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Le Tartuffe 1664-1669

                Le Tartuffe    Comédie de Molière   1664-1669              

Ecoutons avec délice comment Dorine (suivante d’Elmire) se rit d’Orgon (mari d’Elmire)

Acte I Scène IV – Orgon, Cléante, Dorine.

(…) Orgon
Tout s’est-il, ces deux jours, passé de bonne sorte ?
Qu’est-ce qu’on fait céans ? comme est-ce qu’on s’y porte ?

Dorine
Madame eut, avant-hier, la fièvre jusqu’au soir,
Avec un mal de tête étrange à concevoir.

Orgon
Et Tartuffe ?

Dorine
Tartuffe ? il se porte à merveille
Gros et gras, le teint frais et la bouche vermeille.

Orgon
Le pauvre homme !

Dorine
Le soir elle eut un grand dégoût
Et ne put au souper toucher à rien du tout,
Tant sa douleur de tête était encor cruelle.

Orgon
Et Tartuffe ?

Dorine
Il soupa, lui tout seul devant elle,
Et fort dévotement il mangea deux perdrix
Avec une moitié de gigot en hachis.

Orgon
Le pauvre homme !

Dorine
La nuit se passa tout entière
Sans qu’elle pût fermer un moment la paupière ;
Des chaleurs l’empêchaient de pouvoir sommeiller,
Et jusqu’au jour près d’elle il nous fallut veiller.

Orgon
Et Tartuffe ?

Dorine
Pressé d’un sommeil agréable,
Il passa dans sa chambre au sortir de la table,
Et dans son lit bien chaud il se mit tout soudain,
Où sans trouble il dormit jusques au lendemain.

Orgon
Le pauvre homme !

Dorine
A la fin, par nos raisons gagnée,
Elle se résolut à souffrir la saignée,
Et le soulagement suivit tout aussitôt.

Orgon
Et Tartuffe ?

Dorine
Il reprit courage comme il faut,
Et, contre tous les maux fortifiant son âme,
Pour réparer le sang qu’avait perdu madame,
But, à son déjeuner, quatre grands coups de vin.

Orgon
Le pauvre homme !

Dorine
Tous deux se portent bien enfin ;
Et je vais à madame annoncer par avance
La part que vous prenez à sa convalescence.

fin de la scène    _______________      

        


Acte III Scène II – Tartuffe, Laurent, Dorine.
(…)
 Tartuffe, il tire un mouchoir de sa poche.
Ah ! mon Dieu, je vous prie,
Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.

Dorine
Comment ?

Tartuffe
Couvrez ce sein que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.

Dorine
Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression !
Certes, je ne sais pas quelle chaleur vous monte,
Mais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte,
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas
Que toute votre peau ne me tenterait pas.

Tartuffe
Mettez dans vos discours un peu de modestie
Ou je vais sur le champ vous quitter la partie

Dorine
Non, non, c’est moi qui vais vous laisser en repos,
Et je n’ai seulement qu’à vous dire deux mots.
Madame va venir dans cette salle basse
Et d’un mot d’entretien vous demande la grâce.

Tartuffe
Hélas ! très volontiers.

Dorine, en soi-même.
Comme il se radoucit !
Ma foi, je suis toujours pour ce que j’en ai dit.

Tartuffe
Viendra-t-elle bientôt ?

Dorine
Je l’entends, ce me semble.
Oui, c’est elle en personne, et je vous laisse ensemble.

fin de la scène    _______________      

  Scène III  – Elmire, Tartuffe

Tartuffe
Que le ciel à jamais, par sa toute bonté,
Et de l’âme et du corps vous donne la santé,
Et bénisse vos jours autant que le désire
Le plus humble de ceux que son amour inspire !

Elmire
Je suis fort obligée à ce souhait pieux ;
Mais prenons une chaise afin d’être un peu mieux.

Tartuffe
Comment de votre mal vous sentez-vous remise ?

Elmire
Fort bien, et cette fièvre a bientôt quitté prise.

Tartuffe
Mes prières n’ont pas le mérite qu’il faut
Pour avoir attiré cette grâce d’en haut,
Mais je n’ai fait au ciel nulle dévote instance
Qui n’ait eu pour objet que votre convalescence.

Elmire
Votre zèle pour moi s’est trop inquiété.

Tartuffe
On ne peut trop chérir votre chère santé,
Et pour la rétablir j’aurais donné la mienne.

Elmire
C’est pousser bien avant la charité chrétienne,
Et je vous dois beaucoup pour toutes ces bontés.

Tartuffe
Je fais bien moins pour vous que vous ne méritez.

Elmire
J’ai voulu vous parler en secret d’une affaire
Et suis bien aise ici qu’aucun ne nous éclaire.

Tartuffe
J’en suis ravi de même, et sans doute il m’est doux,
Madame, de me voir seul à seul avec vous.
C’est une occasion qu’au ciel j’ai demandée,
Sans que jusqu’à cette heure il me l’ait accordée.

Elmire
Pour moi, ce que je veux, c’est un mot d’entretien
Où tout votre coeur s’ouvre et ne me cache rien.

Tartuffe
Et je ne veux aussi, pour grâce singulière,
Que montrer à vos yeux mon âme tout entière,
Et vous faire serment que les bruits que j’ai faits
Des visites qu’ici reçoivent vos attraits
Ne sont pas envers vous l’effet d’aucune haine,
Mais plutôt d’un transport de zèle qui m’entraîne,
Et d’un pur mouvement…

Elmire
Je le prends bien aussi,
Et crois que mon salut vous donne ce souci.

Tartuffe, il lui serre le bout des doigts.
Oui, madame, sans doute, et ma ferveur est telle…

Elmire
Ouf ! vous me serrez trop.

Tartuffe
 C’est par excès de zèle.
De vous faire aucun mal je n’eus jamais dessein,
Et j’aurais bien plutôt…

( il lui met la main sur le genou. )

Elmire
Que fait là votre main ?

Tartuffe
Je tâte votre habit ; l’étoffe en est moelleuse.

Elmire
Ah ! de grâce, laissez ; je suis fort chatouilleuse.

( elle recule sa chaise, et Tartuffe rapproche la sienne. )
Tartuffe
Mon Dieu, que de ce point l’ouvrage est merveilleux !
On travaille aujourd’hui d’un air miraculeux ;
Jamais en toute chose on a vu si bien faire.

Elmire

Il est vrai. Mais parlons un peu de notre affaire.
On tient que mon mari veut dégager sa foi
Et vous donner sa fille : est-il vrai, dites-moi ?

Tartuffe
Il m’en a dit deux mots ; mais, madame, à vrai dire,
Ce n’est pas le bonheur après quoi je soupire,
Et je vois d’autre part les merveilleux attraits
De la félicité qui fait tous mes souhaits.

Elmire
C’est que vous n’aimez rien des choses de la terre.

Tartuffe
Mon sein n’enferme pas un coeur qui soit de pierre.

Elmire
Pour moi, je crois qu’au ciel tendent tous vos soupirs,
Et que rien ici-bas n’arrête vos désirs.

(…) Tartuffe

Ah ! pour être dévot, je n’en suis pas moins homme ;
Et lorsqu’on vient à voir vos célestes appas,
Un coeur se laisse prendre et ne raisonne pas.
Je sais qu’un tel discours de moi paraît étrange
Mais, Madame, après tout, je ne suis pas un ange,
Et si vous condamnez l’aveu que je vous fais,
Vous devez vous en prendre à vos charmants attraits.
(…)
S’il faut que vos bontés veuillent me consoler
Et jusqu’à mon néant daignent se ravaler,
J’aurais toujours pour vous, ô suave merveille,
Une dévotion à nulle autre pareille.
Votre honneur avec moi ne court point de hasard
Et n’a nulle disgrâce à craindre de ma part.
Tous ces galants de cour dont les femmes sont folles,
Sont bruyants dans leurs faits et vains dans leurs paroles ;
De leur progrès sans cesse on les voit se targuer ;
Ils n’ont point de faveurs qu’ils n’aillent divulguer,
Et leur langue indiscrète, en qui l’on se confie,
Déshonore l’autel où leur coeur sacrifie.
Mais les gens comme nous brûlent d’un feu discret,
Avec qui pour toujours on est sûr du secret.
Le soin que nous prenons de notre renommée
Répond de toute chose à la personne aimée,
Et c’est en nous qu’on trouve, acceptant notre coeur,
De l’amour sans scandale et du plaisir sans peur.

Elmire
Je vous écoute dire, et votre rhétorique
En termes assez forts à mon âme s’explique.
N’appréhendez-vous point que je ne sois d’humeur
A dire à mon mari cette galante ardeur,
Et que le prompt avis d’un amour de la sorte
Ne pût bien altérer l’amitié qu’il vous porte ?


…. à suivre…