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Catégorie — La poésie lien fraternel

Cueille le jour … Cueille le fruit de ce jour…

Note mise en avant le dimanche 6 août 2017 pour nous souhaiter aussi ou malgré tout de bonnes vacances !
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4 – 7 janvier  2017 ♦

               Que nous souhaiter d’autre, à l’aube de la nouvelle année 2017, que de vivre avec sagesse et lucidité chaque jour  ?  C’est ce qu’écrivait Horace (1) dans le Livre premier  de ses Odes, dans l’Ode XI  (2).

  À  Leuconoé 

Ne recherche point, toi, – il est sacrilège de la savoir,
– quelle fin, Leuconoé, les dieux ont marquée pour moi, marquée pour toi,
et n’interroge pas les calculs babyloniens.
Comme il vaut mieux subir tout ce qui pourra être !
Que Jupiter t’accorde plus d’un hiver, ou que celui-ci soit le dernier,
qui, maintenant brise la mer tyrrhénienne  contre l’obstacle des falaises rongées,
sois sage, filtre tes vins, et,  puisque nous durons peu, retranche les longs espoirs.
Pendant que nous parlons, voilà que le temps jaloux a fui :
cueille le jour (carpe diem)* sans te fier le moins du monde au lendemain.

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Alors,
pour ce nouvel an 2017 tout neuf, souhaitons-nous de pouvoir

 Cueillir  le jour !

 Cueillir le fruit de chaque jour… et  mûrir !

…………………………..

♦ (note complétée par « Marquis, je m’en souviens, vous veniez chez ma mère » de V. Hugo)

Mûrir   … chaque jour s’écrit notre histoire … et notre Histoire…

C’est ce que répond Victor Hugo -quadragénaire- en 1846, à la lettre que lui a adressée Charles-Louis de Coriolis, marquis d’Espinouse :   » Depuis ces beaux jours de votre adolescence monarchique, qu’avez-vous fait ? où allez-vous ? »
(I-II-III…) IV

 » Écoutez-moi. J’ai vécu ; j’ai songé.
La vie en larmes m’a doucement corrigé. (…)
La pensée est le droit sévère de la vie. (…)
J’ai pensé. J’ai rêvé près des flots, dans les herbes,
Et les premiers courroux de mes odes imberbes
Sont d’eux-mêmes en marchant tombés derrière moi.
La nature devint ma joie et mon effroi ;
Oui, dans le même temps où vous faussiez ma lyre,
Marquis, je m’échappais et j’apprenais à lire
Dans cet hiéroglyphe énorme : l’univers.
Oui, j’allais feuilleter les champs tout grands ouverts.

La nature est un drame avec des personnages ;
J’y vivais ; j’écoutais, comme des témoignages,
L’oiseau, le lis, l’eau vive et la nuit qui tombait.
Puis je me suis penché sur l’homme, autre alphabet.

Le mal m’est apparu, puissant, joyeux, robuste,
Triomphant ; je n’avais qu’une soif : être juste ; (…)
On avait eu bien soin de me cacher l’histoire ;
J’ai lu ; j’ai comparé l’aube avec la nuit noire,
Et les quatrevingt-treize aux Saint-Barthélémy ;
Car ce quatrevingt-treize où vous avez frémi,
Qui dut être, et que rien ne peut plus faire éclore,
C’est la lueur de sang qui se mêle à l’aurore.
Les Révolutions, qui viennent tout venger,
Font un bien éternel dans leur mal passager.
Les Révolutions ne sont que la formule
De l’horreur qui pendant vingt règnes s’accumule.

V
Ce sont les rois qui font les gouffres; mais la main
Qui sema ne veut pas accepter la récolte ;
Le fer dit que le sang qui jaillit se révolte.

Voilà ce m’apprit l’histoire. Oui, c’est cruel,
Ma raison a tué mon royalisme en duel.
Me voici jacobin. Que veut-on que j’y fasse ?
Le revers du louis dont vous aimez la face,
M’a fait peur. En allant librement devant moi,
En marchant, je le sais, j’afflige votre foi,
Votre religion, votre cause éternelle,
Vos dogmes, vos aïeux, vos dieux, votre flanelle,
Et dans vos bons vieux os, faits d’immobilité,
Le rhumatisme antique appelé royauté.
Je n’y peux rien. Malgré menins et majordomes
Je ne crois plus aux rois propriétaires d’hommes ;
N’y croyant plus, je fais mon devoir, je le dis.
Marc-Aurèle écrivait : « Je me trompai jadis ;
 » Mais je ne laisse pas, allant au juste, au sage,
 » Mes erreurs d’autrefois me barrer le passage. »
Je ne suis qu’un atome, et je fais comme lui ;
Marquis, depuis vingt ans, je n’ai, comme aujourd’hui,
Qu’une idée en l’esprit : servir la cause humaine ».
(…)
——-
Clin d’œil  /  À apprendre par cœur ...  si l’on veut répondre au chœur des adorateurs de Marie-Antoinette, de Louis XVI et de ses petits frères et premiers émigrés, le comte de Provence,  Louis XVIII et le comte d’Artois, Charles X,  qui appelèrent ensemble l’armée autrichienne contre le peuple français !

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Et Victor Hugo -sexagénaire- en 1864, nous invite encore dans Utilité du Beau  à cueillir le Beau car « le Beau entre dans nos yeux rayon et sort larme… c’est une victoire pour l’intelligence que de comprendre cela ».

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Œuvres complètes de V. Hugo – sous la direction de J. Massin-  Club français du livre : Tome IX et Tome XII.
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1 Source : HORACE Satires, Odes et Épodes, Épîtres
Texte établi et traduit par François Villeneuve, Professeur à l’Université de Montpellier. Le club français du livre 1969. Coll. Les Portiques.
*« carpe diem  : carpe  élément formateur emprunté au grec karpos  « fruit » dit des fruits de la terre, céréales, récoltes, mais également de raisins, olives, et employé au sens figuré de « profit, avantage ». Ce mot est à rapprocher du latin carpere  « cueillir« .  » Source Le Robert Dictionnaire historique de la langue française  p.392

♥ Introduction / la vie et l’œuvre d’Horace /p.155-156
« Horace (Horatius Flaccus), né en décembre de l’année 65 avant J.-C. (689 de la fondation de Rome), était le fils d’un ancien esclave public de Venouse, colonie romaine, ville de l’Italie méridionale, sur les confins de l’Apulie et de la Lucanie (d’où le nom d’Horatius qu’il prit quand l’affranchissement fit de lui un citoyen : les habitants de Venouse appartenaient à la tribu Horatia). (…)  Le poète, loin d’avoir jamais rougi de cette origine, se fût même jugé ingrat en se proclamant fils de ses œuvres : n’atteste-t-il point qu’il dut à son père une solide formation morale et les moyens de recevoir la même instruction que les enfants des plus nobles familles ?« 

2 Voir aussi le poème en latin dans Œuvres d’Horace traduites par MM. Campenon de l’Académie française et Desprès, conseiller honoraire de l’Université.   Chez L. de Bure Librairie Rue Guénégaud 27 Paris 1821.

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♦ En mémoire des victimes  de CHARLIE HEBDO  que les frères Kouachi ont massacrées à Paris,  le 7 janvier 2015,  « pour venger le prophète », sur ordre du groupe État islamique.
Cf. par L’ingénue  la note des 7- 9- 12- 13 et  17  janvier  2015 / ajout du 9 janvier 2017 :
    Contre la terreur islamique, le peuple français est entré en Résistance ♦

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4 janvier 2017   Commentaires fermés sur Cueille le jour … Cueille le fruit de ce jour…

LÆTITIA RERUM

 LÆTITIA  RERUM  ou  « La joie qu’il y a dans les choses »

Mais aussi la joie dans la beauté d’une Polonaise de Chopin ou d’un tableau de Véronèse … dans l’amour vrai … dans notre idéal humaniste et fraternel … dans la certitude qu’il sera le plus fort … Souhaitons-nous une bonne année 2016, lucide, forte, courageuse, qui éclairera le futur proche !

Tout est pris d’un frisson subit.
L’hiver s’enfuit et se dérobe.
L’année ôte son vieil habit ;
La terre met sa belle robe.

Tout est nouveau, tout est debout ;
L’adolescence est dans les plaines ;
La beauté du diable, partout,
Rayonne et se mire aux fontaines.

L’arbre est coquet ; parmi les fleurs
C’est à qui sera la plus belle ;
Toutes étalent leurs couleurs,
Et les plus laides ont du zèle.

Le bouquet jaillit du rocher ;
L’air baise les feuilles légères ;
Juin rit de voir s’endimancher
Le petit peuple des fougères.

C’est une fête en vérité ;
Fête où vient le chardon, ce rustre ;
Dans le grand palais de l’été
Les astres allument le lustre.

On fait les foins. Bientôt les blés,
Le faucheur dort sous la cépée* ;
Et tous les souffles sont mêlés
D’une senteur d’herbe coupée.

(…)

On voit rôder l’abeille à jeun,
La guêpe court, le frelon guette ;
À tous ces buveurs de parfum
Le printemps ouvre sa guinguette.

Le bourdon, aux excès enclin,
Entre en chiffonnant sa chemise ;
Un œillet est un verre plein,
Un lys est une nappe mise.

La mouche boit le vermillon
Et l’or dans les fleurs demi-closes,
Et l’ivrogne est le papillon,
Et les cabarets sont les roses.

De joie et d’extase on s’emplit,
L’ivresse, c’est la délivrance ;
Sur aucune fleur on ne lit :
Société de tempérance.

Le faste providentiel
Partout brille, éclate et s’épanche,
Et l’unique livre, le ciel,
Est par l’aube doré sur tranche.

Enfants, dans vos yeux éclatants
Je crois voir l’empyrée** éclore ;
Vous riez comme le printemps
Et vous pleurez comme l’aurore.

 Victor Hugo      L’Art d’être grand-père   VIII     18 juillet  1859
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*  cépée : Terme de chasse. Bois d’un an ou deux. Touffe de bois sortant d’une même souche. (Littré)

** empyrée : de l’adj. lat. ecclés. empyrius, grec empur(i)os « en feu, de feu ». (mythologie grecque) la plus élevée des quatre sphères célestes, qui contenait les feux éternels, c’est-à-dire les astres, et qui était le séjour des dieux.  (Robert)

♥    Écoutons  alors ce poème mis en musique pour  le roi soleil  en sa cour de Versailles :

Ombre de mon amant  1689   Michel Lambert (1610-1696)

Ombre de mon amant, ombre toujours plaintive,
Hélas! Que voulez-vous ? Je meurs.
Soyez un moment attentive
Au funeste récit de mes vives douleurs.
C’est sur cette fatale rive
Que j’ai vu votre sang couler avec mes pleurs.
Rien ne peut arrêter mon âme fugitive,
Je cède à mes cruels malheurs.
Ombre de mon amant, ombre toujours plaintive,
Hélas! Que voulez-vous ? Je meurs.

Hasnaa Bennani (soprano),
Ensemble Stravaganza – Domitille Gilon & Thomas Soltani, dir. 
New album ‘muso’ – Ariane & Orphée, French Baroque Cantatas – October 2015

1er janvier 2016
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28 mars / 8 avril 2016   

L
a  musique, lien fraternel … universel …

Laissons-nous inviter aussi  par  le Festival d’Ambronay le 25 septembre 2015 *  et le Concert Étranger (direction Itay Jedlin)  pour la Passion selon St Marc de Bach, où l’on retrouve Hasnaa Bennani parmi d’autres merveilleux talents !

__________

*  Festival d’Ambronay  25 septembre 2015

La rediffusion du concert assurée par France Télévisions jusqu’au 2 octobre 2016 est  précédée … souvent… de trois publicités criardes.

        AMBRONAY ________________________

1 janvier 2016   Commentaires fermés sur LÆTITIA RERUM

Il y a 130 ans, le 19 mai 1885, Victor Hugo écrivait la dernière ligne

Le mardi 19 mai 1885, Victor Hugo quoique très affaibli depuis quelques jours, par une congestion pulmonaire, eut encore la force  d’écrire  une dernière ligne : « Aimer, c’est agir. »*
Et nous avons à la toute fin de sa vie, comme témoignage de l’affection qu’il portait à ses petits-enfants, alors adolescents, Georges (17 ans) et Jeanne (16 ans), le récit émouvant de Georges. **  :
« – Mes enfants, mes bien-aimés ! Il sortit de sous le drap sa main déjà toute maigre ; son vieil anneau d’or brillait à son doigt sur sa peau mate. Il nous fit un signe imperceptible, et quand nous fûmes agenouillés : – Tout près de moi… plus près encore… Il nous baisa d’un lent baiser avec des larmes aux lèvres.
Ses yeux nous riaient sous son beau front tranquille.
Le grand soleil de mai entrait par la fenêtre ouverte : il se blottit dans ses couvertures comme s’il eût eu très froid. Sa voix devint plus câline que jamais, et plus tendre.

– Soyez heureux… pensez à moi… aimez-moi… Ses yeux souriaient toujours. Encore une faible étreinte de ses mains lisses qui tremblent, un baiser de sa bouche brûlante.
– Mes chers petits ! Et le dernier regard de Papapa fut sa dernière bonté.  »
——————-

Victor Hugo mourut le vendredi 22 mai 1885.  Ses funérailles nationales eurent lieu pendant deux jours :
Le 31 mai, tout un peuple défila et veilla devant le catafalque dressé sous l’Arc de triomphe et le cercueil, « surélevé de douze marches (…). À la base un grand médaillon de la République »…
et le 1er juin 1885, le cortège  suivant « le corbillard des pauvres, le corbillard demandé par le poète dans son testament … avec  pour tout ornement, deux petites couronnes de roses blanches apportées par Georges et Jeanne« , rejoignit le Panthéon en passant par les Champs-Élysées, les boulevards St-Germain et St-Michel et la rue Soufflot.  ***

  Autin, Capelle. Victor Hugo et son petit-fils Georges Hugo, dernière photographie prise en 1885. Paris, Maison de Victor Hugo.  Victor Hugo et son petit-fils Georges Hugo, dernière photographie prise en 1885. Autin,Capelle. Paris, Maison de Victor Hugo.

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*  p. 1079 Tome XV-XVI/2  1870-1885 /Victor Hugo Œuvres complètes Édition chronologique publiée sous la direction de Jean Massin
**  p. 939 id. Georges Hugo Mon grand-père / « Nous l’appelions Papapa… La légende veut, – il nous entourait de légendes !-  qu’un matin d’autrefois à Hauteville-House (…) petit Georges entrât et dit : – Bonjour, Papapa !… » 
Florence janvier 1902
*** pp. 953-960 ib.
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Ouvrons L’Art d’être grand-père  (première édition 1877)
Dans la tourmente de l’exil à Guernesey  Jeanne fait son entrée Hauteville-House,
5 juillet 1870  
(Bibliothèque nationale de France /édition numérique)
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Quinze ans plus tôt, le 5 septembre 1870 -(la République avait été proclamée le 4 septembre et les Prussiens victorieux marchaient sur Paris)- Victor Hugo -(exilé depuis dix-neuf ans)- arrivait à Paris par le train de Bruxelles à dix heures du soir. Il s’adressa ainsi à la foule qui l’attendait à la gare du Nord :

“ Les paroles me manquent pour dire à quel point m’émeut l’inexprimable accueil que me fait le généreux peuple de Paris.
Citoyens, j’avais dit : le jour où la République rentrera, je rentrerai. Me voici.
Deux grandes choses m’appellent. La  première, la République. La seconde, le danger.
Je viens ici faire mon devoir.
Quel est mon devoir ?
C’est le vôtre, c’est celui de tous.
Défendre Paris, garder Paris.
Sauver Paris, c’est plus que sauver la France, c’est sauver le monde.
Paris est le centre même de l’humanité. Paris est la ville sacrée.
Qui attaque Paris attaque en masse tout le genre humain.
Paris est la capitale de la civilisation qui n’est ni un royaume, ni un empire, et qui est le genre humain tout entier dans son passé et dans son avenir. Et savez-vous pourquoi Paris est la ville de la civilisation ?
C’est parce que Paris est la ville de la révolution.
Qu’une telle ville, qu’un tel foyer de lumière, qu’un tel centre des esprits, des cœurs et des âmes, qu’un tel cerveau de la pensée universelle puisse être violé, brisé, pris d’assaut, par qui ? par une invasion sauvage ? cela ne se peut. Cela ne sera pas. Jamais, jamais, jamais !
Citoyens, Paris triomphera parce qu’il représente l’idée humaine et parce qu’il représente l’instinct populaire.
L’instinct du peuple est toujours d’accord avec l’idéal de la civilisation.
Paris triomphera, mais à une seule condition, c’est que vous, moi, nous tous qui sommes ici, nous ne serons qu’une seule âme ; c’est que nous ne serons qu’un seul soldat et un seul citoyen, un seul citoyen pour aimer Paris, un seul soldat pour le défendre.
À cette condition, d’une part la République une, d’autre part le peuple unanime, Paris triomphera.
Quant à moi, je vous remercie de vos acclamations, mais je les rapporte toutes à cette grande angoisse qui remue toutes les entrailles, la patrie en danger.
Je ne vous demande qu’une chose, l’union !
Par l’union, vous vaincrez.
Étouffez toutes les haines, éloignez tous les ressentiments, soyez unis, vous serez invincibles.
Serrons-nous tous autour de la République en face de l’invasion, et soyons frères. Nous vaincrons.
C’est par la fraternité qu’on sauve la liberté.

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19 mai 2015   Commentaires fermés sur Il y a 130 ans, le 19 mai 1885, Victor Hugo écrivait la dernière ligne

Le Ravin des Mûres

Vie et mort de notre grand-père et arrière-grand-père

Émile VINCENT
(Rouen 1874  – Tahure 1915)

 

En cette année 2014 du centenaire du déclenchement de la terrible Première guerre mondiale, qui s’est déroulée principalement sur le sol de France, en mémoire des millions de jeunes Français mobilisés en août 1914, Bernard Henri Pacory  a enrichi son récit (publié sur ce site en 2009) de documents et de photographies,  parmi lesquels les photos prises en Champagne par Jean-François Pacory, l’arrière petit-fils d’Émile Vincent.
Qu’ils en soient sincèrement remerciés.

Le Ravin des Mûres est maintenant en ligne sur le site de son auteur. 

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Après ce long siècle de silence officiel sur ces millions de vies sacrifiées, il est bon de commencer à parler vrai pour leur rendre justice et enraciner notre fraternelle mémoire.

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                      En mémoire

  Ma première note d’octobre 2007,  Un goût d’amertume  avait été simplement un cri du cœur, tant le courage des Résistantes et des Résistants face à l’occupant nazi pendant la seconde guerre mondiale m’inspire d’admiration et de reconnaissance ; tout comme l’évocation de la mort foudroyante de nos si jeunes et si beaux grands-pères pendant la terrible «grande» guerre, me bouleverse toujours…comme elle bouleverse Léopold Sédar Senghor, dans son émouvant poème :

Aux Tirailleurs sénégalais morts pour la France

Voici le soleil
Qui fait tendre la poitrine des vierges
Qui fait sourire sur les bancs verts les vieillards
Qui réveillerait les morts sous une terre maternelle.
J’entends le bruit des canons – est-ce d’Irun ?
On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu.
On promet cinq cent mille de vos enfants à la gloire
des futurs morts, on les remercie d’avance futurs
morts obscurs
Die Schwarze schande !

Écoutez-moi, Tirailleurs sénégalais, dans la solitude de
la terre noire et de la mort
Dans votre solitude sans yeux sans oreilles, plus que
dans ma peau sombre au fond de la Province
Sans même la chaleur de vos camarades couchés tout
contre vous, comme jadis dans la tranchée jadis
dans les palabres du village
Écoutez-moi, Tirailleurs à la peau noire, bien que sans
oreilles et sans yeux dans votre triple enceinte de nuit.

Nous n’avons pas loué de pleureuses, pas même les
larmes de vos femmes anciennes
– Elles ne se rappellent que vos grands coups de
colère, préférant l’ardeur des vivants.
Les plaintes des pleureuses trop claires
Trop vite asséchées les joues de vos femmes, comme
en saison sèche les torrents du Fouta
Les larmes les plus chaudes trop claires et trop vite
bues au coin des lèvres oublieuses.

Nous vous apportons, écoutez-nous, nous qui épelions
vos noms dans les mois que vous mouriez
Nous, dans ces jours de peur sans mémoire, vous appor-
tons l’amitié de vos camarades d’âge.
Ah ! puissé-je un jour d’une voix couleur de braise,
puissé-je chanter
L’amitié des camarades fervente comme des entrailles
et délicate, forte comme des tendons.
Ecoutez-nous. Morts étendus dans l’eau au profond des
plaines du Nord et de l’Est.
Recevez ce sol rouge, sous le soleil d’été ce sol rougi
du sang des blanches hosties
Recevez le salut de vos camarades noirs, Tirailleurs sénégalais
MORTS POUR LA REPUBLIQUE !

 Léopold Sédar SENGHOR    Tours, 1938

Élu à l’Académie française en 1983

Grand-croix de la Légion d’honneur / Grand-croix de l’ordre national du Mérite / Commandeur des Arts et des Lettres /
Commandeur des Palmes académiques / Grand-croix de l’ordre du Lion du Sénégal /
Président du Sénégal / 
Poète
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Cf. la note du 31 décembre 2012  dans laquelle j’imaginais que la République française rendrait en 2013, un bel hommage à Léopold Sédar Senghor, lui qui a tant aimé et tant magnifié la langue française ; qu’elle honorerait le grand maître , en commémorant à la fois,  le cinquantième anniversaire de son Prix de la langue française (1963) et le trentième anniversaire de son entrée à l’Académie française (1983) …
… Mais, dictée par Terra Nova et par  l’ éminence grise P. Bergé,  la grande affaire du gouvernement PS  fut de déclarer 2013  « année gaie », année dédiée au seul mariage des homosexuels… 

♠  On a cependant assisté, lors du sommet de la Francophonie à Dakar, le 29 novembre 2014, au remord tardif de  M. Hollande qui s’est incliné devant la tombe du poète qui en fut aussi  l’un des pionniers.
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11 novembre 2014   Commentaires fermés sur Le Ravin des Mûres

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo        4 octobre 1847
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Les Contemplations  par VICTOR  HUGO    Tome II    Livre quatrième    XIV      Aujourd’hui
1843-1856    Deuxième édition Paris, 1856.  Leipzig, chez Wolfgang Gerhard. –  Impr. Schnauss

Manuscrit  et livre numérisés  par la BNF.  gallica.bnf.fr  (Bibliothèque nationale de France )
— Référence maunscrit : BNF, Manuscrits, NAF 13363, fol. 265. (Domaine public)
_________________________

23 octobre 2014   Commentaires fermés sur Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Montboissier, juillet 1817

Livre troisième – chapitre 1 –  des  Mémoires d’Outre-Tombe * de  Chateaubriand

  « Depuis la dernière date de ces Mémoires, Vallée-aux-Loups, janvier 1814, jusqu’à la date d’aujourd’hui, Montboissier, juillet 1817, trois ans et six mois sont passés. Avez-vous entendu tomber l’Empire ? Non : rien n’a troublé le repos de ces lieux. L’Empire s’est abîmé pourtant ; l’immense ruine s’est écroulée dans ma vie, comme ces débris romains renversés dans le cours d’un ruisseau ignoré. Mais à qui ne les compte pas, peu importent les événements : quelques années échappées des mains de l’Éternel feront justice de tous ces bruits par un silence sans fin.
(…) J’ai vu de près les rois, et mes illusions politiques se sont évanouies, comme ces chimères plus douces dont je continue le récit (1). Disons d’abord ce qui me fait reprendre la plume : le cœur humain est le jouet de tout, et l’on ne saurait prévoir quelle circonstance frivole cause ses joies et ses douleurs. Montaigne l’a remarqué : « Il ne faut point de cause, dit-il, pour agiter notre âme : une resverie sans cause et sans subject la régente et l’agite. (2) »
Je suis maintenant à Montboissier, sur les confins de la Beauce et du Perche. Le château (3) de cette terre, appartenant à madame la comtesse de Colbert-Montboissier, a été vendu et démoli pendant la Révolution ; il ne reste que deux pavillons, séparés par une grille et formant autrefois le logement du concierge. Le parc, maintenant à l’anglaise, conserve des traces de son ancienne régularité française : des allées droites, des taillis encadrés par des charmilles, lui donnent un air sérieux ; il plaît comme une ruine.
Hier au soir je me promenais seul ; le ciel ressemblait à un ciel d’automne ; un vent froid soufflait par intervalles. À la percée d’un fourré, je m’arrêtai pour regarder le soleil : il s’enfonçait dans des nuages au-dessus de la tour d’Alluye (4), d’où Gabrielle, habitante de cette tour, avait vu comme moi le soleil se coucher il y a deux cents ans. Que sont devenus Henri et Gabrielle ? Ce que je serai devenu quand ces Mémoires seront publiés.
Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d’une grive perchée sur la plus haute branche d’un bouleau. À l’instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel ; j’oubliais les catastrophes dont je venais d’être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j’entendis si souvent siffler la grive. Quand je l’écoutais alors, j’étais triste de même qu’aujourd’hui ; mais cette première tristesse était celle qui naît d’un désir vague de bonheur, lorsqu’on est sans expérience ; la tristesse que j’éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l’oiseau dans les bois de Combourg m’entretenait d’une félicité que je croyais atteindre ; le même chant dans le parc de Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité insaisissable. Je n’ai plus rien à apprendre, j’ai marché plus vite qu’un autre, et j’ai fait le tour de la vie. Les heures fuient et m’entraînent ; je n’ai pas même la certitude de pouvoir achever ces Mémoires. Dans combien de lieux ai-je déjà commencé à les écrire, et dans quel lieu les finirai-je ?  Combien de temps me promènerai-je au bord des bois ?  Mettons à profit le peu d’instants qui me restent ; hâtons-nous de peindre ma jeunesse alors que j’y touche encore** : le navigateur, abandonnant pour jamais un rivage enchanté, écrit son journal à la vue de la terre qui s’éloigne et qui va bientôt disparaître. »
  __________________

* GF Flammarion  ♦ Chronologie, présentation, notes, dossier et bibliographie  par Nicolas Perot
** Chateaubriand a 49 ans ; il est né le 4 septembre 1768 à Saint- Malo.

Notes
1)  Pendant toute la Restauration, Chateaubriand ambitionnera de jouer un rôle politique majeur. Première déconvenue : La Monarchie selon la Charte est saisie par la police et Chateaubriand est rayé de la listes des ministres d’État.
2)  Essais, III, 4.
3)  Les restes de ce château reconstruit en 1772 et détruit en 1795, sont encore dans l’état que décrit Châteaubriand. On les aperçoit depuis la nationale 20 entre Chartres et Bonneval. En 1805, Édouard de Colbert, héritier des Montboissier par sa femme, racheta la terre. Mme de Colbert-Montboissier était petite-fille de Malesherbes et, à ce titre, cousine par alliance de Chateaubriand. Chateaubriand et sa femme séjournèrent à Montboissier du 3 juillet au 2 août 1817.
4)  Alluyes, à trois kilomètres de Montboissier, sur le Loir, possède une imposante tour médiévale de 30 mètres de haut. La marquise d’Alluyes était la tante de Gabrielle d’Estrées, maîtresse d’ Henri IV.
♦____________

 

19 juin 2014   Commentaires fermés sur Montboissier, juillet 1817

« C’est du dernier bourgeois ! »


Du temps de Molière
, les Précieuses ridicules (scène IV), en disant : c’est « du dernier bourgeois » nommaient le dernier degré de la vulgarité ; cela correspond bien au répertoire de M. Élie Yaffa, alias Booba,  «rappeur-en- bouillie -de -mots»,  frais médaillé de la Monnaie de Paris – chanteur préféré de Mme Aurélie Filipetti, ministre de la culture et de la communication.

Et des bourgeois aimant la vulgarité, il n’en manque pas dans le petit peuple de la culture et des médias !
De Laurent Ruquier qui l’invita  sur un plateau de France 2, aux membres du Conseil culturel  de la Monnaie de Paris, l’homme  a conquis la bourgeoisie ridicule,  la «bobofitude» toujours médusée par la grosseur d’un portefeuille.

Mme Véronique Cayla ,  Présidente de la chaîne de télévision franco-allemande Arte, siège dans ce Conseil culturel. On  savait déjà depuis Le mauvais goût du «Arte WebSlam» ,  combien la chaîne -par opportunisme- était perméable à la vulgarité des textes.
Pour la musique,  elle a pu compter sur son collègue, M. Jean-François Dubos,  Président du Directoire de Vivendi et administrateur de Canal Plus,  et néanmoins ami de Mozart, de la musique baroque et du  festival d’Art lyrique d’Aix-en-Provence. L’amateur éclairé a vite perçu tout l’intérêt qu’il aurait à flatter un tel génie de «l’art rappique» pour l’inscrire  dans son catalogue universal.

Suivant leur conseil  avisé, la Monnaie de Paris a donc enrichi son  « programme culturel »  de la vente de médailles de l’encapuchonné, aux  bourgeois parisiens de la Nuit blanche 2012.
Puis, considérant qu’elle devait en faire plus pour, selon sa devise, « frapper les esprits  (sic) »,  elle a frappé très fort avec une médaille réalisée par Mohamed Bourouissa, portant l’effigie  de l’idole de Mme Filipetti et elle la vend au même prix que le Coffret du 70 ème anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940.
Ainsi, pour M. Christophe Beaux, PDG de la Monnaie de Paris,  c’est vraiment « du dernier bourgeois » que de donner autant de valeur à des criailleries immatures  qu’à un appel à la Résistance  des Français contre les nazis.

Quand on entend  M. Élie Yaffa alias Booba nous seriner à l’oreille  « Quinze dans le chargeur / six dans le barillet », dans Tombé pour elle , on devine que l’homme aime surtout la musique des armes à feu ; à  tel point que le favori de la ministre les fait figurer dans ses armoiries. 

En guise de conclusion navrée, l’ambition culturelle du quinquennat de M. Hollande sera-t-elle de gaver la jeunesse de la culture vulgaire des ignorants de la langue française et autres haineux violents ?  … juste pour faire plaisir aux bourgeois de Paris ?

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Mais parce que la poésie est lien fraternel – parce que le père d’ Élie Yaffa est un Sénégalais et sa mère une Française parce que le «rappeur» encore jeune pourrait comprendre tout ce que l’on peut exprimer  de subtil, de bon, de fort et de généreux avec la langue française – lisons ensemble ce poème du beaucoup plus grand que luiLéopold Sédar Senghor :

     Femmes de France à Mademoiselle Jacqueline Cahour

Femmes de France, et vous filles de France

Laissez-moi vous chanter ! Que pour vous soient les
       notes claires du sorong*.

Acceptez-les bien que le rythme en soit barbare, les
accords dissonants
Comme le lait et le pain bis du paysan, purs dans ses
         mains si gauches et calleuses !
Ô vous, beaux arbres debout sous la canonnade
         et les bombes
Seuls bras aux jours d’accablement, aux jours de désespoir
          panique
Vous fières tours et fiers clochers sous l’arrogance du soleil de Juin
Vous clair écho au cri du Coq gaulois !
Vos lettres ont bercé leurs nuits de prisonniers de mots
      diaphanes et soyeux comme des ailes
De mots doux comme un sein de femme, chantants
       comme un soleil d’avril.
Petites bourgeoises et paysannes, pour eux seuls vous
       ne fûtes pas avares
Et leurs fronts durs pour vous seules s’ouvraient, et
      leurs mots simples pour vous seules
Étaient clairs comme leurs yeux noirs et la transparence
      de l’eau.
Seules vous entendiez ce battement de cœur semblable
     à un tam-tam lointain
Et il faut coller son oreille à terre et descendre de son
      cheval.

Pour eux vous fûtes mères, pour eux vous fûtes sœurs.
Flammes de France et fleurs  de France, soyez bénies !

(extrait du recueil Hosties noires 1948 / Œuvre poétique/ Gallimard)
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* mot employé chez les Peuls du Fouta Dyallong pour désigner une sorte de kôra

Léopold Sédar SENGHOR  de l’Académie française
Grand-croix de la Légion d’honneur / Grand-croix de l’ordre national du Mérite / Commandeur des Arts et des Lettres
Commandeur des Palmes académiques / Grand-croix de l’ordre du Lion du Sénégal 
Chef d’État
Poète

NB   Pour commémorer en 2013, le cinquantième anniversaire de son Prix de la langue française (1963) et le trentième anniversaire de son entrée à l’Académie française (1983), il reste au Conseil culturel à convaincre M. Beaux PDG de la Monnaie de Paris, de rendre un bel hommage à Léopold Sédar Senghor, celui qui a tant aimé et tant magnifié la langue française – après le médiocre, honorer le grand maître.

31 décembre 2012   Commentaires fermés sur « C’est du dernier bourgeois ! »

Pour encourager nos futur(e)s bachelier(ière)s

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… ou les conseils de Claude Lévi-Strauss pour réussir votre dissertation

   Toutes celles et  tous ceux qui, dans leur bel âge, sont engagé(e)s dans  cette  précieuse initiation à la pensée philosophique  dispensée uniquement dans la classe terminale de l’enseignement secondaire, feront leur miel de ce que Claude Lévi-Strauss,  à l’esprit aussi aiguisé que le verbe, narra dans  la deuxième partie (Feuilles de route) de son livre Tristes tropiques  avec une belle franchise, une modestie déconcertante, une lucidité exemplaire, sur sa formation universitaire de professeur de philosophie… et sur ce qui s’ensuivit.

p. 52 « Je préparais l’agrégation de philosophie vers quoi m’avait poussé moins une vocation véritable que la répugnance éprouvée au contact des autres études dont j’avais tâté jusque- là. (…)
Là, j’ai commencé à apprendre que tout problème, grave ou futile, peut être liquidé par l’application d’une méthode, toujours identique, qui consiste à opposer deux vues traditionnelles de la question ; à introduire la première par les justifications du sens commun, puis à les détruire au moyen de la seconde ; enfin à les renvoyer dos à dos grâce à une troisième qui révèle le caractère également partiel des deux autres, ramenées par des artifices de vocabulaire aux aspects complémentaires d’une même réalité : forme et fond, contenant et contenu, être et paraître, continu et discontinu, essence et existence, etc. Ces exercices deviennent vite verbaux, fondés sur un art du calembour qui prend la place de la réflexion ; les assonances entre les termes, les homophonies et les ambiguïtés fournissant progressivement la matière de ces coups de théâtre spéculatifs à l’ingéniosité desquels se reconnaissent les bons travaux philosophiques.» (…)

comment aborder sereinement le concours d’agrégation… et le métier de professeur de philosophie 

p.54 « D’habitude, le concours d’agrégation est considéré comme une épreuve inhumaine au terme de laquelle, pour peu qu’on le veuille, on gagne définitivement le repos. Pour moi, c’était le contraire. Reçu à mon premier concours, cadet de ma promotion, j’avais sans fatigue remporté ce rallye à travers les doctrines, les théories et les hypothèses. Mais c’est ensuite que mon supplice allait commencer [ après avoir passé au lycée de Mont-de-Marsan une année heureuse à élaborer mon cours en même temps que j’enseignais, je découvris avec horreur dès la rentrée suivante, à Laon où j’avais été nommé, que tout le reste de ma vie consisterait à le répéter. Or,  mon esprit présente cette particularité, qui est sans doute une infirmité, qu’il m’est difficile de le fixer deux fois sur le même objet.] (…)»

puis le métier d’ethnographe

p.55 « Aujourd’hui, je me demande parfois si l’ethnographie ne m’a pas appelé, sans que je m’en doute, en raison d’une affinité de structure entre les civilisations qu’elle étudie et celle de ma propre pensée. les aptitudes me manquent pour garder sagement en culture un domaine dont, année après année, je recueillerais les moissons : j’ai l’intelligence néolithique. Pareille aux feux de brousse indigènes, elle embrase des sols parfois inexplorés ; elle les féconde peut-être pour en tirer hâtivement quelques récoltes, et laisse derrière elle un territoire dévasté. »

             Loin des sophistes, des bavards et des arrogants, Claude Lévi-Strauss savait parler vrai, y compris sur lui-même.
Quel bel exemple pour encourager toutes les jeunes et fertiles intelligences !

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* Tristes tropiques (écrit en quatre mois en 1954) [VI.- Comment on devient ethnographe]   Plon 1955 réédition 2010 Terre Humaine / Poche (fondée et dirigée par Jean Malaurie)

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                               Appendice poétique  …  pour  étude de style    

Au chapitre VII Le Coucher de soleil  (Feuilles de route), vous trouverez huit pages écrites en italique et en bateau   – ébauche d’un premier roman qu’il n’écrira pas – et dont voici un extrait p. 73 : «… le ciel passe du rose au vert, mais c’est parce que je n’ai pas pris garde que certains nuages sont devenus rouge vif, et font ainsi par contraste, paraître vert un ciel qui était bien rose, mais d’une nuance si pâle qu’elle ne peut plus lutter avec la valeur suraiguë de la nouvelle teinte que pourtant  je n’avais pas remarquée, le passage du doré au rouge s’accompagnant d’une surprise moindre que celui du rose au vert… »

Et vu par Charles Baudelaire   Le Coucher du soleil romantique  (Les Fleurs du mal Les Épaves 1866 nrf Poésie/Gallimard )

Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,
Comme une explosion nous lançant son bonjour !
– Bienheureux celui-là qui peut avec amour
Saluer son coucher plus glorieux qu’un rêve !

Je me souviens !… J’ai vu tout, fleur, source, sillon,
Se pâmer sous son œil comme un cœur qui palpite…
– Courons vers l’horizon, il est tard, courons vite,
Pour attraper au moins un oblique rayon !

Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;
L’irrésistible Nuit établit son empire,
Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;

Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,
Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,
Des crapauds imprévus et de froids limaçons.

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28 mai 2012   Commentaires fermés sur Pour encourager nos futur(e)s bachelier(ière)s

Sur les murs, la délinquance et l’ignorance

           Note  complétée  le  14  juillet  2012                 

               Sur les murs des  villes et des gares, sur les murs des villages et des plages, sur les murs des écoles publiques, de la Sécurité sociale et des Allocations familiales, sur les murs en granite et les murs en tuffeau, sur les  murs en briques et les murs en ciment, sur les murs vénérables, sur les murs à pans de bois et sur les murs décrépis, sur les murs tout neufs ou repeints de la veille … 

           … les vandales illettrés reproduisent sans fin leurs signatures d’ignorants et leurs barbouillages de barbares. 

  Leurs seuls mots  lisibles  tracés façon nouilles ou boyaux  sont les obscénités de leurs 500 mots de  vocabulaire. Leurs doigts sur le poussoir font gicler la laideur, et  sont autant de doigts d’honneur qui  nous insultent en salissant les murs.

Comme tous les violents, ils cherchent à imposer leur pouvoir, à dominer en cultivant la malveillance. Pour nuire à la collectivité, ils s’abaissent en non-citoyens qu’ils sont,  à donner un aspect sordide et repoussant à notre (leur) environnement, à nos (leurs) métros*, à  nos (leurs) trains **♦, à nos (leurs) immeubles, à nos (leurs) bureaux de poste etc.  Ils besognent la nuit, au milieu des trafics  interlopes de drogues … et ils se lèvent tard comme des fainéants ou des vauriens … 

                     

Quand ouvriront-ils leurs cahiers et leurs livres d’écoliers pour commencer leur apprentissage du français ? Quand pourront-ils, citoyens libres,  lire et écrire le poème Liberté de Paul Éluard
Quand ouvriront-ils un carnet de croquis pour en faire l’illustration dans un  cours d’Arts Plastiques  ? 

Quand sauront-ils que la liberté est un droit parce que nous avons tous des devoirs les uns envers les autres, des devoirs de respect citoyen qui est respect de la liberté des autres et respect de l’espace public, patrimoine de la collectivité nationale ? 

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* La RATP a créé un site en 2006 www.objectif-respect.org .
Après l’excellente communication : ligne 0  Âge de pierre Terminus  Respect ,   «Restons civils sur toute la ligne » :
«Le terme « incivilités » est clairement identifié comme le non-respect de l’ensemble des règles du savoir- voyager ensemble :
• le manque de propreté  /les nuisances sonores /la bousculade /l’absence de courtoisie, /la fraude. Le ton choisi est volontairement décalé et humoristique, autour de slogans formulés sur le mode de maximes. Cette communication veut souligner l’absurdité du comportement de celles et ceux qui commettent des incivilités dans les transports…»

• ♦ J’ajouterai qu’il s’agit là du flagrant non-respect du savoir -vivre ensemble .
Ce « vivre ensemble »  que nous les citoyens paisibles et honnêtes ne  saurions  faire !  Nous serions sales ! Nous ferions du bruit ! Nous bousculerions ! Nous serions impolis ! Nous arracherions les sacs et les bijoux ! Nous ne paierions pas nos billets etc. ! 
Vivre ensemble : c’était le titre dont nous gratifiait l’éditorialiste- donneur- de -leçons, Erik Israelewicz
(Le Monde- 5 mai 2012)  la veille du premier tour des présidentielles ! ♦

**♦   Et pour nettoyer leurs dégradations répugnantes,  la SNCF dépense pour le seul réseau transilien plus de 2 millions d’euros par an. Il n’y a qu’à multiplier cela par 10, 15, 20 … pour tout le réseau français…

                                               __________________________               

12 septembre 2011   Commentaires fermés sur Sur les murs, la délinquance et l’ignorance

 » de nouvelles haltes de nouvelles sources « 

D’un poète à l’autre

Aimé Césaire                          pour L.S. Senghor

jupiter en juin (2)

                      Dyali

le pont de lianes s’il s’écroule
c’est sur cent mille oursins d’étoiles
à croire qu’il n’en fallait pas une seule de moins
pour harceler nos pas de bœuf- porteur
et éclairer nos nuits
il m’en souvient
et dans l’écho déjà lointain
ce feulement en nous de félins très anciens

Alors la solitude aura beau se lever
d’entre les vieilles malédictions
et prendre pied aux plages de la mémoire
parmi les bancs de sable qui surnagent
et la divagation déchiquetée des îles
je n’aurai garde d’oublier la parole du dyali

dyali
par la dune et lélime
convoyeur de la sève et de la tendresse verte
inventeur du peuple et de son bourgeon
son guetteur d’alizés
maître de sa parole
tu dis dyali
et Dyali je redis
le diseur d’essentiel
le toujours à redire
et voilà comme aux jours de jadis
l’honneur infatigable

Voilà face au Temps
un nouveau passage à découvrir
une nouvelle brèche à ouvrir
dans l’opaque dans le noir dans le dur
et voilà une nouvelle gerbe de constellations à repérer
pour la faim pour la soif des oiseaux oubliés

de nouvelles haltes de nouvelles sources

et voilà
                                                       Voilà
                                                                                                    Dyali
la patience paysanne des semences à forcer
et l’entêtement d’une conjuration de racines

à fond de terre
à fond de cœur
                                    à l’arraché du soleil
                                                                                                    blason

____________________________                

dyali : mot d’origine mandingue. C’est un troubadour d’Afrique de l’Ouest, dans la zone soudano-sahélienne.
(lexique de Léopold Sédar Senghor)
-♥  Mardi 6 juillet 2010  l’Association des professeurs de français en Haïti a reçu le Prix Senghor-Césaire   ( lu dans  Le Soleil édition en ligne du 1er quotidien du Sénégal)

1 juillet 2010   Commentaires fermés sur  » de nouvelles haltes de nouvelles sources « 

Léopold S. Senghor  » Chant de printemps « 

 

         Chant de printemps pour une jeune fille noire au talon rose           

 

Des chants d’oiseaux montent lavés dans le ciel primitif
L’odeur verte de l’herbe monte, Avril !
J’entends le souffle de l’aurore émouvant les nuages
     blancs de mes rideaux
J’entends la chanson du soleil sur mes volets mélo-
     dieux
Je sens comme une haleine et le souvenir de Naëtt sur
     ma nuque nue qui s’émeut
Et mon sang complice malgré moi chuchote dans mes
     veines.
C’est toi mon amie – Ô ! Ecoute les souffles déjà chauds
     dans l’avril d’un autre continent
Oh ! écoute quand glissent glacées d’azur les ailes des
     hirondelles migratrices
Ecoute le bruissement blanc et noir des cigognes à
     l’extrême de leurs voiles déployées
Ecoute le message du printemps d’un autre âge d’un
     autre continent
Ecoute le message de l’Afrique lointaine et le chant de
     ton sang !
J’écoute la sève d’avril qui dans tes veines chante.

(…)

Je t’ai dit ;
–   Ecoute le silence sous les colères flamboyantes
La voix de l’Afrique planant au-dessus de la rage des
    canons longs
La voix de ton coeur de ton sang, écoute-la sous le
    délire de ta tête de tes cris.
Est-ce sa faute si Dieu lui a demandé les prémices de
   ses  moissons
Les plus beaux épis et les plus beaux corps élus patiem-
    ment parmi mille peuples ?
Est-ce sa faute si Dieu fait de ses fils les verges à
    châtier la superbe des nations ?
Ecoute sa voix bleue dans l’air lavé de haine, vois le
    sacrificateur verser les libations au pied du tumulus.
Elle proclame le grand émoi qui fait trembler les corps
    aux souffles chauds d’Avril
Elle proclame l’attente amoureuse du renouveau dans
    la fièvre de ce printemps
La vie qui fait vagir deux enfants nouveau-nés au bord
    d’un tombeau cave.
Elle dit ton baiser plus fort que la haine et la mort.
Je vois au fond de tes yeux troubles la lumière étale
    de l’Eté
Je respire entre tes collines l’ivresse douce des mois-
    sons.
Ah ! cette rosée de lumière aux ailes frémissantes de
    tes narines !
Et ta bouche est comme un bourgeon qui se gonfle au
    soleil
Et comme une rose couleur de vin vieux qui va s’épa-
    nouir au chant de tes lèvres.
Ecoute le message, mon amie sombre au talon rose.
J’entends ton coeur d’ambre qui germe dans le silence
    et le Printemps..

Paris, avril 1944

        ****  Afrique – 50 ans d’indépendance  (Arte.tv) ****            

26 avril 2010   Commentaires fermés sur Léopold S. Senghor  » Chant de printemps «