillis encadrés par des charmilles, lui donnent un air sérieux ; il plaît comme une ruine.
Hier au soir je me promenais seul ; le ciel ressemblait à un ciel d’automne ; un vent froid soufflait par intervalles. À la percée d’un fourré, je m’arrêtai pour regarder le soleil : il s’enfonçait dans des nuages au-dessus de la tour d’Alluye (4), d’où Gabrielle, habitante de cette tour, avait vu comme moi le soleil se coucher il y a deux cents ans. Que sont devenus Henri et Gabrielle ? Ce que je serai devenu quand ces Mémoires seront publiés.
Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d’une grive perchée sur la plus haute branche d’un bouleau. À l’instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel ; j’oubliais les catastrophes dont je venais d’être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j’entendis si souvent siffler la grive. Quand je l’écoutais alors, j’étais triste de même qu’aujourd’hui ; mais cette première tristesse était celle qui naît d’un désir vague de bonheur, lorsqu’on est sans expérience ; la tristesse que j’éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l’oiseau dans les bois de Combourg m’entretenait d’une félicité que je croyais atteindre ; le même chant dans le parc de Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité insaisissable. Je n’ai plus rien à apprendre, j’ai marché plus vite qu’un autre, et j’ai fait le tour de la vie. Les heures fuient et m’entraînent ; je n’ai pas même la certitude de pouvoir achever ces Mémoires. Dans combien de lieux ai-je déjà commencé à les écrire, et dans quel lieu les finirai-je ?  Combien de temps me promènerai-je au bord des bois ?  Mettons à profit le peu d’instants qui me restent ; hâtons-nous de peindre ma jeunesse alors que j’y touche encore** : le navigateur, abandonnant pour jamais un rivage enchanté, écrit son journal à la vue de la terre qui s’éloigne et qui va bientôt disparaître. »
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* GF Flammarion  ♦ Chronologie, présentation, notes, dossier et bibliographie  par Nicolas Perot
** Chateaubriand a 49 ans ; il est né le 4 septembre 1768 à Saint- Malo.

Notes
1)  Pendant toute la Restauration, Chateaubriand ambitionnera de jouer un rôle politique majeur. Première déconvenue : La Monarchie selon la Charte est saisie par la police et Chateaubriand est rayé de la listes des ministres d’État.
2)  Essais, III, 4.
3)  Les restes de ce château reconstruit en 1772 et détruit en 1795, sont encore dans l’état que décrit Châteaubriand. On les aperçoit depuis la nationale 20 entre Chartres et Bonneval. En 1805, Édouard de Colbert, héritier des Montboissier par sa femme, racheta la terre. Mme de Colbert-Montboissier était petite-fille de Malesherbes et, à ce titre, cousine par alliance de Chateaubriand. Chateaubriand et sa femme séjournèrent à Montboissier du 3 juillet au 2 août 1817.
4)  Alluyes, à trois kilomètres de Montboissier, sur le Loir, possède une imposante tour médiévale de 30 mètres de haut. La marquise d’Alluyes était la tante de Gabrielle d’Estrées, maîtresse d’ Henri IV.
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19 juin 2014   Commentaires fermés sur Montboissier, juillet 1817