En mémoire d’Edouard et de Suzanne

18 novembre 2010
♠ 28 janvier 2018 – Ajout d’un extrait de la dernière lettre d’Édouard Tremblay à ses parents.

                        

En mémoire d’Édouard Tremblay, résistant communiste, né à Vitry-sur-Seine (1), décapité par les nazis à  Brandenburg, le 1er octobre 1944, et en mémoire de Suzanne (2) (sa Suzon) ;  voilà sa dernière lettre à Suzanne, qu’elle avait retranscrite et qu’elle nous avait confiée :

      

Brandenburg, le 1.10.44 à 11h30

Ma petite femme chérie,

A l’instant j’apprends que mon recours en grâce est refusé et que l’exécution a lieu dans une heure (12h30) j’en profite pour succintement, chère petite femme, t’écrire encore quelques lignes, ainsi qu’aux parents.

Chère petite Suzon pardonne-moi et surtout sois courageuse, tiens la tête haute. Surtout mon petit, n’oublie pas de rester près de mes parents leur aimante et tendre petite fille et aide-les à supporter cette nouvelle et dernière souffrance que je leur inflige. Suzon chérie, notre union aura été un acte insensé, car je n’ai pu tenir mes promesses et te rendre heureuse comme tu le méritais, et depuis 4 ans 1/2 ne t’ai apporté que des tracas et douleurs. Pourtant, chère petite compagne, sois certaine que les courts instants que tu m’as apportés m’auront aidé à supporter les pénibles événements de ces dernières années.

Chérie, ma dernière volonté, sois heureuse et rends heureux un brave type. Ne vois en moi qu’un bon copain et je te conjure d’oublier que les lois nous ont unis. Tu es encore jeune et ton devoir est de refaire ta vie et en pensant à moi comme bon camarade exclusivement. En souvenir de moi, ton premier nomme-le Édouard.

Chérie, pardon, pardon, meilleurs tendresses de ton Edouard qui t’aura été fidèle jusqu’à la mort.

PS Embrasse maman T…, frères, soeurs, neveu, A…, parents et amis. Je me dépêche car il est midi, la soupe est arrivée et pour la dernière fois je vais fumer les 2 cigarettes du condamné.

Adieu Chérie, courage et tête haute.

Encore quelques minutes, chérie, le moral se maintient et je n’appréhende nullement l’instant fatal. Chérie, ton pardon ne me suffit pas, donne-moi l’assurance que tu oublieras le vilain mari que j’ai si peu été pout toi, ne vois qu’un bon compagnon aimant trop les hommes, la justice et l’égalité. Chérie, j’aurais fait un piètre mari et souvent malgré moi j’aurais peut-être froissé ta sensibilité, ta tendre nature et malgré moi peut-être tu aurais été malheureuse, bien que sans te plaindre tu aurais supporté ton calvaire. Adieu chérie, sois courageuse, pour moi, pour maman, pour papa. Adieu petite poupée, dans quelques minutes mes souffrances auront cessé et je ne veux pas que tu sois malheuureuse. Je t’aime trop, notre rêve était irréalisable, car trop beau, trop grand.
A toi pour toujours

Édouard

Adieu maman T…, pardon. Adieu m’man B….  , consolez ma Suzon.

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♠  Brandenburg, le 1.10.1944
Bien chers Parents,

En vitesse je vous envoie quelques lignes avant d’aller faire visite à dame guillotine, environ 20 minutes à vivre.
Chers Parents, le moral est au plus haut et je meurs sans fanfaronnade, mais pourtant sans peur.
Chers parents bien -aimés, combien j’aurai été pour vous une source de douleurs et de peines, pardonnez-moi une dernière fois, je vous en conjure, mais soyez courageux et gardez la tête haute. Votre fils n’est pas un malfaiteur et il meurt parce qu’il souhaitait voir sur terre une plus grande justice et qu’il aimait ses semblables.
Je hais la guerre et ceux à qui elle profite. Surtout, chers parents, n’ayez pas de haine contre les Allemands, ni contre le peuple germanique. Le peuple n’est pas responsable, ni celui d’Allemagne, ni celui de France. (…)
Adieu donc maman, sois courageuse comme je le suis et montre à tous que tu n’as pas à avoir honte de moi.
Et toi, papa, pardonne-moi également et sois pour maman sa plus grande consolation. Tous les deux restez pour Suzanne ce que vous étiez pour moi et aidez-la à supporter ce triste sort, mais exigez qu’elle refasse sa vie et qu’elle soit heureuse auprès d’un brave compagnon, car elle a droit au bonheur que je n’ai pas pu lui apporter. (…)
Double ration de soupe et 2 cigarettes, quelle abondance !

     Adieu et une fois de plus, pardon, pardon, courage.
Quel ennui d’écrire avec des menottes. (…)
Votre Édouard qui vous a toujours beaucoup aimés.

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le fallbeil, guillotine allemande, utilisée par les nazis pour améliorer le « rendement ».
Cf. Le site de la ville de Brandebourg 

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1 Une rue de cette ville du Val-de-Marne porte son nom.
2  Suzanne était notre amie. Fille de réfugiés républicains espagnols, elle a vécu à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ; elle s’était remariée avec Charles  et elle  n’a pas eu d’enfant.
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HYMNE    

Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie.
Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau.
Toute gloire près d’eux passe et tombe éphémère ;
Et, comme ferait une mère,
La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau !

Gloire à notre France éternelle !
Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
Aux martyrs ! Aux vaillants ! Aux forts !
A ceux qu’enflamme leur exemple,
Qui veulent place dans le temple,
Et qui mourront comme ils sont morts !

(…) Cf. La page  Hymne   Juillet 1831  Victor Hugo

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