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La Commune de Paris 1871

   Page publiée le 1er août 2011 / revue le 28 mai 2016 pour le 145 ème anniversaire

Le 140 ème anniversaire de la Commune est passé inaperçu dans les médias, c’est dire si, quasi inexistante dans les programmes scolaires, La Commune fait encore peur aux classes dirigeantes.
Et les Thiers, les Mac-Mahon et les Goncourt d’aujourd’hui  ne l’évoquent pas non plus quand ils dissertent sur « le Printemps arabe de 2011 » … et pourtant dans ces révoltes du Proche et du Moyen-Orient, où l’on crie à la justice sociale et à la trahison des pouvoirs politique, judiciaire, médiatique et religieux … il y a bel et bien un air de Commune,  un appel à une nouvelle Internationale des Travailleurs ; c’est encore une fois ce courage, cette  lucidité, cette dignité des plus pauvres qui réclament leurs droits de citoyen et de citoyenne.

En France, à Paris,  il ne faut pas (plus) compter sur le journal Le Monde … qui aura juste écrit une rubrique, dans son supplément publicitaire de l’ultra-luxe M du 4 novembre 2010,  sous le titre Parfum de révolution (!) pour  faire vendre le parfum Cologne 1871 ( lourde  allusion versaillaise à l’eau de Cologne 4711 et au siège de Paris par l’ armée de Bismarck)   et la bougie Commune de Paris (!)….

Ainsi dans les beaux quartiers, en reniflant ces odeurs, on se réjouira encore et sans vergogne des milliers de Parisiens massacrés au printemps 1871   …
… Mais … « L’histoire écoute »   (Victor HUGO)

Page complétée le 15 juin 2015 … et en 2016, la République saura-t-elle rendre hommage à la Commune pour son cent quarante cinquième anniversaire ? 


LA   COMMUNARDE
 
( J. B. Clément)

« Jean-Baptiste CLÉMENT (1836-1903) fut poète et chansonnier, opposant à l’Empire, membre de la Commune, militant socialiste et fondateur du syndicalisme ardennais. Exilé à Londres (1871-1880).
A chanter sur l’air de La Carmagnole, « La Communarde a été publiée sur feuille volante en 1883, et distribuée par les soins du journal «Le Prolétariat ».
Quelques dix années plus tard, nous la retrouvons dans le département des Ardennes. Le titre alerta le Préfet, qui alerta le ministre de l’intérieur qui alerta le directeur de la Sûreté générale… Souvenir de la Commune, souvenir subversif … » *

Comme des rats dedans Paris
Par trahison on nous a pris ;
Le macadam et les pavés
De notre sang furent lavés,
Lavés et tant lavés
Qu’ils en sont déjointés.

 Dansons la communarde
Et tenons bon ! (bis)
Dansons la communarde
Et tenons bon ;
Nom de nom !

Les gredins de capitulards
Ont mitraillé les communards,
Mais devant messieurs les Prussiens,
Tremblants comme des petits chiens,
Ils ont vendu leur peau,
Leur pays, leur drapeau.

Dansons  la …

Tous les Thiers, tous les Mac-Mahon,
Pour se laver de leur affront,
Ont voulu prendre un bain de sang
Ils l’ont pris en nous égorgeant.
Mais ils en ont tant pris
Qu’ils en sont avachis.

Dansons la …

Mais avec eux, ce n’est pas tout,
Les bons bourgeois ont fait le coup.
Et comme en juin, tous les premiers,
Ils ont traqué les ouvriers.
Et nous savons qu’alors
Trent’-cinq mille en sont morts !

Dansons la  …

Pour faire bien sans être long,
La mitrailleuse avait du bon.
Qu’on en soit ou qu’on n’en soit pas,
Ils les ont fusillés au tas !
Pour eux un ouvrier
N’est qu’un bon à tuer.

Dansons la …

Tous les bagnes, tous les pontons,
Tous les forts, toutes les prisons,
Ont regorgé de malheureux
A moitié nus, le ventre creux ;
Pendant que leurs bourreaux
Mangeaient de bons morceaux
.

Dansons la  …

Avec les bourgeois aujourd’hui,
entre nous tout est bien fini.
Quant aux gendarmes, aux roussins,
Aux fusilleurs, aux assassins,
Leur compte sera bon
Au jour du rigodon !

Dansons la …

Que voulions-nous : la Liberté
Et le bien de l’humanité.
Pour nous venger des chenapans
Il nous faut faire des enfants,
En faire des gaillards
Et de francs communards !

Dansons la communarde
Et tenons bon ! (bis)
Dansons la communarde,
Et tenons bon
Nom de nom !

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* D’après le texte de Pierre Jonchères pour le disque :  Chants de la commune  par le groupe «17»/Le Chant du monde LDX 74 447
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Extrait  des Œuvres complètes de Jules Vallès Tome 3  pp.142-146 / La Révolution Française, jeudi 21 janvier 1879/  Le Cri du Peuple – Livre Club Diderot

  Le Mot d’un Mort  (Eugène Varlin)

Delescluze avait été tué. [le 25 mai 1871 sur les ruines de la barricade Place du Château-d’Eau / l’actuelle Place de la République occupée depuis le 31 mars 2016 par les « révolutionnaires Nuit debout »]
L’armée des fédérés n’avait plus de chef. [Varlin lui succéda jusqu’au 28 mai]
————–
C’était fini ! Mais il restait encore des bouts de barricade et le drapeau. Il y avait à défendre ce haillon jusqu’au bout et à tenir comme aux Thermopyles.
Quelques hommes crurent que c’était leur devoir d’agir comme si la défaite et la déroute ne leur liaient pas les bras. Menacés par la fureur de Versailles et le désespoir des vaincus, ils s’adossèrent, calmes, contre les derniers canons et mirent encore leur signature au bas de papiers qui ont été trouvés percés de balles dans des mains de fédérés ; ils continuèrent à conseiller le combat, d’une voix que couvraient les hoquets de l’artillerie, mais qu’entendaient encore quelques héros qui partaient en avant et allaient mourir.

Il y avait avec nous un homme – vieillard honnête – barbe blanche, œil clair – que la colère avait affolé. On lui avait, je crois, tué son fils et sa petite-fille de huit ans. Il crachait contre le ciel et Versailles des cris pleins de larmes.
– Et c’est encore le peuple qui sera traité de scélérat. C’est nous qu’on appellera des bandits ! »

– « Oui, dit Varlin ; oui, nous serons dépecés vivants. Morts, nous serons traînés dans la boue. On a tué les combattants, on tuera les prisonniers, on achèvera les blessés. Ceux qu’on épargnera, s’il en reste, iront pourrir au bagne.
 – Oui, mais l’histoire finira par y voir clair, et dira que nous avons sauvé la République. »
 (…)

Depuis, Varlin est mort. On le dépeça vivant, deux jours après (le 28 mai 1871).
Mais le souvenir de cette parole calme, jetée dans la tempête du canon, m’a assailli chaque fois que j’ai lu un récit de supplice dans les prisons ou les pontons, à Nouméa ou à l’île de Nou (…) en songeant aux femmes devenues veuves, aux filles qui peuvent devenir catins, aux pères morts de tristesse parce que le fils était déporté, aux enfants qui furent laissés seuls dans la maison qu’avaient fouillée des baïonnettes.

C’est vrai pourtant ! ce que Varlin me dit le 27 mai 1871.  (…)

Je voudrais que la barque qui porte Thiers (1) ce César bourgeois, passât dans les eaux de la déportation et du bagne en Calédonie. Les galériens, les déportés, sans pousser un cri, viendraient se ranger sur la rive, debout, tête nue, non pour saluer le maître, mais pour montrer les cicatrices ; il y aurait tous les courages et toutes les douleurs, les supplices sourds et les grandes blessures ; il y aurait Brissac (2), il y aurait Roques (3), on pourrait amener ceux qui sont devenus fous. Ils ne diraient rien, mais, devant eux comme devant une rangée de squelettes sur une rive où il y eut un naufrage, on planterait un écriteau :

            Ici sont enterrés ceux qui sauvèrent  la République. »

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1   Thiers,  le vieillard sanglant est mort en 1877.
2  Brissac Henri (1823-1906) Journaliste – déporté à l’île Nou. Après l’amnistie, adhère au Parti ouvrier et publie des brochures socialistes et ses Souvenirs de prison et de bagne, Paris, 1880 ; et des poèmes : Quand j’étais au bagne, Paris, 1887.
 Roques de Filhol Jean- Théoxène (1824-1889) Maire de Puteaux, accusé d’avoir pactisé avec la Commune, condamné au bagne et déporté à l’île Nou. Amnistié en 1879, élu député de Saint-Denis en 1881.
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1er août 2011 – 28 mai 2016