Mettre en résonance les médias et la vie réelle avec juste une petite pointe d'audace.
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Cueille le jour … Cueille le fruit de ce jour…

Note mise en avant le dimanche 6 août 2017 pour nous souhaiter aussi ou malgré tout de bonnes vacances !
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4 – 7 janvier  2017 ♦

               Que nous souhaiter d’autre, à l’aube de la nouvelle année 2017, que de vivre avec sagesse et lucidité chaque jour  ?  C’est ce qu’écrivait Horace (1) dans le Livre premier  de ses Odes, dans l’Ode XI  (2).

  À  Leuconoé 

Ne recherche point, toi, – il est sacrilège de la savoir,
– quelle fin, Leuconoé, les dieux ont marquée pour moi, marquée pour toi,
et n’interroge pas les calculs babyloniens.
Comme il vaut mieux subir tout ce qui pourra être !
Que Jupiter t’accorde plus d’un hiver, ou que celui-ci soit le dernier,
qui, maintenant brise la mer tyrrhénienne  contre l’obstacle des falaises rongées,
sois sage, filtre tes vins, et,  puisque nous durons peu, retranche les longs espoirs.
Pendant que nous parlons, voilà que le temps jaloux a fui :
cueille le jour (carpe diem)* sans te fier le moins du monde au lendemain.

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Alors,
pour ce nouvel an 2017 tout neuf, souhaitons-nous de pouvoir

 Cueillir  le jour !

 Cueillir le fruit de chaque jour… et  mûrir !

…………………………..

♦ (note complétée par « Marquis, je m’en souviens, vous veniez chez ma mère » de V. Hugo)

Mûrir   … chaque jour s’écrit notre histoire … et notre Histoire…

C’est ce que répond Victor Hugo -quadragénaire- en 1846, à la lettre que lui a adressée Charles-Louis de Coriolis, marquis d’Espinouse :   » Depuis ces beaux jours de votre adolescence monarchique, qu’avez-vous fait ? où allez-vous ? »
(I-II-III…) IV

 » Écoutez-moi. J’ai vécu ; j’ai songé.
La vie en larmes m’a doucement corrigé. (…)
La pensée est le droit sévère de la vie. (…)
J’ai pensé. J’ai rêvé près des flots, dans les herbes,
Et les premiers courroux de mes odes imberbes
Sont d’eux-mêmes en marchant tombés derrière moi.
La nature devint ma joie et mon effroi ;
Oui, dans le même temps où vous faussiez ma lyre,
Marquis, je m’échappais et j’apprenais à lire
Dans cet hiéroglyphe énorme : l’univers.
Oui, j’allais feuilleter les champs tout grands ouverts.

La nature est un drame avec des personnages ;
J’y vivais ; j’écoutais, comme des témoignages,
L’oiseau, le lis, l’eau vive et la nuit qui tombait.
Puis je me suis penché sur l’homme, autre alphabet.

Le mal m’est apparu, puissant, joyeux, robuste,
Triomphant ; je n’avais qu’une soif : être juste ; (…)
On avait eu bien soin de me cacher l’histoire ;
J’ai lu ; j’ai comparé l’aube avec la nuit noire,
Et les quatrevingt-treize aux Saint-Barthélémy ;
Car ce quatrevingt-treize où vous avez frémi,
Qui dut être, et que rien ne peut plus faire éclore,
C’est la lueur de sang qui se mêle à l’aurore.
Les Révolutions, qui viennent tout venger,
Font un bien éternel dans leur mal passager.
Les Révolutions ne sont que la formule
De l’horreur qui pendant vingt règnes s’accumule.

V
Ce sont les rois qui font les gouffres; mais la main
Qui sema ne veut pas accepter la récolte ;
Le fer dit que le sang qui jaillit se révolte.

Voilà ce m’apprit l’histoire. Oui, c’est cruel,
Ma raison a tué mon royalisme en duel.
Me voici jacobin. Que veut-on que j’y fasse ?
Le revers du louis dont vous aimez la face,
M’a fait peur. En allant librement devant moi,
En marchant, je le sais, j’afflige votre foi,
Votre religion, votre cause éternelle,
Vos dogmes, vos aïeux, vos dieux, votre flanelle,
Et dans vos bons vieux os, faits d’immobilité,
Le rhumatisme antique appelé royauté.
Je n’y peux rien. Malgré menins et majordomes
Je ne crois plus aux rois propriétaires d’hommes ;
N’y croyant plus, je fais mon devoir, je le dis.
Marc-Aurèle écrivait : « Je me trompai jadis ;
 » Mais je ne laisse pas, allant au juste, au sage,
 » Mes erreurs d’autrefois me barrer le passage. »
Je ne suis qu’un atome, et je fais comme lui ;
Marquis, depuis vingt ans, je n’ai, comme aujourd’hui,
Qu’une idée en l’esprit : servir la cause humaine ».
(…)
——-
Clin d’œil  /  À apprendre par cœur ...  si l’on veut répondre au chœur des adorateurs de Marie-Antoinette, de Louis XVI et de ses petits frères et premiers émigrés, le comte de Provence,  Louis XVIII et le comte d’Artois, Charles X,  qui appelèrent ensemble l’armée autrichienne contre le peuple français !

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Et Victor Hugo -sexagénaire- en 1864, nous invite encore dans Utilité du Beau  à cueillir le Beau car « le Beau entre dans nos yeux rayon et sort larme… c’est une victoire pour l’intelligence que de comprendre cela ».

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Œuvres complètes de V. Hugo – sous la direction de J. Massin-  Club français du livre : Tome IX et Tome XII.
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1 Source : HORACE Satires, Odes et Épodes, Épîtres
Texte établi et traduit par François Villeneuve, Professeur à l’Université de Montpellier. Le club français du livre 1969. Coll. Les Portiques.
*« carpe diem  : carpe  élément formateur emprunté au grec karpos  « fruit » dit des fruits de la terre, céréales, récoltes, mais également de raisins, olives, et employé au sens figuré de « profit, avantage ». Ce mot est à rapprocher du latin carpere  « cueillir« .  » Source Le Robert Dictionnaire historique de la langue française  p.392

♥ Introduction / la vie et l’œuvre d’Horace /p.155-156
« Horace (Horatius Flaccus), né en décembre de l’année 65 avant J.-C. (689 de la fondation de Rome), était le fils d’un ancien esclave public de Venouse, colonie romaine, ville de l’Italie méridionale, sur les confins de l’Apulie et de la Lucanie (d’où le nom d’Horatius qu’il prit quand l’affranchissement fit de lui un citoyen : les habitants de Venouse appartenaient à la tribu Horatia). (…)  Le poète, loin d’avoir jamais rougi de cette origine, se fût même jugé ingrat en se proclamant fils de ses œuvres : n’atteste-t-il point qu’il dut à son père une solide formation morale et les moyens de recevoir la même instruction que les enfants des plus nobles familles ?« 

2 Voir aussi le poème en latin dans Œuvres d’Horace traduites par MM. Campenon de l’Académie française et Desprès, conseiller honoraire de l’Université.   Chez L. de Bure Librairie Rue Guénégaud 27 Paris 1821.

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♦ En mémoire des victimes  de CHARLIE HEBDO  que les frères Kouachi ont massacrées à Paris,  le 7 janvier 2015,  « pour venger le prophète », sur ordre du groupe État islamique.
Cf. par L’ingénue  la note des 7- 9- 12- 13 et  17  janvier  2015 / ajout du 9 janvier 2017 :
    Contre la terreur islamique, le peuple français est entré en Résistance ♦

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4 janvier 2017   Commentaires fermés sur Cueille le jour … Cueille le fruit de ce jour…

LÆTITIA RERUM

 LÆTITIA  RERUM  ou  « La joie qu’il y a dans les choses »

Mais aussi la joie dans la beauté d’une Polonaise de Chopin ou d’un tableau de Véronèse … dans l’amour vrai … dans notre idéal humaniste et fraternel … dans la certitude qu’il sera le plus fort … Souhaitons-nous une bonne année 2016, lucide, forte, courageuse, qui éclairera le futur proche !

Tout est pris d’un frisson subit.
L’hiver s’enfuit et se dérobe.
L’année ôte son vieil habit ;
La terre met sa belle robe.

Tout est nouveau, tout est debout ;
L’adolescence est dans les plaines ;
La beauté du diable, partout,
Rayonne et se mire aux fontaines.

L’arbre est coquet ; parmi les fleurs
C’est à qui sera la plus belle ;
Toutes étalent leurs couleurs,
Et les plus laides ont du zèle.

Le bouquet jaillit du rocher ;
L’air baise les feuilles légères ;
Juin rit de voir s’endimancher
Le petit peuple des fougères.

C’est une fête en vérité ;
Fête où vient le chardon, ce rustre ;
Dans le grand palais de l’été
Les astres allument le lustre.

On fait les foins. Bientôt les blés,
Le faucheur dort sous la cépée* ;
Et tous les souffles sont mêlés
D’une senteur d’herbe coupée.

(…)

On voit rôder l’abeille à jeun,
La guêpe court, le frelon guette ;
À tous ces buveurs de parfum
Le printemps ouvre sa guinguette.

Le bourdon, aux excès enclin,
Entre en chiffonnant sa chemise ;
Un œillet est un verre plein,
Un lys est une nappe mise.

La mouche boit le vermillon
Et l’or dans les fleurs demi-closes,
Et l’ivrogne est le papillon,
Et les cabarets sont les roses.

De joie et d’extase on s’emplit,
L’ivresse, c’est la délivrance ;
Sur aucune fleur on ne lit :
Société de tempérance.

Le faste providentiel
Partout brille, éclate et s’épanche,
Et l’unique livre, le ciel,
Est par l’aube doré sur tranche.

Enfants, dans vos yeux éclatants
Je crois voir l’empyrée** éclore ;
Vous riez comme le printemps
Et vous pleurez comme l’aurore.

 Victor Hugo      L’Art d’être grand-père   VIII     18 juillet  1859
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*  cépée : Terme de chasse. Bois d’un an ou deux. Touffe de bois sortant d’une même souche. (Littré)

** empyrée : de l’adj. lat. ecclés. empyrius, grec empur(i)os « en feu, de feu ». (mythologie grecque) la plus élevée des quatre sphères célestes, qui contenait les feux éternels, c’est-à-dire les astres, et qui était le séjour des dieux.  (Robert)

♥    Écoutons  alors ce poème mis en musique pour  le roi soleil  en sa cour de Versailles :

Ombre de mon amant  1689   Michel Lambert (1610-1696)

Ombre de mon amant, ombre toujours plaintive,
Hélas! Que voulez-vous ? Je meurs.
Soyez un moment attentive
Au funeste récit de mes vives douleurs.
C’est sur cette fatale rive
Que j’ai vu votre sang couler avec mes pleurs.
Rien ne peut arrêter mon âme fugitive,
Je cède à mes cruels malheurs.
Ombre de mon amant, ombre toujours plaintive,
Hélas! Que voulez-vous ? Je meurs.

Hasnaa Bennani (soprano),
Ensemble Stravaganza – Domitille Gilon & Thomas Soltani, dir. 
New album ‘muso’ – Ariane & Orphée, French Baroque Cantatas – October 2015

1er janvier 2016
_________________
28 mars / 8 avril 2016   

L
a  musique, lien fraternel … universel …

Laissons-nous inviter aussi  par  le Festival d’Ambronay le 25 septembre 2015 *  et le Concert Étranger (direction Itay Jedlin)  pour la Passion selon St Marc de Bach, où l’on retrouve Hasnaa Bennani parmi d’autres merveilleux talents !

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*  Festival d’Ambronay  25 septembre 2015

La rediffusion du concert assurée par France Télévisions jusqu’au 2 octobre 2016 est  précédée … souvent… de trois publicités criardes.

        AMBRONAY ________________________

1 janvier 2016   Commentaires fermés sur LÆTITIA RERUM

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo        4 octobre 1847
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Les Contemplations  par VICTOR  HUGO    Tome II    Livre quatrième    XIV      Aujourd’hui
1843-1856    Deuxième édition Paris, 1856.  Leipzig, chez Wolfgang Gerhard. –  Impr. Schnauss

Manuscrit  et livre numérisés  par la BNF.  gallica.bnf.fr  (Bibliothèque nationale de France )
— Référence manuscrit : BNF, Manuscrits, NAF 13363, fol. 265. (Domaine public)
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23 octobre 2014   Commentaires fermés sur Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

♥ Savoir « par cœur » ou le régal des mots ♥

Enfants, oiseaux et fleurs

 Jeanne était au pain sec

 

Jeanne était au pain sec dans le cabinet noir,
Pour un crime quelconque, et, manquant au devoir,
J’allai voir la proscrite en pleine forfaiture,
Et lui glissai dans l’ombre un pot de confiture
Contraire aux lois. Tous ceux sur qui, dans ma cité,
Repose le salut de la société,
S’indignèrent, et Jeanne a dit d’une voix douce :
– Je ne toucherai plus mon nez avec mon pouce ;
Je ne me ferai plus griffer par le minet.
Mais on s’est écrié : – cette enfant vous connaît ;
Elle sait à quel point vous êtes faible et lâche.
Elle vous voit toujours rire quand on se fâche.
Pas de gouvernement possible. A chaque instant
L’ordre est troublé par vous ; le pouvoir se détend ;
Plus de règle. L’enfant n’a plus rien qui l’arrête.
Vous démolissez tout. – Et j’ai baissé la tête,
Et j’ai dit : – Je n’ai rien à répondre à cela,
J’ai tort. Oui, c’est avec ces indulgences-là
Qu’on a toujours conduit les peuples à leur perte.
Qu’on me mette au pain sec. – Vous le méritez, certes,
On vous y mettra. – Jeanne alors dans son coin noir,
M’a dit tout bas, levant ses yeux si beaux à voir,
Pleins de l’autorité des douces créatures :
– Eh bien, moi, je t’irai porter des confitures.

Victor HUGO

L’Art d’être grand-père VI -première édition : mai 1877.

NB  Oeuvres Complètes Edition chronologique publiée sous la direction de Jean Massin. Le Club français du livre MCMLXX. Tome XV-XVI/1 p. 910. En marge, l’annotation suivante : «… la saveur douceâtre du pot de confiture n’en finira plus d’imprégner le génie hugolien dans la mémoire de générations entières d’écoliers ! »

Hélas ! Les ministres de l’Education nationale et de la Culture se reconnaîtront – de droite et de gauche confondus- qui, pour avoir goûté goulûment à ce pot de confiture-là, en auront privé les élèves depuis des décennies.
Pour ces beaux esprits à la mode soixante-huitarde, cultiver sa mémoire, en donnant à tous les élèves la chance de lire et d’apprendre de beaux textes, ne faisait plus « moderne (!) ».

À Victor Hugo et à son pot de confiture, ils auront préféré le mistral gagnant de Renaud, à Paul Eluard, la marmelade écœurante et dégoulinante d’obscénités du « rap (sic) de N…. ta mère,  d’Orelsan ou de Booba», ou encore à Léopold Sédar Senghor, le « slam (sic) », molle et fade bouillie de mots écorchés.

 Bref, ils ont mis les écoliers dans le cabinet noir, loin de la vraie beauté de la langue française, privés du plaisir de s’en régaler « par cœur ».

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 Je suis des bois l’hôte fidèle

 

Je suis des bois l’hôte fidèle,
Le jardinier des sauvageons,
Quand l’automne vient, l’hirondelle
Me dit tout bas : Déménageons.

Après Frimaire, après nivôse,
Je vais voir si les bourgeons frais
N’ont pas besoin de quelque chose
Et si rien ne manque aux forêts.

Je dis aux ronces : Croissez, vierges !
Je dis : Embaume ! au serpolet ;
Je dis aux fleurs bordant les berges :
Faites avec soin votre ourlet.

Je surveille, entr’ouvrant la porte,
Le vent soufflant sur la hauteur
Car tromper sur ce qu’il apporte
C’est l’usage de ce menteur.

Je viens dès l’aube, en diligence,
Voir si rien ne fait dévier
Toutes les mesures d’urgence
Que prend avril contre janvier.

Tout finit, mais tout recommence,
Je m’intéresse au procédé
De rajeunissement immense
Vainement par l’ombre éludé.

J’aime la broussaille mouvante,
Le lierre, le lichen vermeil,
Toutes les coiffures qu’invente
Pour les ruines le soleil.

Quand mai fleuri met des panaches
Aux sombres donjons mécontents,
Je crie à ces vieilles ganaches :
Laissez donc faire le printemps !

 Victor HUGO

 Mai 1870 L’Art d’être grand-père Xpremière édition : mai 1877

 

3 mars 2013   Commentaires fermés sur ♥ Savoir « par cœur » ou le régal des mots ♥

Pour encourager nos futur(e)s bachelier(ière)s

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… ou les conseils de Claude Lévi-Strauss pour réussir votre dissertation

   Toutes celles et  tous ceux qui, dans leur bel âge, sont engagé(e)s dans  cette  précieuse initiation à la pensée philosophique  dispensée uniquement dans la classe terminale de l’enseignement secondaire, feront leur miel de ce que Claude Lévi-Strauss,  à l’esprit aussi aiguisé que le verbe, narra dans  la deuxième partie (Feuilles de route) de son livre Tristes tropiques  avec une belle franchise, une modestie déconcertante, une lucidité exemplaire, sur sa formation universitaire de professeur de philosophie… et sur ce qui s’ensuivit.

p. 52 « Je préparais l’agrégation de philosophie vers quoi m’avait poussé moins une vocation véritable que la répugnance éprouvée au contact des autres études dont j’avais tâté jusque- là. (…)
Là, j’ai commencé à apprendre que tout problème, grave ou futile, peut être liquidé par l’application d’une méthode, toujours identique, qui consiste à opposer deux vues traditionnelles de la question ; à introduire la première par les justifications du sens commun, puis à les détruire au moyen de la seconde ; enfin à les renvoyer dos à dos grâce à une troisième qui révèle le caractère également partiel des deux autres, ramenées par des artifices de vocabulaire aux aspects complémentaires d’une même réalité : forme et fond, contenant et contenu, être et paraître, continu et discontinu, essence et existence, etc. Ces exercices deviennent vite verbaux, fondés sur un art du calembour qui prend la place de la réflexion ; les assonances entre les termes, les homophonies et les ambiguïtés fournissant progressivement la matière de ces coups de théâtre spéculatifs à l’ingéniosité desquels se reconnaissent les bons travaux philosophiques.» (…)

comment aborder sereinement le concours d’agrégation… et le métier de professeur de philosophie 

p.54 « D’habitude, le concours d’agrégation est considéré comme une épreuve inhumaine au terme de laquelle, pour peu qu’on le veuille, on gagne définitivement le repos. Pour moi, c’était le contraire. Reçu à mon premier concours, cadet de ma promotion, j’avais sans fatigue remporté ce rallye à travers les doctrines, les théories et les hypothèses. Mais c’est ensuite que mon supplice allait commencer [ après avoir passé au lycée de Mont-de-Marsan une année heureuse à élaborer mon cours en même temps que j’enseignais, je découvris avec horreur dès la rentrée suivante, à Laon où j’avais été nommé, que tout le reste de ma vie consisterait à le répéter. Or,  mon esprit présente cette particularité, qui est sans doute une infirmité, qu’il m’est difficile de le fixer deux fois sur le même objet.] (…)»

puis le métier d’ethnographe

p.55 « Aujourd’hui, je me demande parfois si l’ethnographie ne m’a pas appelé, sans que je m’en doute, en raison d’une affinité de structure entre les civilisations qu’elle étudie et celle de ma propre pensée. les aptitudes me manquent pour garder sagement en culture un domaine dont, année après année, je recueillerais les moissons : j’ai l’intelligence néolithique. Pareille aux feux de brousse indigènes, elle embrase des sols parfois inexplorés ; elle les féconde peut-être pour en tirer hâtivement quelques récoltes, et laisse derrière elle un territoire dévasté. »

             Loin des sophistes, des bavards et des arrogants, Claude Lévi-Strauss savait parler vrai, y compris sur lui-même.
Quel bel exemple pour encourager toutes les jeunes et fertiles intelligences !

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* Tristes tropiques (écrit en quatre mois en 1954) [VI.- Comment on devient ethnographe]   Plon 1955 réédition 2010 Terre Humaine / Poche (fondée et dirigée par Jean Malaurie)

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                               Appendice poétique  …  pour  étude de style    

Au chapitre VII Le Coucher de soleil  (Feuilles de route), vous trouverez huit pages écrites en italique et en bateau   – ébauche d’un premier roman qu’il n’écrira pas – et dont voici un extrait p. 73 : «… le ciel passe du rose au vert, mais c’est parce que je n’ai pas pris garde que certains nuages sont devenus rouge vif, et font ainsi par contraste, paraître vert un ciel qui était bien rose, mais d’une nuance si pâle qu’elle ne peut plus lutter avec la valeur suraiguë de la nouvelle teinte que pourtant  je n’avais pas remarquée, le passage du doré au rouge s’accompagnant d’une surprise moindre que celui du rose au vert… »

Et vu par Charles Baudelaire   Le Coucher du soleil romantique  (Les Fleurs du mal Les Épaves 1866 nrf Poésie/Gallimard )

Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,
Comme une explosion nous lançant son bonjour !
– Bienheureux celui-là qui peut avec amour
Saluer son coucher plus glorieux qu’un rêve !

Je me souviens !… J’ai vu tout, fleur, source, sillon,
Se pâmer sous son œil comme un cœur qui palpite…
– Courons vers l’horizon, il est tard, courons vite,
Pour attraper au moins un oblique rayon !

Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;
L’irrésistible Nuit établit son empire,
Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;

Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,
Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,
Des crapauds imprévus et de froids limaçons.

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28 mai 2012   Commentaires fermés sur Pour encourager nos futur(e)s bachelier(ière)s

Le mauvais goût du « ARTE WebSlam »

           

Cela serait dommage de finir 2011 sur le mauvais goût du « ARTE  WebSlam » 😉

Heureusement, après  « ARTE  WebSlam » nous attend le régal de la poésie, comme après le « rap * » il nous reste quelques belles chansons à écouter, et après les graffitis,  il nous reste encore des œuvres d’art à admirer.
Slam, rap et graffitis** qui nous viennent d’Outre Atlantique ont été récupérés côté français par les  médias commerciaux qui en tirent d’énormes profits , mais ce drôle de paquet cadeau n’offre guère  la culture de  l’intelligence et de la sensibilité , « le supplément d’âme ».

Par un hasard curieux, en ce jour de Saint Sylvestre, j’ai  donc découvert sur Arte.tv  le texte d’un gagnant***  du « ARTE   WebSlam » 2008-2010,  qui s’intitulait Le prince charmant. 
              Par ma barbe ! disent l’ingénue et le poireau,  mais quel était alors le niveau des textes des perdants  ?   😉

Les fautes d’orthographe, de grammaire, les erreurs de syntaxe le disputent aux expressions grosssières … bref, ce prince charmant n’a guère de charme. Il faut dire aussi qu’il recherche une « meuf  pour la sortir de je ne sais pas quel merde (sic) dans laquelle elle s’est mise (resic)» … et trouve quelques rimes fameuses  :   avant  charmant / main –  nain /  gentleman – âne /   dulcinée – recalé /  clubbing – parking /  discothèque –  baskets / etc.

Pour faire passer ce  mauvais goût du «ARTE WebSlam »,  j’ai trouvé  par un autre hasard curieux  les mots du plaisir, de l’ivresse, de la jeunesse et de l’amour, dans une poésie toute simple   … Mais un doute me taraude : le jury  2008-2010 du « ARTE   WebSlam » aurait-il retenu ce candidat 😉 ?

          _____________________________

 Il s’agit de  … Victor Hugo,  Volume de vers. La Poésie de la rue  ( Reliquat des Chansons des rues et des bois)

            LES TUILERIES
 Chanson des deux barbares 

Nous sommes deux drôles,
Aux larges épaules,
Deux joyeux bandits,
Sachant rire et battre,
Mangeant comme quatre,
Buvant comme dix.

Quand, vidant les litres,
Nous cognons aux vitres
De l’estaminet,
Le bourgeois difforme
Tremble en uniforme
Sous son gros bonnet.

Nous vivons. En somme,
On est honnête homme,
On n’est pas mouchard.
On va le dimanche
Avec Lise ou Blanche
Dîner chez Richard.

On les mène à Pâques,
Barrière Saint-Jacques,
Souper au Chat Vert,
On dévore, on aime,
On boit, on a même
Un plat de dessert !


La vie est diverse.
Nous bravons l’averse
Qui mouille nos peaux ;
Toujours en ribotes,
Ayant peu de bottes
Et point de chapeaux.

Nous avons l’ivresse,
L’amour, la jeunesse,
L’éclair dans les yeux,
Des poings effroyables ;
Nous sommes des diables,
Nous sommes des dieux !

Nos deux seigneuries
Vont aux Tuileries
Flâner volontiers,
Et dire des choses
Aux servantes roses
Sous les marronniers.

Sous les ombres vertes
Des rampes désertes
Nous errons le soir,
L’eau fuit, les toits fument,
Les lustres s’allument
Dans le château noir.

Notre âme recueille
Ce que dit la feuille
A la fin du jour,
L’air que chante un gnome,
Et, place Vendôme,
Le bruit du tambour.

Les blanches statues
Assez peu vêtues
Découvrent leur sein,
Et nous font des signes
Dont rêvent les cygnes
Sur le grand bassin.

……
La terrasse est brune.
Pendant que la lune
L’emplit de clarté,
D’ombre et de mensonges,
Nous faisons des songes
Pour la liberté.
                                             19 avril 1847
_____________________                      

* cf. la note  Larsen, une pensée trop « haschée », trop « rappée »

** cf. Sur les murs  l’ignorance
 ***  Laurent Étienne

31 décembre 2011   Commentaires fermés sur Le mauvais goût du « ARTE WebSlam »

Victor Hugo et Garibaldi – Mars -Avril 1871


        
   Bordeaux ASSEMBLÉE  NATIONALE – séance du 1er mars 1871

Présidence de M. Jules Grévy.
M. Le Président. La parole est à M. Victor Hugo*.

 M. Victor Hugo.  « L’empire a commis deux parricides, le meurtre de la République en 1851, le meurtre de la France en 1871. Pendant dix-neuf ans, nous avons subi – pas en silence – l’éloge officiel et public de l’affreux régime tombé ; mais, au milieu des douleurs de cette discussion poignante, une stupeur nous était réservée, c’était d’entendre ici, dans cette assemblée, bégayer la défense de l’empire, devant le corps agonisant de la France assassinée. (…)

Messieurs, Paris en ce moment est sous le canon prussien ; rien n’est terminé et Paris attend ; et nous, ses représentants, qui avons pendant cinq mois vécu de la même vie que lui, nous avons le devoir de vous apporter sa pensée.

Depuis cinq mois, Paris combattant fait l’étonnement du monde ; Paris en cinq mois de République, a conquis plus d’honneur qu’il n’en avait perdu en dix-neuf ans d’empire.

Ces cinq mois de République ont été cinq mois d’héroïsme. Paris a fait face à toute l’Allemagne ; une ville a tenu en échec une invasion ; dix peuples coalisés, ce flot des hommes du nord qui, plusieurs fois déjà, a submergé la civilisation, Paris a combattu cela. Trois cent mille pères de familles se sont improvisés soldats. Ce grand peuple parisien a créé des bataillons, fondu des canons, élevé des barricades, creusé des mines, multiplié ses forteresses, gardé son rempart : et il a eu faim, et il a eu froid ; en même temps que tous les courages, il a eu toutes les souffrances. Les énumérer n’est pas inutile, l’histoire écoute.

Plus de bois, plus de charbon, plus de gaz, plus de feu, plus de pain ! Un hiver horrible, la Seine charriant quinze degrés de glace, la famine, le typhus, les épidémies, la dévastation, la mitraille, le bombardement. Paris, à l’heure qu’il est, est cloué sur sa croix et saigne aux quatre membres….»

           BordeauxASSEMBLÉE  NATIONALE – séance du 8 mars 1871***

M. Le Président.   M. Victor Hugo a la parole

M. Victor Hugo. « Je ne dirai qu’un mot.  La France vient de traverser une épreuve terrible, d’où elle est sortie sanglante et vaincue. On peut être vaincu et rester grand ; la France le prouve. (…)
De toutes les puissances européennes, aucune ne s’est levée pour défendre cette France qui, tant de fois, avait pris en main la cause de l’europe… pas un roi, pas un état, personne ! un seul homme excepté **.
Ah ! les puissances, comme on dit, n’intervenaient pas ; eh bien, un homme est intervenu, et cet homme est une puissance. Cet homme, messieurs, qu’avait-il ? son épée, et cette épée avait déjà délivré un peuple… et cette épée pouvait en sauver  un autre. Il l’a pensé ; il est venu, il a combattu. (…)
Je ne veux blesser personne dans cette assemblée, mais je dirai qu’il est le seul des généraux qui ont lutté pour la France, le seul qui n’ait pas été vaincu.» ~~~~  M. le vicomte de Lorgeril,  M. de Jouvenel, M. le général Ducrot, M. Richier l’interrompent, 
et encore M. de Lorgeril :« L’Assemblée refuse la parole à M. Victor Hugo, parce qu’il ne parle pas français. »
~~~~~~~~~~

M. Victor Hugo. « Je vais vous satisfaire, messieurs et aller plus loin que vous. Il y a trois semaines, vous avez refusé d’entendre Garibaldi. ~~~ une voix. il avait donné sa démission !  Aujourd’hui, vous refusez de m’entendre. Cela me suffit. Je donne ma démission. » 

          Caprera – 11 avril 1871

« Mon cher Victor Hugo, 

J’aurais dû plus tôt vous donner un signe de gratitude pour l’honneur immense dont vous m’avez décoré à l’Assemblée de Bordeaux.
Sans manifestation écrite, nos âmes se sont cependant bien entendues, la vôtre par le bienfait, et la mienne par l’amitié et la reconnaissance que je vous consacre depuis longtemps.
Le brevet que vous m’avez signé à Bordeaux suffit à toute une existence dévouée à la cause sainte de l’humanité, dont vous êtes le premier apôtre.
             Je suis pour la vie,
                                                       Votre dévoué
                                                                             GARIBALDI. »

_____________________                        

*  Élections à l’Assemblée Nationale – Scrutin du 8 février 1871. SEINE.
 Victor Hugo est élu avec 214 169 suffrages ; il est deuxième après Louis Blanc /216 471 et juste avant Garibaldi / 200 065. 
** Garibaldi

 ***           Sur le manuscrit du 8 mars 1871, Victor Hugo, sous le titre : LA  LUTTE  ( autre titre  A. G[aribaldi ], reprend cette séance parlementaire : 

LA  LUTTE 

« Hélas ! c’est l’ignorance en colère. Il faut plaindre
Ceux que le grand rayon du vrai ne peut atteindre.
D’ailleurs, qu’importe, ami ! L’honneur est avec nous.
Oui, plains ces insulteurs acceptant à genoux
L’horrible paix qui prend la France en sa tenaille.
Que leur ingratitude imbécile s’en aille
Devant l’histoire, avec ton dédain et le mien.
(…) Leur œil myope a peur de l’aube. Ils sont ainsi.
Est-ce leur faute ? Non. A Naples, à Rome, ici,
Toujours, partout, il est tout simple que des êtres
Te jalousent soldats et te maudissent prêtres,
Etant, les uns vaincus, les autres démasqués.
Les glaçons que j’ai vus cet hiver, de nos quais,
Pêle-mêle passer, nous jetant un froid sombre,
Mais fuyant et fondant rapidement dans l’ombre,
N’étaient pas plus haineux et n’étaient pas plus vains.
Toi qui jadis, pareil aux combattants divins,
Venais seul, sans armée, et délivrais des villes,
Laisse hurler sur toi le flot des clameurs viles.
Qu’est-ce que cela fait ? Viens, donnons-nous la main.
Et moi le vieux français, toi l’antique romain,
Sortons. C’est un lieu triste où l’on est mal à l’aise.
Et regagnons chacun notre haute falaise
Où si l’on est hué, du moins c’est par la mer ;
Allons chercher l’insulte auguste de l’éclair,
La fureur jamais basse et la grande amertume,
Le vrai gouffre, et quittons la bave pour l’écume.»

             ANNEXE    

« Ce groupe dans son coin fait rage. On parle, il hue ;
Ils seraient le chaos s’ils n’étaient la cohue.
C’est l’injure, le bruit, l’ignorance ; un ramas
Des pires passions dans les moindres formats ;
C’est un abîme et c’est petit. Toute la haine
Possible à ceux en qui l’absurde se déchaîne,
Est là, montrant le poing, grinçant, injuriant ;
Des hiboux qu’on voudrait tourner vers l’orient
Ne pousseraient pas plus de cris ; au nom de l’ordre,
Cela patoise, braille et glapit, et veut mordre.
Que nous importe ami ? L’honneur est avec nous.
Honte à ces insulteurs adorant à genoux
L’infâme paix qui prend la France en sa tenaille ! »

                         L’ANNÉE  TERRIBLE . MARS  1871


__   Tome XV -XVI/1 V. HUGO  Œuvres complètes sous la direction de J. Massin      

23 mars 2011   Commentaires fermés sur Victor Hugo et Garibaldi – Mars -Avril 1871

 » de nouvelles haltes de nouvelles sources « 

D’un poète à l’autre

Aimé Césaire                          pour L.S. Senghor

jupiter en juin (2)

                      Dyali

le pont de lianes s’il s’écroule
c’est sur cent mille oursins d’étoiles
à croire qu’il n’en fallait pas une seule de moins
pour harceler nos pas de bœuf- porteur
et éclairer nos nuits
il m’en souvient
et dans l’écho déjà lointain
ce feulement en nous de félins très anciens

Alors la solitude aura beau se lever
d’entre les vieilles malédictions
et prendre pied aux plages de la mémoire
parmi les bancs de sable qui surnagent
et la divagation déchiquetée des îles
je n’aurai garde d’oublier la parole du dyali

dyali
par la dune et lélime
convoyeur de la sève et de la tendresse verte
inventeur du peuple et de son bourgeon
son guetteur d’alizés
maître de sa parole
tu dis dyali
et Dyali je redis
le diseur d’essentiel
le toujours à redire
et voilà comme aux jours de jadis
l’honneur infatigable

Voilà face au Temps
un nouveau passage à découvrir
une nouvelle brèche à ouvrir
dans l’opaque dans le noir dans le dur
et voilà une nouvelle gerbe de constellations à repérer
pour la faim pour la soif des oiseaux oubliés

de nouvelles haltes de nouvelles sources

et voilà
                                                       Voilà
                                                                                                    Dyali
la patience paysanne des semences à forcer
et l’entêtement d’une conjuration de racines

à fond de terre
à fond de cœur
                                    à l’arraché du soleil
                                                                                                    blason

____________________________                

dyali : mot d’origine mandingue. C’est un troubadour d’Afrique de l’Ouest, dans la zone soudano-sahélienne.
(lexique de Léopold Sédar Senghor)
-♥  Mardi 6 juillet 2010  l’Association des professeurs de français en Haïti a reçu le Prix Senghor-Césaire   ( lu dans  Le Soleil édition en ligne du 1er quotidien du Sénégal)

1 juillet 2010   Commentaires fermés sur  » de nouvelles haltes de nouvelles sources « 

Léopold S. Senghor  » Chant de printemps « 

 

         Chant de printemps pour une jeune fille noire au talon rose           

 

Des chants d’oiseaux montent lavés dans le ciel primitif
L’odeur verte de l’herbe monte, Avril !
J’entends le souffle de l’aurore émouvant les nuages
     blancs de mes rideaux
J’entends la chanson du soleil sur mes volets mélo-
     dieux
Je sens comme une haleine et le souvenir de Naëtt sur
     ma nuque nue qui s’émeut
Et mon sang complice malgré moi chuchote dans mes
     veines.
C’est toi mon amie – Ô ! Ecoute les souffles déjà chauds
     dans l’avril d’un autre continent
Oh ! écoute quand glissent glacées d’azur les ailes des
     hirondelles migratrices
Ecoute le bruissement blanc et noir des cigognes à
     l’extrême de leurs voiles déployées
Ecoute le message du printemps d’un autre âge d’un
     autre continent
Ecoute le message de l’Afrique lointaine et le chant de
     ton sang !
J’écoute la sève d’avril qui dans tes veines chante.

(…)

Je t’ai dit ;
–   Ecoute le silence sous les colères flamboyantes
La voix de l’Afrique planant au-dessus de la rage des
    canons longs
La voix de ton coeur de ton sang, écoute-la sous le
    délire de ta tête de tes cris.
Est-ce sa faute si Dieu lui a demandé les prémices de
   ses  moissons
Les plus beaux épis et les plus beaux corps élus patiem-
    ment parmi mille peuples ?
Est-ce sa faute si Dieu fait de ses fils les verges à
    châtier la superbe des nations ?
Ecoute sa voix bleue dans l’air lavé de haine, vois le
    sacrificateur verser les libations au pied du tumulus.
Elle proclame le grand émoi qui fait trembler les corps
    aux souffles chauds d’Avril
Elle proclame l’attente amoureuse du renouveau dans
    la fièvre de ce printemps
La vie qui fait vagir deux enfants nouveau-nés au bord
    d’un tombeau cave.
Elle dit ton baiser plus fort que la haine et la mort.
Je vois au fond de tes yeux troubles la lumière étale
    de l’Eté
Je respire entre tes collines l’ivresse douce des mois-
    sons.
Ah ! cette rosée de lumière aux ailes frémissantes de
    tes narines !
Et ta bouche est comme un bourgeon qui se gonfle au
    soleil
Et comme une rose couleur de vin vieux qui va s’épa-
    nouir au chant de tes lèvres.
Ecoute le message, mon amie sombre au talon rose.
J’entends ton coeur d’ambre qui germe dans le silence
    et le Printemps..

Paris, avril 1944

        ****  Afrique – 50 ans d’indépendance  (Arte.tv) ****            

26 avril 2010   Commentaires fermés sur Léopold S. Senghor  » Chant de printemps « 

Ou comment être bobu(e) …

    

            Etre bobu(e)* à Paris, c’est épuisant. Passe encore d’avoir  hanté  les coulisses de la fashion week,  mais  il faut  aller shopper !

Waou ! Les fashionistas hyper 80’s aiment la chemise bucheron (sic) tendance sexy . Très star, celle qui a tourné dans le téléfilm  » Les bobonobos  » 😉  glamourise son jean. Et pour les petites lolitas, l’hiver sera flashy. Tout est so trendy. Rien de tel qu’un total look noir pour acheter des must have.

Heureusement on pourra souffler,  dans un repaire hot mode de la capitale.  C’est cool    😉

Cependant, ne pas s’attarder. Il faut faire vite  en ce début décembre  pour être vu au grand tasting  et se faire voir à la semaine du fooding  où vous attendent des plats limite beurk   …   qu’importe, le bobu parisien adore le follement trash

              Tout cela est si glamour, tellement  feeling…Et le bobu, comme en écho se répète sur Le Monde Télévisions  13/14.12.09 avec  les fashionistas de Bertrand Legendre :  » Elles sont incroyables, les fashionistas que l’on croise dans les rues de Paris ** : punkettes, bobos chics, ethniques, lolitas, bling-bling, girly…(…) A qui le look le plus étourdissant, la palme d’or de la it girl, la fille la plus en vue ? … Elle est chou (…) avec son bibi arty… et son top à paillettes… »

 

        ______________________

NB   
…  Mécontent Sans oublier le bobu  fonétik  de  France Inter avec Eclectik, celui de France Télévisions qui nous sature  de c dans l’air, de c à vous, de 7 à voirde c à dire, de c l’info,  avec son petit dernier :  c politique  de  Nicolas Demorand – sûrement parce que c’est politique  ferait trop politique, ou ne pourrait plus être lu correctement par  les bobos  [ premier invité : Lionel Jospin !] ?
             
et le bobu du SNUIPP -FSU ( Syndicat national unitaire des instituteurs,des professeurs des écoles et des Pegc) qui a remplacé la référence administrative du  Code Soleil par celle du Kisaitou !
… 
etc. etc.  et le lourd bobu argotique  qui confond  l’obscénité pesante et sexiste des chapelets de gros mots avec …  la  finesse d’esprit !

*  premier clin d’oeil sur le sujet dans la note Les bobos et les bobus 

          Mes sources pour cette note sont les publicitaires d’un grand magasin [  » le plus grand magasin du monde  » nous dit Le Monde Magazine du 19.12.09] et ceux du business de la mode et des soirées parisiennes,  celles  où l’on reconnaît indubitablement son ou sa bobu(e)  grâce aux pompons sur son it bag !
1er mai 2010
Dans la version Printemps-été 2010 du magazine intitulé it mag  de ce  » grand magasin  » , «  l’édito  » commence avec  un Tadaam ! ( pour dire Bonjour – je suppose-  et plaire aux tas d’ânes bâtés, ces clientes auxquelles on sert de la bouillie de mots et du made in China ) et l »annonce du  » scoop make-up « , auquel cependant on a ajouté l’astérisque *  pour écrire maquillage.  __________________________________        

 

 Pour se délasser du bobu niaiseux,  quoi de mieux qu’ un poème de Charles Baudelaire : 
                 
A une passante 

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté  
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ? 

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !

2 décembre 2009   Commentaires fermés sur Ou comment être bobu(e) …

Gaza, un temps de plomb

         Soixante ans après la création de l’État d’Israël, en décembre 2008, le territoire palestinien de Gaza est sous les bombes de « Plomb durci ».  La couleur du temps me fait relire  Chant de saison de Paul Eluard et Chant d’automne de Charles Baudelaire.  

                  Chant de saison

Aux plateaux cernés de nuages
Comme aux derniers sentiers du jour
Les apparences se dispersent
Mains de peines et mains de joies
Sous l’ancien ciel ce faux bijou
Se ferment pour se réchauffer

Glaciers et brumes redoutables
Miroirs brouillés de l’inhumain
Les yeux qui furent l’équilibre
Regardent à travers leurs larmes
Le soleil vêtu de haillons
Comme un oiseau dans des chardons
……………
Sur la terre désenchantée
Plus rien à vaincre que le temps.
Paul Eluard

                  Chant d’automne

Bientôt 
 nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours. 

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.
(…) Charles Baudelaire

Lire aussi le poète Mahmoud Darwich 

                                                Mars 2009

Coup de coeur pour le livre Les Palestiniens d’Elias Sanbar
La photographie d’une terre et de son peuple de 1839 à nos jours   2004  Editions  Hazan. L’introduction d’Elias Sanbar, Hors du lieu, hors du  temps, est un hommage rendu à sa terre natale, un hommage comme ceux qui vous nouent la gorge et vous font monter les larmes aux yeux.

                 Photos de Gaza, la ville nouvelle p.56  et de Gaza, la vieille ville p.96 faites par Francis Frith en 1857.    A quand  les prochaines photos de paix dans l’Etat palestinien ?

                  » Closed zone «   Le blocus de Gaza par l’armée israélienne en animation  
 

 film  produit par l’ONG israélienne Gisha/   L’animation  est  de Yoni Goodman, directeur de l’animation de  » Valse avec Bachir « . Le personnage du film est  » un peu enfant, un peu adulte, un peu arabe et un peu juif  » explique-t-il dans le making of de Closed zone.                                                              

                        Récits du temps de plomb   par des conscrits israéliens

17 janvier 2009   Commentaires fermés sur Gaza, un temps de plomb