Et Dieu… ou celui qui rédigea « la Genèse », créa la femme …

par L’ingénue
29.10.2007 / 26 mars 2018

Vingt siècles après, au XIIIème siècle, à la demande des chanoines du chapitre de la cathédrale de Reims qui gérait la fabrique (l’œuvre Notre-Dame), un sculpteur s’inspira du *second récit de la création, Le paradis. – dans la Genèse (1) (Ancien Testament de la Bible)  :

L’homme n’ayant pas trouvé dans « tous les bestiaux », « les oiseaux du ciel » et « les bêtes sauvages »… une « aide qui lui fût assortie … Yahvé Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, façonna une femme, et l’amena à l’homme. Alors celui-ci s’écria : A ce coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée femme car elle fut tirée de l’homme, celle-ci….”
Voilà une narration qui ne manque pas de rudesse ; ce qui suit pourtant, semblerait avoir quelque finesse.

La chute :

« Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits. Il dit à la femme :  » Alors, Yahvé Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ?
La femme répondit au serpent :  » Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. Mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sous peine de mort.
Le serpent répliqua à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal. »
La
femme vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir l’entendement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea ».

L’effet fut immédiat :  « Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus ; ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes » ! 

Et voilà comment Ève, fine observatrice et jugeant nécessaire l’entendement,  commit la faute d’ouvrir les yeux, le péché originel de voir, et sut habilement convaincre, nous dit la légende monothéiste, l’innocent Adam.

Mais ne serait-ce pas plutôt, grâce à leur entendement bien affûté, que les rédacteurs de la Bible  créèrent ce mythe de la création de la femme, le mythe qui leur permettrait d’accuser les femmes, et de fonder le  pouvoir et la richesse des hommes des trois monothéismes, sur le dogme du péché  originel à  expier  éternellement ?
Ne sembleraient-ils pas avoir ainsi fait preuve d’un « entendement »  » quasi diabolique comme le serpent de l’histoire  ?


Et l’on peut voir ce qui a été sauvegardé de cette œuvre dans le Palais de Tau à Reims :

Eve ou la création de la femme. Palais du Tau Salle du Goliath . Musée de la cathédrale de Reims.

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Cette note qui datait du 29 octobre 2007 avait disparu des archives ; j’ai eu le plaisir de la compléter le 26 mars 2018 pour « C’est de l’Art ? »
En ce mois d’octobre 2007, il y  avait une  belle exposition des œuvres de Gustave Courbet au Grand Palais à Paris.
On pouvait y voir une toute autre création  de la femme, picturale cette fois …  que le peintre avait nommée, étrangement,L’Origine du monde » (1866). Cette commande privée fut acquise ensuite par le psychanalyste, Jacques Lacan.
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1 D’après l’édition de poche de La Sainte Bible – traduite en français sous la direction de l’école biblique de Jérusalem, aux Editions du Cerf, Paris, 1955. [Citations en italique]

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