L’égalité citoyenne sans le voile et sans la burqa

20 octobre 2009

             Lorsqu’en 2007, le journal Charlie Hebdo gagna le procès *que lui avaient intenté  le Conseil français du culte musulman (CFCM), l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) et la  Grande Mosquée de Paris, ce fut au nom du droit inviolable de la liberté d’expression ; mais au soir du procès, comme un déni toujours renouvelé de la loi républicaine, des menaces de mort furent adressées à Philippe Val, alors directeur du journal.

On se souviendra aussi qu’en 2004 avait été rappelé haut et fort,  le principe inviolable de la  laïcité à l’école, au collège, au lycée et à l’université. L’interdiction du port d’insignes et de vêtements religieux garantissait, avec la suppression de tout affichage et  prosélytisme religieux,  le retour à l’espace libre et citoyen dans l’enseignement public.

Mais nous aurions eu tort de penser que cela suffirait pour redonner à l’espace public cet égal respect citoyen des croyances et des non croyances. De subversions en attentats terroristes,  des  chefs religieux musulmans fondamentalistes salafistes ou talibans **,  se réclamant d’un islam intégriste  haineux et dominateur,  édictaient alors  pour les femmes  une charia ( loi divine ?) qui portait atteinte à leur droit à l’ intégrité physique et morale, à leur identité d’être humain, à leur droit à l’éducation et à tant d’autres droits. Pour ces criminels, les femmes devaient devenir d’ invisibles esclaves encore plus ignorantes qu’eux,  sous la menace constante des coups, des jets de vitriol et de la lapidation. Et le voile sous toutes ses formes que les intégristes islamistes voulaient imposer aux jeunes adolescentes françaises, n’était pour eux que le précurseur de la burqa, le précurseur de la disparition des femmes du monde des vivants. Pour les intégristes islamistes,  la burqa,  la soumission ou la mort sont les seuls droits des femmes.

           Mais innombrables par le monde sont celles qui résistent  bravement  à cette fureur  intégriste. Parmi les plus admirables, j’aimerais citer les jeunes filles et les femmes afghanes :  Shamsia,  Habiba Sarabi ***, gouverneur(e) de la province de Bamiyan depuis 2005,   Sabrina Saqeb *** députée,  Zarmina, Zakia, Jamila***  …

Elles se souviennent toutes de la férocité du régime islamiste des talibans (1990-2001). Zarmina raconte :  » J’étais au marché. J’ai soulevé quelques instants ma burqa pour mieux regarder les aliments sur les étals. Des vigiles talibans m’ont aussitôt frappée.  »   Mais la situation actuelle est toujours insupportable,  puisque  » à  15 km de Kaboul, si une femme n’est pas vêtue de la burqa, elle est menacée par les intégristes.  »  dit Jamila  ; et puis un peu partout, comme dans la province de Kandahar, les écoles de filles sont  incendiées par les talibans.

Alors que la France intervient en Afghanistan pour (re)construire un état démocratique,  hors de l’emprise des talibans, on comprendrait mal  que l’actuelle commission  parlementaire (présidée par André Gérin) sur le port du voile et de la burqa dans l’espace public  puisse  imaginer, un seul instant,  des jeunes filles et des femmes privées de leur identité,  soumises en France à la charia des mêmes  talibans. D’ailleurs les députés le  savent, les théologiens le leur ont confirmé, le port du voile et de la burqa n’est pas une prescription du coran.   Et  Tarek Oubrou**** ajoute que voile et burqa ne sont ni des  objets cultuels  ni des  symboles de sacré ;  et en conseillant aux femmes, non sans humour, de mettre leur foulard dans leur poche, il rejoint notre conception républicaine de  la laïcité respectueuse de l’autre  dans l’espace public.

Alors que le statut des femmes dans les religions monothéistes est toujours inférieur à celui des hommes, et alors que c’est la gloire de la réflexion de notre humanité en marche que d’avoir commencé à les rétablir dans tous leurs droits, des responsables musulmans dénoncent une  islamophobie croissante. Le mot  » islamophobie  » littéralement  » peur de l’islam  » me semble inapproprié ; je lui préfèrerais l’expression  » anti-islamo-intégrisme  » qui est refus du terrorisme politique islamiste, refus de ses charias et de sa barbarie.

Alors, plutôt que de jouer aux victimes, ces responsables musulmans seraient mieux inspirés en communiquant à leurs fidèles un respect inconditionnel de la laïcité et de l’égalité citoyenne femmes/hommes – sans le voile et sans la burqa – comme preuve décisive de leur bonne foi, et de leur islam  » apaisé « , sans lien d’aucune sorte avec les intégristes. C’est à ce prix-là que la confiance sera retrouvée.

Laisser croire aux fanatiques religieux terroristes que l’on tremble devant eux serait un piège fatal pour notre démocratie, le piège du repli religieux identitaire qui construit les ghettos, qui empoisonne le dialogue social. La charia islamiste sur la burqa n’a aucune légalité dans notre pays républicain. De même que nous ne transigerons pas sur le droit de la liberté d’expression, il nous faudra être inflexibles sur le droit inviolable de l’identité de l’être humain et de l’égalité citoyenne sans le voile et sans  la burqa. Il y va de la paix sociale, républicaine, tout simplement.

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Cette note est parue -moins détaillée – dans les Chroniques d’abonnés (Lemonde.fr  22.10.09 ).

*     Charlie Hebdo, le procès des caricatures 

**   Les talibans et l’enfance sacrifiée  

***Habiba Sarabi La gouverneur(e) afghane  article de Frédéric Bobin (Le Monde 25.08.09)  / Sabrina Saqeb, députée à la pointe du combat des femmes en Afghanistan article de F. Bobin (Le Monde 13/14.09.09) / Zakia, Jamila et les autres : des Afghanes entre désillusion et espoir article de F. Bobin (Le Monde 19.08.09
****  propos de Tarek Oubrou, imam de Bordeaux recueillis par Stéphanie Le Bars  (Le Monde 16.10.09)

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