Il y a 230 ans, le 4 mai 1789, réunion des États généraux

 

4 mai  1789 – 4 mai 2019


Il y a 230 ans, le 4 mai 1789, dans la monarchie absolue de droit divin qu’était le royaume de France,  débutait la réunion des États généraux.

Puisons à la source, dans le Tome I (Chapitre III – Journées révolutionnaires – 20 juin, 14 juillet, 5 et 6 octobre 1789)  de l’Histoire socialiste de la Révolution française de Jean Jaurès (1) et dans la correspondance du Marquis de Ferrières (2).
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Les États généraux

   « Le  4 mai 1789,  les députés des États généraux se réunirent  une première fois, pour aller, en procession entendre à l’église Saint-Louis de Versailles, une messe du Saint-Esprit  (…) Une foule énorme, accourue de Paris, contemplait au passage les brillants costumes des princes, la masse sombre et compacte des élus du Tiers vêtus de noir.
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◊ ◊ Dans sa lettre, Versailles, 6 mai 1789, le Marquis de Ferrières (2) exulte et partage avec sa femme et ses enfants « les délicieuses sensations [qu’il a ] éprouvées ».
Pour M. de Ferrières, député de la Noblesse aux États généraux, vêtu « d’un habit de soie noire, veste de drap d’or, chapeau à plumes, retroussé à la Henri IV », et défilant dans la procession qui arrive à Saint-Louis, le lundi 4 mai 1789, ce fut un moment de « douce ivresse … l’image de la joie, du bonheur, de la satisfaction.« ◊◊
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   Le lendemain, 5 mai, les députés furent convoqués, pour la première séance, dans la Salle des Menus, appelée Salle des Trois Ordres. C’était une grande pièce rectangulaire, qui pouvait contenir  environ 1 200 personnes, et près de 2 000 pouvaient trouver place dans les galeries. Les députés furent introduits lentement et après une attente assez longue : les députés du Tiers furent massés au centre, le clergé et la noblesse s’assirent sur les côtés.  (…) 
  Quels étaient ces hommes ? (…) Princes, archevêques, grands parlementaires, intendants, toutes les forces de l’ancien régime et toutes ses lumières étaient là : mais de tout cet égoïsme ne sortît que misère et néant.

Il était temps que la Nation recourût à d’autres hommes forts par les idées. Oui, parmi les 571 députés du Tiers, il y avait peu d’administrateurs,  et il y avait beaucoup de légistes. (…) ils formuleront et régulariseront la Révolution bourgeoise.

   La grande pensée du XVIII ème siècle est en eux : c’est elle qui les unit et qui élève les plus modestes au niveau des plus grands. Cette pensée est assez diverse et vaste pour que ceux qui s’en  inspirent ne soient pas dominés par l’esprit de secte, et puissent s’adapter aux événements. Montesquieu, Voltaire, l’Encyclopédie, Rousseau, avec leurs tendances parfois divergentes avaient formé les intelligences ; et quand on suit de près les actes, les déclarations des Constituants, on voit qu’ils étaient faits comme une synthèse de tous les grands esprits du siècle. (…)

  L’Encyclopédie leur communiquait ce véhément et large amour de la science qui neutralisera en eux, plus d’une fois, les influences du jansénisme ou du déisme étriqué de Jean-Jacques. En tous ces hommes qui, au centre de la salle des Menus, sont groupés en face du trône, il y avait donc toute la riche pensée du siècle : déjà le peuple discernait et acclamait en eux des noms éclatants (…), c’est la grande lumière commune du XVIII ème siècle qui est en tous et sur tous. (…)

 

Dès cette première entrevue avec la Nation, le roi laisse percer une incurable défiance :

« Une inquiétude générale, un désir exagéré d’innovations se sont emparés des esprits et finiraient par égarer totalement l’opinion si on ne se hâtait de les fixer par une réunion d’avis sages et modérés …Les esprits sont dans l’agitation : mais une assemblée des représentants de la Nation n’écoutera, sans doute, que les conseils de la sagesse et de la prudence.(…). »

Médiocre semonce, où la  peur affecte je ne sais quel ton sentimental ! Et pas un mot pour assurer la marche de l’assemblée nouvelle, pour régler cette grave question du vote par tête ou par ordre, qui va paralyser et bientôt exaspérer la Révolution ».    Jean Jaurès

 

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◊◊  Toujours dans sa lettre, Versailles, 6 mai 1789, le Marquis de Ferrières écrit : « Le 5 se fit l’ouverture des États dans la salle des Menus. L’Assemblée était vraiment imposante, et digne d’un puissant empire ; la salle décorée avec noblesse, quoique avec simplicité. Le Roi, dans tout l’appareil de la Majesté, assis sur son trône d’or, la Reine à ses côtés ; aux gradins plus bas, Monsieur, M. le comte d’Artois (3) , les princes, les ministres, les grands officiers de la couronne, les chevaliers des Ordres, le garde des sceaux, les porte-masses,  les grands maîtres des cérémonies, conseillers d’état, maîtres des requêtes ; deux rangs de loges pratiquées dans le pourtour, remplies des ambassadeurs étrangers, de ce qu’il y avait de plus distingué dans les deux sexes, à Paris et à Versailles ; le Clergé, la Noblesse, le Tiers État en habits de cérémonie, étaient sur des banquettes placées dans l’intérieur de la salle.
Le Roi prononça un discours noble et sage (…) »
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à suivre … 5 mai 1789  Le discours de Necker – Directeur général des Finances de Louis XVI de 1777 à 1781 –  Rappelé aux affaires le 25 août 1788 en tant que Ministre d’État et directeur général des Finances.

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pp. 361-365  Le Tome 1 a été publié par J. Jaurès en 1901. Cette édition a été revue et annotée par Albert Soboul – Préface d’Ernest Labrousse,  Éditions sociales.

2    pp. 42-43 Correspondance inédite du Marquis de Ferrières 1789, 1790, 1791, publiée et annotée par Henri Carré, doyen honoraire de la Faculté des Lettres de Poitiers, Librairie Armand Colin, 103 Boulevard Saint-Michel, Paris, 1932.

3  Monsieur est le comte de Provence, frère puîné de Louis XVI et futur Louis XVIII.
M. le comte d’Artois est le second frère et futur Charles X.

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