Leçon de beauté et leçon de sagesse

4  janvier 2019

 

                           Il faut ouvrir Les Bucoliques de Virgile (1) 

 

 

…  à la cinquième églogue (2) :

Deux bergers, Ménalque et Mopsus, font paître leurs chevreaux. Tous deux déplorent la mort de Daphnis. Mopsus évoque sa vie terrestre :

« Daphnis n’était plus. Les nymphes pleuraient son cruel destin. (…) Daphnis nous apprit à soumettre les tigres au joug, à former des danses en l’honneur de Bacchus (…) Comme la vigne embellit l’ormeau, le raisin la vigne, les moisson une riche campagne ; ainsi Daphnis, tu fus la gloire des tiens. (…)
Pasteurs, couvrez les fontaines d’ombrages. Daphnis mérite ces honneurs. Construisez-lui un tombeau, et gravez-y ces vers :

 » Je fus Daphnis, habitant des bois, d’où mon nom s’est élevé jusqu’aux cieux : gardien d’un beau troupeau, encore plus beau moi-même. »

 

Et Ménalque l’imagine :

 » Brillant de lumière, Daphnis contemple avec ravissement l’Olympe, son nouveau séjour. (…) Le dieu Pan, les bergers et les jeunes dryades applaudissent à son bonheur. (…) Comme à Bacchus et à Cérès, les laboureurs t’adresseront leurs vœux tous les ans et tu exauceras leurs vœux. (…) »

…Avec Les Bucoliques de Virgile, il nous semble trouver la source de l’inspiration de Nicolas Poussin, pour son tableau :

                                                                     Les Bergers d’Arcadie  (3)

 

La leçon de beauté ne serait-elle pas  la vision d’un grand peintre inspiré par un poème de Virgile ?
Couronnés de lauriers et se croyants immortels, trois bergers et une jeune fille, ont découvert un tombeau près des arbres ; le plus âgé, un genou en terre, approche son visage pour mieux voir, et lire tout haut ce qui est gravé : Et in Arcadia ego, ce qui pour chacun prend peu à peu son sens : Je suis (je vécus) en Arcadie.
Celui qui est debout, la main posée sur le tombeau, comme le plus jeune qui pointe le doigt sur l’ombre de la tête … et regarde la jeune fille songeuse, tous semblent être émus et saisis par l’idée de la  brièveté, de la fragilité de toute vie.
La leçon de sagesse ne serait-elle pas d’entrevoir pour chacun que le meilleur est possible ?

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Et pour nous rapprocher de l’œuvre de Nicolas Poussin et de l’ombre de Virgile, une vidéo surprenante (4)  :

     Et in Arcadia  ego

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1 Virgile (Mantoue – 70  Brindisi -19)

« L’illustre poète latin   introduisit trois genres de poésie empruntés de trois fameux poètes grecs. Supérieur à Hésiode dans le poème géorgique, il cède la palme à Théocrite dans le poème pastoral, et à Homère dans le poème épique. La maturité du goût, un jugement sûr et éclairé le distingue de Théocrite. Dans Virgile la nature est franche et naïve, comme dans l’auteur grec qu’il a pris pour modèle, mais sans jamais avoir de rudesse ou de grossièreté.(…) »
Notice sur Virgile de Th. Cabaret-Dupaty – traducteur des Œuvres complètes de Virgile – 1897 -Hachette.

 2  Petit poème pastoral où l’on met en scène des bergers  (Le grand Robert p.1920).                          3    source Wikiart.
4 Bergers d’Arcadie Nicolas POUSSIN
Scénario et réalisation Pierre Oscar Lévy/Droits photos © RMN René-Gabriel Ojéda.

⇒ Voir le tableau au musée du Louvre (Paris) dans l’aile Richelieu, 2e étage, salle 14 / Huile sur toile, 85 x 121 cm.

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Du masque et de l’apparence …

2 septembre 2018

 

En guise de clin d’œil pour la rentrée du personnel politique et pour la rentrée studieuse  de notre jeunesse, j’ai puisé dans le XVIème siècle de la collection littéraire de Lagarde & Michard – celle dont se gaussaient (1)  « les intellectuels – qui -ont- lu -tous- les- livres »- un extrait réjouissant du Livre III des Essais de  Montaigne (1580) au chapitre X :

 

    « La plupart de nos vacations sont farcesques« Le monde entier joue la comédie »(2).
Il faut jouer dûment notre rôle, mais comme rôle d’un personnage emprunté.
Du masque et de l’apparence il n’en faut pas faire une essence réelle, ni de l’étranger le propre. Nous ne savons pas distinguer la peau de la chemise. C’est assez de s’enfariner le visage, sans s’enfariner la poitrine.
J’en vois qui se transforment et se transsubstantient en autant de nouvelles figures et de nouveaux êtres qu’ils entreprennent de charges, et qui se prélatent jusques au foie et aux intestins, et entreprennent leur office jusques en leur garde-robe*.
Je ne puis leur apprendre à distinguer les bonnetades qui les regardent de celles qui regardent leurs commissions, ou leur suite, ou leur mule. « Ils se livrent à leur fortune au point d’en oublier leur nature »(3).
   Ils enflent et grossissent leur âme et leur discours naturel, selon la hauteur de leur siège magistral. (…) Pour être avocat ou financier, il n’en faut pas méconnaître la fourbe qu’il y a en de telles vacations (…)  »

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Je donne la traduction française des citations latines mais je ne retranscris pas les notes, car pour quelques mots curieux, il suffira de suivre son intuition première…
*  … Juste une citation dans  Littré  pour la garde-robe : 4°.   » ( … ) M. de Richelieu avait pris un lavement ; il demanda ma garde-robe et il y monta en grande hâte, Saint-Simon, 18, 217.
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1 gausser (se)  – 1561
Robert tome III p.1245 :  P. Guiraud suggère un gallo-roman gabiciare, fréquentatif de gabicare (cf. var. se gaucher « se moquer » (…) Littér. Se gausser : se moquer ouvertement (de quelqu’un ou de quelque chose). ⇒ Railler
(…) nous voyons que d’un homme on se gausse,
Quand sa femme chez lui porte le haut-de-chausse.
Molière, les Femmes savantes, V, 3.

2 Pétrone

3 Quinte-Curce
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et … ammoniaque à la station « Hôtel- de-Ville » … pour les J.O 2024 ?

   février 2011- juillet 2017 – 12 juillet 2018

 Extraits de la lettre  que j’ai reçue le 2 juillet 2018 de « La passagère de l’Hôtel -de- Ville » et qui est adressée à Mme Hidalgo, maire de Paris :

« (…) Je voudrais évoquer l’odeur pestilentielle des couloirs de correspondance. Pour emprunter chaque jour celui de la station « Hôtel- de- ville », j’affirme que l’odeur qui y règne vous suffoque instantanément. (…) J’ai vu des personnes se sentir mal jusqu’à l’évanouissement, dans cette puanteur ammoniaquée ambiante.(…)
Je voudrais m’adresser à la maire de Paris et lui demander si elle n’a pas honte que l’Hôtel de Ville de la capitale de la France soit desservi par une station aussi malpropre et insalubre. L’image que cela renvoie aux touristes comme à tous les clients voyageurs réguliers est déplorable. (…)

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Question L’humble serviteur- président Macron qui- nous- aime- avec- des- gants- de -boxe et Mme  Hidalgo maire de Paris-Plage, envisagent-ils d’asphyxier les athlètes olympiques avec  l’air de la station de métro  « Hôtel- de- Ville » – comme ils asphyxient quotidiennement  les Parisiens ?

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28.02.2011

Par ce  maussade après-midi de février, Paris était tout gris, alors du Louvre à l’est parisien, quoi de plus rapide que le métro ?
C’était sans imaginer que l’air me manquerait  sur le quai de la station Hôtel- de- Ville ; et que me viendrait vite à l’esprit le premier mot du roman de Raymond Queneau, Zazie dans le métro :     Doukipudonktan        ?

L’air raréfié à l’odeur âcre d’ammoniaque me faisait tousser ; c’était tellement désagréable, cela sentait tellement l’urine tout le long des murs, que je me suis demandée si monsieur le maire (1), et  mesdames et messieurs les adjoint(e)s, conseillères et conseillers municipaux, prenaient souvent le métro en sortant de la mairie de Paris. Je subodore que non.

Si, pour l’élite parisienne qui a le nez creux, et les fins nez connaisseurs en art contemporain et en Nuit blanche, l’urinoir de Marcel Duchamp (2) est le chef d’œuvre absolu, pour les voyageurs diurnes, ressentir à la station Hôtel -de- Ville des odeurs d’urinoirs est pour le moins peu subtil et peu jubilatoire.

Alors je propose l’autre solution après le balai et  l’eau de javel :  installer tout bonnement des copies du chef d’œuvre industriel du génial Marcel,  tous les  cinquante centimètres, le long des quais. Qui sait ? Les marchands d’art du quartier pourraient en vendre, de temps en temps, un ou deux !  

 

Ou encore pourquoi ne pas renommer  la station « Hôtel- de- VilleMarcel -Duchamp », puisque c’est un nom qui fleure bon le succès commercial (3), pour les affairistes et autres escrocs du  marché de l’art contemporain (4),  jusque de l’autre côté de l’Océan atlantique, et sur toute la planète ?

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1    En 2017,  il faut lire « madame la maire »
2   « Fontaine » de Marcel Duchamp 
3   Comme  les boîtes de soupe à la tomate  de son heureux disciple, Andy Warhol.
4 Cf. par L’ingénue la note  :   Qui veut la peau … du musée des Beaux-Arts de Tours ?    27 juillet 2017
Le bon conseil de L’ingénue :
Lire le livre passionnant écrit par Aude de Kerros, L’imposture de l’art contemporain – Une utopie financière  / Eyrolles 2016.

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Faire la figue

5 mars 2018

La Chauve-souris et les deux belettes     Jean de La Fontaine

Une chauve-souris donna tête baissée,
Dans un nid de belette : et sitôt qu’elle y fut,
L’autre, envers les souris de longtemps courroucée,
Pour la dévorer accourut.

Quoi ? Vous osez, dit-elle, à mes yeux vous produire,
Après que votre race a tâché de me nuire ?
N’êtes-vous pas souris ? Parlez sans fiction.
Oui, vous l’êtes, ou bien je ne suis pas belette.

Pardonnez-moi, dit la pauvrette,
Ce n’est pas ma profession.

Moi, souris ? Des méchants vous ont dit ces nouvelles :
Grâce à l’auteur de l’univers,
Je suis oiseau : voyez mes ailes :
Vive la gent qui fend les airs.
Sa raison plut, et sembla bonne.
Elle fait si bien, qu’on lui donne
Liberté de se retirer.

Deux jours après, notre étourdie
Aveuglément se va fourrer
Chez une autre belette aux oiseaux ennemie.
La voilà derechef en danger de sa vie.
La dame du logis, avec son long museau,
S’en allait la croquer en qualité d’oiseau,
Quand elle protesta qu’on lui faisait outrage.

Moi, pour telle passer ! Vous n’y regardez pas.
Qui fait l’oiseau ? C’est le plumage.
Je suis souris : vive les rats ;
Jupiter confonde les chats.
Par cette adroite répartie
Elle sauva deux fois sa vie.

Plusieurs se sont trouvés qui d’écharpe changeant,
Aux dangers, ainsi qu’elle, ont souvent fait la figue (1).
Le sage dit, selon les gens,
Vive le Roi, vive la Ligue.

Jean de La Fontaine
Livre second   Fable V
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1 Faire la figue à quelqu’un (1210) « se moquer »  Cf. Dictionnaire historique de la langue française Le Robert sous la direction d’Alain Rey Tome 1 –  p. 895.

5 mars 2018
À son tour,  Jean d’Ormesson fit la figue à E. Macron, ministre des Finances guignant (2) la présidence, en le comparant à la chauve-souris de la fable.
En 2018, les plus lucides ont compris qu’avec son « je vous aime farouchement » électoral, le président Macron nous a fait la figue.
Et il continue, car  il a  derrière lui tous les girondins, tout le marais et tous les monarchistes,  grâce à sa devise :
Vive le riche,  vive le pauvre  !

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2 Guigner
– 1640- Guetter avec convoitise
– Le Grand Robert tome III p.1613.
Former quelque dessein sur quelque personne, sur quelque chose.
Guigner une héritière, un héritage.
« Jupin, qui du ciel toujours guigne
Quelque femelle en droite ligne (… ) Scarron – Littré tome III p. 2895.
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Le Guinéen Tierno Monénembo, Grand Prix de la Francophonie 2017

4 décembre 2017

Saluons et félicitons l’écrivain guinéen, Tierno Monénembo,  lauréat du Grand Prix de la Francophonie 2017, décerné par l’Académie française pour son œuvre littéraire et théâtrale.
Il a déjà reçu « le grand prix littéraire d’Afrique noire pour Les écailles du ciel (1986), le prix Tropiques pour L’aîné des orphelins (2000), le prix Renaudot pour Le roi de Kahel (2008), le prix Amadhou Kourouma et le prix du roman métis pour Le terroriste noir (2012) » (1).

Son dernier livre Bled  est paru en 2016 aux éditions du Seuil -(comme les autres)- avec cette présentation de l’éditeur :
« Algérie, années 80. Une jeune fille court éperdument à travers la rocaille, son bébé dans les bras. Seule, sans protection, ses chances de survie sont minces, quand la population mâle à l’unisson se déchaîne contre «la pécheresse». Il n’y a pas longtemps, elle vivait paisiblement avec Papa Hassan et Maman Asma. Tout cela est si loin. Chassée du village de la tribu, Zoubida aura beau déployer une énergie surhumaine pour défendre sa vie et celle de son enfant, elle finira par tomber dans les griffes du terrible Mounir, en un lieu hors du temps qui paraît être tout à la fois prison, harem et lupanar. La violence, ici, est plus archaïque que politique, car elle jaillit des entrailles de la société. Et n’en est que plus inquiétante. Mais, avec l’énergie d’un romancier amoureux de la vie et de tous ses plaisirs, Tierno Monénembo nous offre le plus beau portrait qui soit : celui d’une jeune Algérienne dont l’intelligence et le courage, face à l’obscurantisme, rayonnent comme un soleil. » 

                                         Tierno Monénembo, ici dans le studio de RFI.  RFI/Fanny Renard

 

1  Source :  RFI Les Voix du monde/ Littérature sans frontières / Catherine Fruchon-Toussaint  3 décembre 2017