C’est un peu court jeune homme !

 19 novembre 2009
  » Etre français, c’est avoir sa vie en France, et rien de plus  » *

Cher Hamé,

 » C’est un peu court jeune homme  » aurait dit Cyrano de Bergerac sous la plume d’ Edmond Rostand ! Mais vous avez raison,  il y a être Français en ayant  » sa vie en France « ,  avoir poussé  comme un bourgeon  et être devenu rappeur ; et puis il y a  être citoyen français – quelles que soient nos origines, notre religion ou notre absence de religion- ce qui nous demande à toutes et à tous, et surtout aux politiques, aux chefs religieux,  aux ultra-riches des paradis fiscaux et aux  banquiers calamiteux, aux grands patrons du commerce et de l’industrie (quand on sait que les patrons des industries textiles, métallurgiques, de raffinage etc. ferment toutes leurs usines en France )  beaucoup plus.

Mais  comme vous vous pensez plus enfant d’immigré  que  citoyen français, le débat sur l’identité nationale  vous fâche. Vous sentez des odeurs marécageuses, et  » une créature qui s’extirpe de la vase (…) armée d’un rameau de ronces au bout d’une main sèche [va] flagellant l’éparpillement identitaire et éructant des mots vieux, épris et pétris d’haleine chauvine « . Vous avez peur d’un «  blanc-seing collectif à l’apartheid qui vient « .  En fait, avec ces métaphores vous participez avec fougue et talent  au débat, et je vous en remercie car vous savez que vous  avez des droits et des devoirs, vous les exercez en tant que citoyen français.

C’est votre liberté d’expression qui est imprimée dans le journal. Et je me souviens que cette précieuse liberté d’expression  a failli être ôtée à la presse en 2007 avec le procès intenté par le CFCM contre  Charlie Hebdo**.  Le candidat  à la présidentielle Nicolas Sarkozy – initiateur de la création du CFCM – avait pris alors une position courageuse quand, dans la presse nationale le silence régnait déjà.
Il a été réaffirmé haut et fort qu’en France les chefs religieux ne  pourront pas bâillonner notre droit d’expression.  » L’ éparpillement identitaire  » et  » l’apartheid  » ne sont que les conséquences du communautarisme et ses lois religieuses voulant supplanter les institutions et les lois républicaines.

           Nous pourrions revenir ensemble sur nos origines, sur nos ancêtres,  et nous retrouverions notre berceau commun en Afrique, celui de notre espèce humaine sur terre. Nous pourrions revenir aussi sur la pauvreté des nos ancêtres. Mais si,  ni vous ni moi ne pouvons changer le passé  colonial – les Gaules ont été des colonies romaines, ou l’histoire – l »esclavagisme et le servage en terre chrétienne comme en terre musulmane,  nous avons pu, vous comme moi, grâce à l’Ecole  laïque, apprendre à mieux parler, à bien lire, à écrire, à nous exprimer, de telle façon que nous pouvons participer ensemble à un débat d’idées en langue française.

Il aura fallu en France quatre révolutions, quatre pathétiques sursauts populaires 1789, 1830, 1848, 1871 – toujours récupérés politiquement par la bourgeoisie – pour que les plus pauvres aient le droit d’apprendre  à lire et à écrire les trois mots de la devise républicaine.
Ces mots de   liberté. égalité. fraternité. représentaient alors comme maintenant, un idéal . Ils allaient servir aux  débats politiques  des siècles suivants,  ils éveilleraient les consciences, ils susciteraient des vocations,     bref, ils fabriqueraient de la citoyenneté en marche. 

Alors pourquoi avoir peur  de parler ensemble de la loi républicaine et laïque ?  Depuis plus d’un siècle cela fait débat avec l’église catholique, alors il faut bien que les représentants de la religion islamique en France y participent également. L’idée de substituer les lois islamistes aux lois françaises  est bien le sujet central de la discussion mais faudrait-il alors rétablir aussi la peine de mort ?

L’histoire de France a  transformé notre pays de monarchie de droit divin en république laïque. La France n’est pas comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou l’Arabie Saoudite. Dieu n’est pas dans l’hymne national, ni dans la constitution, ni sur le drapeau. Dieu n’est pas avec la République française, dieu ne bénit pas le président, dieu ne bénit pas la nation française. 

           Apprendre à se parler, c’est pouvoir commencer à se comprendre et à se faire confiance. 

            Bienvenue  !

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*  Hamé   ( Mohamed Bourokba)  Rappeur du goupe La Rumeur Le Monde 15/16.11.09
** Conseil Français du Culte Musulman     cf. la note C »est dur d’être aimé par des cons
 NB Le film de Souad EL-Bouhati Française avait en 2008 illustré le sentiment très fort d’appartenance  au pays de l’enfance.  Sofia,  » enfant d’immigrés « , née en France, doit partir au Maroc avec ses parents. Elle n’aura dès lors qu’une  seule idée en tête…………….. 

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