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C/ Versailles, octobre 1789, du pain … et de la brioche pour la reine

La brioche de Chardin (1763) Musée du Louvre

         

Lundi 5 octobre 1789      de Paris à Versailles  pour juste demander du pain .        

Versailles
, 27 septembre 1789
Avec beaucoup de lucidité politique, le Marquis de Ferrières* , député de la noblesse aux Etats-Généraux écrit  à son épouse en son château de Marsay :   «  le malheur du royaume  » vient des  » anciennes et continues déprédations de la Cour ; c’est l’indolence, l’incapacité du Roi, la légèreté, les folies de la Reine, ce sont les dépenses des frères**, une suite de brigues et de cabales qui se continuent ; les intérêts secrets des Parlements, des financiers ; les menées du Clergé.  » 

Paris
Ecoutons Jean Jaurès *** :  » Pendant qu’une sourde fermentation se développe dans Paris ainsi agité par les motions du Palais-Royal, par la misère du peuple, par les pétitions répétées des femmes, par les fureurs désespérées de Marat, … éclate la nouvelle qu’un nouveau coup d’Etat de la cour se prépare. Le roi tardait à sanctionner la Déclaration des Droits de l’homme…. Et les mouvements de troupes recommençaient…. l’alarme est vive à Paris, et les démocrates s’écrient, avec Loustalot, que, pour se sauver, il faudra encore  » un nouvel accès de révolution « …
Versailles
 » Le 1er octobre un dîner de gala est donné dans la salle d’Opéra du château de Versailles aux gardes du corps … La reine, conduisant le dauphin par la main, paraît au milieu des acclamations : le roi qui revenait de la chasse est conduit aussi dans la salle du festin … quelques gardes du corps arrachent leur cocarde tricolore et la foulent aux pieds, et les femmes de la cour distribuent des cocardes noires. Lecointre, lieutenant-colonel de la garde nationale de Versailles, refuse de quitter la cocarde tricolore et il est insulté Un délire contre-révolutionnaire échauffe les esprits.  » 

                                           » Du coup, Paris fut en révolution.

De tous côtés les citoyens s’assemblent : au bout des ponts, à la Halle, s’organisent des réunions : au faubourg Saint-Antoine les ouvriers se lèvent en masse pour défendre la liberté ; les femmes de la Halle se forment en cortège, et entrent dans les maisons invitant les femmes à se joindre à elles. Des hommes armés de piques, de fusils, suivent et entourent les femmes en marche. De tous les groupes on dénonce à la fois la perfidie de la cour et la mollesse des Trois Cents  de l’Assemblée des représentants de Paris. Les arrivages de blé se font plus rares… 

C’est au cri de : à Versailles, à Versailles ! que le 5 octobre, dès 9 heures du matin, une foule énorme se masse devant l’Hôtel de Ville… Les femmes entrées sans armes …. tout en se retirant devant les baïonnettes des grenadiers, emportaient fusils, poudre, canons. Elles étaient environ quatre mille. Ce n’étaient point comme le dit la réaction, des mégères ivres de sang ou des filles de joie.
C’étaient de bonnes et vaillantes femmes dont le grand coeur maternel avait trop souffert  de la plainte des enfants mal nourris. Plusieurs étaient aisées et instruites comme cette Marie-Louise Lenoel,  femme Chéret, qui a laissé un récit très savoureux des journées d’octobre…
Dès les journées d’octobre, la félonie de la cour et d’une partie du clergé a rompu brusquement les vieilles attaches religieuses et les femmes qui vont sur Versailles attellent leurs canons en criant  A bas la calotte !

La courageuse petite troupe féminine décide de marcher sur Versailles. Elle fait appel, pour la commander aux volontaires et vainqueurs de la Bastille : Hulin, Richard du Pin,  Maillard prennent la tête du mouvement : les canons sont hissés sur des chariots, liés avec des cordes. En route pour Versailles !
… Il était environ 4 heures de l’après-midi  quand les femmes frappent à la porte de l’Assemblée. … Elles sont admises et Maillard parle en leur nom.
 – Nous sommes venus à Versailles pour demander du pain, et en même temps pour faire punir les gardes du corps qui ont insulté la cocarde patriotique. Les aristocrates veulent nous faire mourir de faim. Aujourd’hui même on a envoyé à un meunier un billet de 200 livres, en l’invitant à ne pas moudre et en lui promettant de lui envoyer la même somme chaque semaine.  »
Et Jean Jaurès retient  de ces paroles  » l’accent  de sagesse grave et de sincérité ; et après tout, il résumait toute la pensée du peuple : du pain et la cocarde tricolore !  c’est-à-dire : la vie et la Révolution !  »

 » Les pauvres femmes du peuple qui partirent de Paris le 5 octobre, au matin, pour aller à Versailles demander du pain, et qui ramenèrent le roi, ont ainsi joué un rôle extraordinaire, un des plus grands à coup sûr qu’enregistre l’histoire : elles ont noué le noeud formidable de la Révolution et de Paris, et aucune main d’aristocrate ou de Girondin ne le dénouera, aucun glaive prussien, anglais ou cosaque ne le tranchera.  »

Quant au roi, il retrouva avec sa famille le Palais des Tuileries le  mardi 6 octobre vers six heures du soir,  et nul doute que     Marie- Antoinette eut le lendemain sa brioche et son chocolat !  …. et Marie-Louise, me demanderez-vous  ?               

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*Correspondance inédite  publiée et anotée par Henri Carré –  Librairie Armand Colin 1932
** Le Comte de Provence, futur Louis XVIII et le Comte d’Artois, futur Charles X 
*** Histoire socialiste de la Révolution française  cf.  Paris, mardi 14 juillet 1789